Réfléchir à la place de l’État dans la protection de l’environnement
Le premier sujet de dissertation, axé sur l’environnement, était formulé sous forme de question : « L’État, seul acteur de la protection de l’environnement ? » Les candidats étaient ici directement invités à penser la protection de l’environnement (notion à définir sérieusement dès l’introduction) comme une cause dépassant largement les prérogatives étatiques, sans toutefois minorer leur rôle à différentes échelles.
Sur un sujet résonnant si fortement avec l’actualité, le risque aurait été de se laisser aller au présentisme et de réfléchir à la question sans lui ajouter d’épaisseur historique. Il exigeait donc de la part des candidats un bornage temporel clair. Pour Mathieu Gidrol, professeur d’HGGSP, il fallait aussi veiller à « ne pas se cantonner à la seule problématique du réchauffement climatique, certes considérable, mais pas la seule, et ainsi négliger le volet biologique de la protection environnementale ».
Comme le sujet sur les mémoires du jour 1, ce sujet centrait le questionnement sur les acteurs. Il suggérait implicitement que, loin d’être une prérogative seulement étatique, la protection de l’environnement relève d’une grande diversité d’acteurs, avec en premier lieu la société civile comme principal moteur de la sensibilisation de l’opinion publique. Les figures historiques de ce combat devaient évidemment être mentionnées : ainsi John Muir, fondateur du Sierra Club, Rachel Carson, autrice de Silent Spring, ou, plus récemment, la militante suédoise Greta Thunberg et le mouvement Fridays for Future.
Les candidats pouvaient ensuite évoquer sérieusement les États et leur rôle de régulateur en mobilisant l’exemple américain vu en classe durant l’année, mais aussi en évoquant l’État français, protecteur des forêts et des océans par le biais des aires marines protégées. Un contrepoint utile était l’exemple de l’administration Trump, grand « dérégulateur » de la cause environnementale, que le slogan « drill, baby, drill » (appel au forage massif des ressources fossiles) symbolise bien.
On pouvait pour terminer évoquer la place cruciale des organisations supranationales dans le processus de protection. Les grandes conférences des parties (COP) et le travail de multiples institutions onusiennes devaient être évoqués selon une perspective historique, afin de bien mettre en évidence les tensions qu’elles subissent et qu’elles font subir aux États (pour cerains desquels la cause environnementale contrevient à leur ambition de développement). Une attitude de méfiance, voire de défiance, qui se double parfois d’un discours critique à l’égard des puissances historiques de la part des pays émergents, inquiets de se voir incomber la responsabilité d’une situation bien antérieure à leur propre développement.
Les processus de paix et leurs mutations depuis 1648
Le second sujet invitait les candidats à aborder « Les acteurs et les modes de résolution des conflits depuis 1648 ». Comme la veille pour le sujet sur la guerre, le plan chrono-thématique semblait ici s’imposer. Pour Mathieu Gidrol, les deux principaux risques étaient de faire une confusion entre « guerre » et « conflit » (ce qui pouvait risquer de diminuer la portée du sujet) et de ne pas définir le terme de « paix », implicitement contenu dans le sujet. Paix négative, positive ou encore hégémonique : la rigueur conceptuelle devait être de mise dès l’introduction.
Le risque dans le développement était de se focaliser trop exclusivement sur les États, au détriment des systèmes supranationaux. Le sujet était potentiellement très fécond en réflexions et invitait les élèves à penser aux modes de résolution, c’est-à-dire à l’art diplomatique au sens large du terme : femmes et hommes mobilisés dans les négociations, réunions, traités… Les exemples mobilisables étaient très nombreux et variés. Mathieu Gidrol signale aussi que « la question de la justice internationale pouvait être croisée avec le sujet, afin de rappeler son rôle capital dans l’apaisement des conflits et la concrétisation des accords de paix sur le temps long. »
Les candidats les plus attentifs à l’actualité récente auront pu évoquer le conflit en cours entre l’Iran, Israël et les États-Unis, qui peine à trouver une résolution définitive malgré la signature récente d’un accord-cadre. Un exemple qui met aussi en évidence le poids des représentations et du discours politique dans le processus de paix, lequel peut bien souvent être très éloigné des préoccupations profondes des dirigeants.
L’espace et les océans comme outils de la puissance des États aux XXe et XXIe siècles
L’ECD reposait sur deux documents aux registres très contrastés. Le document 1, une couverture du magazine Time publiée au plus haut de la course à l’espace entre l’URSS et les États-Unis, montrait un cosmonaute et un astronaute se dirigeant vers la Lune. Le document 2 était la retranscription d’un discours prononcé par l’ancienne ministre des Armées, Florence Parly, devant les troupes du porte-avions Charles de Gaulle à Toulon. Le grand éloignement chronologique des deux documents exigeait de la part des candidats une rigueur dans leur présentation et leur contextualisation, afin d’éviter toute analyse anachronique.
La difficulté du sujet résidait sans doute dans le fait qu’il mobilisait l’ensemble du thème « De nouveaux espaces de conquête », des affirmations de puissance aux coopérations entre États, en passant par l’émergence de nouveaux acteurs comme la Chine. Le danger était de traiter le sujet par un plan en deux parties, la première consacrée à l’espace, la seconde aux océans. Mathieu Gidrol propose une analyse en trois parties, selon un plan chrono-thématique.
D’abord, considérer l’espace et les océans comme des « lieux de projection », à même d’apporter aux États qui les contrôlent un pouvoir dissuasif conséquent. C’est ici la dimension de l’« Old Space » durant la guerre froide (1947-1991) qui pouvait émerger, mais aussi le facteur décisif de la projection et de la dissuasion en mer, devenu déterminant dans la seconde moitié du XXe siècle (porte-avions, SNLE…).
Ensuite, un renouvellement des coopérations dans l’espace comme sur les mers pouvait être mentionné. On peut penser à l’ISS, mais aussi au rôle renouvelé de l’ONU dans la régulation de l’espace extra-atmosphérique depuis l’effondrement de l’URSS. Sur les mers, la coopération a connu des efforts notables près des points de passage stratégiques de la mondialisation (choke points) : opération Atalante au large de Bab el-Mandeb, accord ReCAAP pour la lutte anti-piraterie dans le détroit de Malacca, etc.
Dans un dernier temps, Mathieu Gidrol jugeait pertinente une ouverture sur les nouvelles rivalités apparues dans le premier quart du XXIe siècle, amenées à redessiner les contours de la géopolitique spatiale et maritime. La Chine pouvait être ici mobilisée, de même que le « New Space », devenu non seulement un enjeu de puissance « dure », mais aussi de soft power, à même d’affecter, de nouveau, jusqu’aux imaginaires des sociétés civiles.
Corentin Huneau, avec la collaboration de Mathieu Gidrol, professeur d’histoire-géographie et d’HGGSP au lycée Léonard de Vinci de Melun
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