3 000 étudiant·es diplômé·es sans proposition de poursuite d’étude
La mise en œuvre de la nouvelle réforme voulue par le ministère de l’éducation nationale place le concours en milieu de L3 (3e année de licence). Les lauréat·es L3 deviendront élèves fonctionnaires. Le Ministère prévoit une période de transition pour transformer les masters MEEF existants en masters M2E, avec le maintien pendant deux ans de 2 concours (L3 et M2) et une répartition des postes entre ces deux concours. Cette année en EPS, 478 postes pour le concours L3 et 645 pour le concours M2. Les étudiant·es de M1et M2 MEEF pouvaient se présenter au concours L3.
Les épreuves écrites du CAPEPS L3 ont sélectionné les admissibles. 30 % sont issus de L3, les 70 % restants étant essentiellement issus du M1 MEEF. Des dizaines de STAPS ne comptent qu’entre 1 et 3 admissibles issus de L3 EM. Les projections indiquent qu’il n’y aura qu’une centaine de reçu·es issu·es de la L3 EM sur les 4 000 candidat·es. Les 350 autres postes seront pourvus pour l’essentiel par les étudiant·es de M1 MEEF.
En conséquence, plus de 3 000 étudiant·es diplômé·es de la licence EM et non lauréat·es du concours L3 se retrouvent sans proposition de poursuite d’étude et vivent dans le stress et l’incertitude.
Comme en témoigne Bleuenn, étudiante à Rennes : « j’ai eu ma licence avec mention, j’ai demandé 15 masters pour les non-lauréats. J’ai été refusée dans 4 masters et je suis 449ème sur liste d’attente à Bordeaux. »
Ou encore Louan : « je suis titulaire d’une licence avec mention. Je suis 40e sur liste d’attente en Corse et 127e à Clermont-Ferrand, je ne sais vraiment pas ce que je vais faire. »
Pourtant les syndicats avaient averti du flux important de non lauréat·es issu·es de la L3 qui se retrouveraient sans porte de sortie, alors qu’ils et elles se destinaient à devenir enseignant·es. Cette situation se combine avec les déficits budgétaires de toutes les universités. Les plans de retour à l’équilibre comprennent le plus souvent une réduction de l’offre de formation, une réduction des capacités d’accueil et un gel de postes de personnels à grande échelle, et par conséquent une impossibilité d’offrir des solutions alternatives pour tous ces jeunes.
Un sous-recrutement injustifiable
Le nombre de postes au concours M2 (645) est insuffisant pour répondre aux besoins de la discipline. Nous réclamons, au regard du recours continu à des emplois de contractuels, un concours à 1 500 postes pour retrouver un taux d’encadrement des années 2000.
Cette génération d’étudiant·es actuellement en L3 voit s’ouvrir un concours L3 (CL3), à 478 postes.
Le gouvernement crée un effet entonnoir en choisissant de mettre en place un recrutement minimal alors même qu’il a un nombre de candidat·es important.
Une poursuite d’études menacée : l’exemple de Rennes 2
A ce concours minimaliste s’ajoute la politique des INSPE sur la question des non-lauréats. 10 INSPE, dans 10 académies, refusent d’ouvrir les masters 2E aux non lauréat·es. En EPS, ce sont au moins 1 800 étudiant·es STAPS qui vont se retrouver sans poursuite d’études choisie dans les académies concernées. Dans les autres académies qui accueilleront dans leurs INSPE des non lauréat·es, les capacités d’accueil sont très limitées. C’est ainsi que 3 000 étudiant·es ne seront, pour la grande majorité, pas affecté.es après la phase principale de MonMaster, ou en sortiront avec des propositions inadaptées.
Ainsi les deux sites de l’université de Rennes 2, situés à Rennes et Saint-Brieuc, comprennent 200 étudiant·es en L3 EM et jusqu’alors 60 places en master MEEF. Seulement 4 étudiant·es sont admissibles. Le master M2E est fermé aux non-lauréat·es. Il est alors envisagé de mettre en place un parcours pour les L3 non-lauréat·es, une sorte de L3 bis. Mais dans le même temps, l’équipe pédagogique a perdu 2 postes par un plan de remise à l’équilibre financier et voit tous ses postes gelés pendant 2 ans en cas de renouvellement. Soit 2 autres postes. Enfin 2 autres postes sont transformés en CDI. Et c’est dans ce contexte qu’il faut mettre en place une formation supplémentaire ?
Une aubaine pour le privé
Cette réforme a pour conséquence le développement encore plus important de « prépas » privées.
Face à l’impuissance des universités par abandon gouvernemental, un nouveau marché s’ouvre à l’enseignement supérieur privé.
En premier lieu, des officines de préparation aux concours de l’enseignement public proposent des formations payantes, en ligne et de piètre qualité.
Ensuite, les formations STAPS privées (IFEPSA-UCO/ ILEPS-Cergy) à 6 000 – 7000 € l’année, profitent de la fermeture de sites publics et ouvrent leurs M2E aux non lauréat·es L3. Le schéma suivant se dessine : les étudiant·es seront donc formé·es dans le public à moindre coût jusqu’en licence, pour partir ensuite vers des formations privées afin de préparer un concours du public. Cette situation créée de toute pièce par le gouvernement est inacceptable.
L’avenir des STAPS en danger
L’avenir des STAPS est remis en question par cette réforme. L’attractivité de la mention EM s’en trouve diminuée et les autres mentions sont incapables d’absorber les flux d’étudiant·es qui se détourneraient de la filière historique. Rectorats et présidences d’université commencent à affirmer que la voie de sortie consiste à baisser les flux en amont par les capacités en L1 via Parcoursup.
Ces dégâts annoncés pour la filière STAPS sont un exemple concret de la volonté politique actuelle de démassifier l’ESR en réduisant l’accès à la filière et en diminuant drastiquement le taux de diplômé·es à bac +3 et +5 dans le champ des métiers du sport.
Mettre en péril cette filière de formation est contraire à la volonté affirmée des employeurs d’élever le niveau de formation et de qualification, et en totale incohérence avec les besoins sociaux et les qualités liées au sport dans toutes ses dimensions (inclusion, santé, lutte contre sédentarité, sport sur ordonnance…
Gilles Renault
