« Le taux de 60% de bacheliers dans une classe d’âge est atteint dès 1994 (6 ans avant la date envisagée par Jean-Pierre Chevènement) », rappelle Claude Lelièvre. L’évolution des taux de réussite au baccalauréat et de la proportion de bacheliers dans une classe d’âge reflète à la fois les transformations du système éducatif et les réformes successives de l’examen. De 1961 à 2024, ces indicateurs montrent une progression continue de l’accès au diplôme, marquée par plusieurs ruptures liées aux politiques éducatives et aux changements de modalités d’évaluation.
Deux indicateurs complémentaires pour comprendre l’évolution du baccalauréat
Il faut bien sûr distinguer le taux de réussite proprement dit (c’est-à-dire le nombre de reçus par rapport aux inscrits) du taux de bacheliers dans une classe d’âge. Mais les deux ont leur importance et doivent être appréhendés en complément l’un de l’autre pour y voir plus clair.
Les fortes variations des années 1960
De 1961 à 1970, le taux de bacheliers dans une classe d’âge double et passe de 10 % à 20 %. Il ne s’agit alors que des baccalauréats généraux, car les baccalauréats technologiques ne sont effectivement mis en place que juste après et les baccalauréats professionnels en 1986.
Dans cette période de croissance très rapide (doublement en dix ans!) on assiste à des fluctuations importantes des taux de réussite qui s’expliquent sans doute surtout par les nombreuses modifications des modalités de l’examen du baccalauréat qui ont lieu par ailleurs durant cette période, sans compter les évènements de mai-juin 1968.
Le taux de réussite est de l’ordre de 61 % durant les cinq premières années. Il descend à 50 % pour 1966 et 1967. Il monte à 82 % en 1968 (un examen exceptionnellement purement oral). Et il redescend à 67 % en 1969 et 69 % en 1970.
Il va rester jusqu’en 1985 à peu près au niveau de 67 % (à un ou deux pour cent près) pour les baccalauréat généraux, date à laquelle le ministre de l’Education nationale Jean-Pierre Chevènement annonce l’objectif pour l’an 2000 de 80 % d’une classe d’âge au ‘’niveau bac’’ (c’est-à-dire, pour lui, en terminale) et de 60 % de bacheliers, son successeur René Monory fixant l’objectif à 74 % «au niveau du bac» (c’est-à-dire, pour lui, à 74 % de bacheliers dans la classe d’âge)
L’impact des commissions d’harmonisation
Sous l’égide du ministère dirigé par René Monory, il est décidé en janvier 1987 la généralisation des « commissions d’entente et d’harmonisation » qui n’existaient que dans quelques académies : elles vont avoir un rôle dans l’augmentation du taux de réussite au baccalauréat. Le pourcentage de réussite aux baccalauréats qui était de l’ordre de 66% depuis 1969 jusqu’en 1985 monte à 70% en 1987, puis à environ 75% de 1988 à 1995.
1994 : l’objectif fixé par Jean-Pierre Chevènement atteint avec six ans d’avance
Le taux de 60% de bacheliers dans une classe d’âge est atteint dès 1994 (6 ans avant la date envisagée par Jean-Pierre Chevènement) : 36% de bacheliers généraux dans la classe d’âge de 1994 (75 % de reçus par rapport aux inscrits), 16% de bacheliers technologiques (72 % de reçus), et 8% de bacheliers professionnels (74 %% de reçus par rapport aux inscrits).
Ce taux de 60 % de bacheliers dans une classe d’âge va rester à ce niveau de 60 % (à un ou deux pour cent près) pendant une quinzaine d’années, jusqu’ à 2009, avec une légère augmentation, presque régulière, des taux de réussite.
2012 : l’effet de la réforme de la voie professionnelle
Le taux de 74 % de bacheliers dans une classe d’âge (fixé, lui, par René Monory) est atteint en 2012 : 37 % de bacheliers généraux (90 % de reçus par rapport aux inscrits), 13 % de bacheliers technologiques (85% de reçus), 24 % de bacheliers professionnels (78 % de reçus par rapport aux inscrits). Il est atteint en raison d’une augmentation des taux de réussite, mais surtout par le bond en avant du nombre des bacheliers professionnels qui passe de 14 % en 2009 à 24 % en 2012 à la suite de la réforme du cursus mise en place en 2009 par le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos.
2024 : des taux de réussite records
Pour 2024, la proportion de la classe d’âge ayant obtenu ‘’le baccalauréat’’ est de 43 % pour les baccalauréats généraux (95 % de reçus par rapport aux inscrits), 17 % pour les baccalauréats technologiques (90 % de reçus) et 20 % pour les baccalauréats professionnels (83 % de reçus par rapport aux inscrits). Les augmentations ultimes des taux de réussite suivent l’intégration partielle de certains ‘’contrôles continus’’ dans les résultats aux baccalauréats décidée par la réforme du baccalauréat mise en place par le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer.
Comparaison entre 1994 et 2024 : des évolutions contrastées
Si on compare les résultats à une trentaine d’années d’intervalle de l’année 1994 (date à laquelle les objectifs envisagés par Jean-Pierre Chevènement sont atteints) à ceux de 2024, on peut faire des constats quelque peu étonnants.
Le taux d’une classe d’âge en terminales générales baisse légèrement de 48 % en 1994 à 46 % en 2024 tandis que le taux de réussite par rapport aux inscrits croît de 75 % à 95 %, ce qui fait que le taux de bacheliers généraux passe de 36 % à 43 %
Le taux d’une classe d’âge en terminales technologiques baisse également un peu de 22 % en 1994 à 19 % en 2024, tandis que le taux de réussite parmi les inscrits croît de 72 % à 90 %, ce qui fait que le taux de bacheliers technologiques passe de 16 % à 17 %
Le taux d’une classe d’âge en terminales professionnelles croît de 11 % en 1994 à 24 % en 2024 tandis que le taux de réussite croît aussi de 74 % à 83 %, ce qui fait que le taux de bacheliers professionnels passe de 8 % à 20 %.
Claude Lelièvre
