Depuis plusieurs jours, les lycéennes et lycéens se mobilisent et bloquent des établissements aux quatre coins de la France. Leurs revendications sont simples : de bonnes conditions pour apprendre. Face à eux, la réponse est avant tout sécuritaire. Et si on commençait par les écouter ? Ryad Rani, président de l’Union syndicale lycéenne, répond au Café pédagogique.
Un mouvement qui s’amplifie
Mardi 29 septembre en fin de journée, 416 établissements avaient fait ou faisaient l’objet d’actions, selon un communiqué du ministère de l’Éducation nationale, dont une centaine de blocages, totaux (45) ou partiels. Un nouvel appel au blocage est lancé pour jeudi 1er octobre. L’Union syndicale lycéenne (USL) attend « une énorme mobilisation, encore plus importante que celle de mardi ».
Des revendications qui ne datent pas d’hier
Classes surchargées, absences d’enseignants non remplacées, emplois du temps épuisants, bâtiments vétustes, bouilloire ou passoire thermique, manque de personnel médico-social : la liste des dysfonctionnements est connue. Elle rejoint celle de leurs professeurs. Les élèves y ajoutent la pression du tri scolaire, celle de Parcoursup, le stress. « Le problème aujourd’hui au lycée, c’est de ne pas avoir de prof l’année du bac de français, de ne pas avoir de prof de français pendant plusieurs mois », explique Ryad Rani, le président de l’Union Syndicale Lycéenne (USL), qui y voit le bilan de deux quinquennats d’Emmanuel Macron. Un autre élève dénonce un « lycée pourri », une « cantine dégueu ». Derrière ces mots, des conditions matérielles qui découlent de choix politiques.
« Notre lutte est digne, on lutte pour notre dignité », disent-ils : la dignité du droit à un enseignement correct, équitable et juste, « ce qui n’est pas le cas aujourd’hui », insistent-ils, selon qu’on grandit dans le 7e arrondissement de Paris ou en banlieue parisienne.
Les syndicats lycéens dénoncent une réponse policière. Ryad Rani, de l’USL, affirme : « On a soutenu les mobilisations, on condamne les violences policières. À Tours, un lycéen a été éborgné. » Il évoque « une violence qui nous a frappés d’effroi », « d’une violence inouïe, comme les gilets jaunes en 2019 ». Il pointe aussi un fait inédit : une première circulaire conjointe du ministre de l’Intérieur et du ministre de l’Éducation autorise l’intervention des forces de l’ordre aux abords des lycées. « Le ministre de l’Intérieur parle plus que le ministre de l’Éducation lui-même, il donne le mot d’ordre », estime-t-il. « Ils veulent nous faire taire. » Pour lui, « la violence est de leur côté », et il appelle pourtant les élèves à rester calmes : « Restons calmes, restons dignes comme nos revendications. »
Une carte de la colère
À Tours, un lycéen a été blessé devant le lycée Balzac. À Montrouge (Hauts-de-Seine), les élèves du lycée Maurice-Genevoix, bloqué mardi 29 septembre, dénoncent coups et violences des forces de l’ordre. Des faits comparables sont rapportés à Reims (lycée Libergier), Savigny-sur-Orge (lycée Monge), Nancy (lycée Loritz) et Aulnay-sous-Bois (lycée Voillaume). À Alençon, c’est une élève qui est étranglée. À Corbeil-Essonnes, le lycée Doisneau en est à son troisième jour de mobilisation. À Asnières, des élèves du lycée Renoir ont été déférés devant le tribunal de Nanterre après vingt-quatre heures de garde à vue.
De nombreux élus de gauche se sont déplacés devant les établissements scolaires et ont apporté leur soutien aux élèves mobilisés. À Nanterre, devant le lycée Joliot-Curie, la députée écologiste Sabrina Sebaihi dénonce, dans un communiqué, « la réponse du gouvernement » qui « reste la répression et des interventions violentes des forces de l’ordre » : « La jeunesse se mobilise, le gouvernement réprime. »
Une image, celle de Saint-Denis
Au lycée Paul-Éluard, à Saint-Denis, les professeurs ont formé une chaîne, un cordon sanitaire pour protéger leurs élèves. L’image est saisissante : elle dit le rapprochement entre enseignants et lycéens, comme la peur ou une méfiance vis-à-vis des forces de l’ordre.
Politiser ou non la colère ?
Dans le 93, des blocages dénoncent le sous-investissement humain et matériel, et la répression policière. Les lycéens sont accusés d’être d’« instrumentalisés ». Ryad Rani balaie l’argument : « Il n’y a aucune instrumentalisation de n’importe quelle organisation. Les lycéens sont conscients de ce qu’ils font. » Peut-on d’ailleurs demander à des jeunes de ne pas politiser leur mobilisation quand les décisions qui abîment leur quotidien sont politiques ? Ils cherchent des moyens d’action.
Le ministre Geffray dénonce « des violences inqualifiables »
Le ministre de l’éducation a apporté son soutien aux équipes mobilisées, en citant un professeur frappé dans le Nord, un proviseur blessé par un tir de mortier dans les Hauts-de-Seine, un autre menacé de mort en Essonne, des personnels pris pour cible à Toulouse. « Porter des revendications est un droit. Frapper, menacer, brûler ou empêcher les autres d’étudier n’en est pas un », écrit-il, jugeant « irresponsable » d’appeler à étendre les blocages. Il renvoie les élèves vers les conseils de la vie lycéenne, qu’il a demandé de réunir cette semaine, « légitimes parce qu’élus par leurs camarades », et refuse que ce cadre soit « détourné au service de mots d’ordre politiques ».
Ce que les élèves demandent : être entendus et respectés
Les élèves demandent à être écoutés, entendus, à travailler dans de bonnes conditions. A cette liste, pourrait s’ajouter vouloir être pris au sérieux par tous les responsables politiques.
Djéhanne Gani
