Par François Jarraud
Gilbert Longhi entend se servir des « interstices pour développer la démocratie du quotidien » : plus de bienveillance, plus de persévérance. « Si on apurait régulièrement le dossier scolaire des élèves, si on remettait les compteurs à zéro, on ne leur ferait plus trainer leur passé pendant des années ». Il souhaite un « statut du décrocheur ». Il appelle à « majorer le rêve sans créer d’illusion », à en finir avec la sous-traitance vers l’extérieur de la difficulté scolaire, à développer la « quiétude », au droit être quelques temps « en dehors de l’école » sans être « vidé », avec le droit au retour quand on est décrocheur…
Jean-Yves Rochex s’inscrit dans le fil précédent : « De mon point de vue, la démocratisation n’est pas soluble dans l’innovation. » Celle-ci ne relève pas que de la pédagogie « ordinaire », elle repose sur des logiques de mobilisation militante, organisée ou non. « Et on ne peut pas faire de tous les fonctionnaires des militants ». Certes, précise-t-il, les initiatives militantes sont porteuses d’apports, d’enseignements, mais il faut aussi préciser les limites, si on veut penser l’avenir pour l’ensemble des enseignants, l’ensemble des élèves. Sinon, on risque que le militant devienne un repoussoir…
« Quelle ambition nationale avons-nous pour l’Ecole » demande Henriette Zoughébi, vice-présidente de la région Ile-de-France. « Selon qu’on pense, ou pas, que tous les élèves peuvent réussir (et d’abord leur vie !), la réponse n’est pas la même… J’adhère à l’idée que c’est d’abord dans l’école qu’on doit lutter contre l’échec scolaire, et que les questions de contenus sont essentielles. L’Ecole n’est pas un marché que feraient les familles, d’un établissement à l’autre. Le rapport du Sénat a montré l’urgence d’en finir avec la concurrence entre les établissements, rompre avec le fatalisme de l’échec ». Cela passe par la reconstruction d’une mixité sociale qui n’est pas que du ressort de l’Ecole, mais de l’Etat. « Encore faut-il que l’Ecole ne renforce pas le phénomène avec les différentes options destinées à recréer de l’homogénéité scolaire »… Les collectivités ont aussi leur part à prendre, concède-t-elle, lorsqu’elle construit et rénove les établissements. « En Ile-de-France, la composition sociale est le critère qui est le plus important dans la répartition des dotations financières aux établissements, pour ne pas limiter les dotations à ceux qui « font des projets ». « Beaucoup de jeunes des milieux populaires pensent toujours qu’on les considère comme des « moins-que-rien », et les établissements ont beaucoup à faire contre cela. Concluant sur l’explosion des moyens numériques qui transforment les savoirs, elle est directe : « De nouveaux possibles sont à inventer dans l’école si on ne veut pas que les marchands gagnent. Là aussi, ne soyons pas dans des demi-mesures pour que les déclarations se transforment en actions « pour de vrai »… On a besoin de tout le monde pour cela»|
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