Pas moins de 86 activités, pratiques et postures ont été analysées sur plus de 2000 enseignants pour cette seconde édition de l’enquête EPODE (Enquête PériODique sur l’Enseignement). Cette dernière a pour objectif de décrire les pratiques professionnelles des enseignants des premier et second degré. Lors de la précédente enquête, 8000 enseignants avaient été sélectionnés dans les écoles et les collèges. La note de la DEPP de 4 pages parue le 30 avril 2025 relate les premiers résultats de l’enquête. Globalement les scores sont stables entre l’étude de 2018 et celle de 2022. Gestion de classe, différenciation pédagogique, lien école-famille, numérique et remédiation sont ainsi passés en revue, sans que ne soit mentionné le lien entre pratiques enseignantes et les effectifs de classes, point central dans cette question.
Les pratiques collaboratives en diminution
On retiendra une baisse marquée pour les pratiques collaboratives chez les enseignant.es. « La proportion d’enseignants déclarant solliciter « assez souvent » ou « toujours » des collègues de toute discipline pour discuter des objectifs formulés dans les programmes a baissé de moitié, passant de 28 % en 2018 à 14 % en 2022 », précise la DEPP (direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance). « La proportion d’enseignants jugeant cette pratique faisable est passée de 57 % à 49 % et celle la jugeant prioritaire de 50 % à 41 %. Ils sont également moins nombreux en 2022 à déclarer échanger fréquemment des ressources pédagogiques avec des collègues ». Les analystes rapprochent ces chiffres en baisse avec les restrictions sanitaires des années concernées. « Le respect des différents protocoles sanitaires a pu induire une charge de travail supplémentaire non négligeable et réduire ainsi les perspectives de collaboration entre collègues ».
Il est toutefois certain que le faible nombre d’heures de concertation rémunérées dédiées aux pratiques collaboratives joue un rôle dans cette baisse. Pour beaucoup d’enseignants du second degré, il n’existe pas d’heures de concertation fléchées dans l’emploi du temps à l’exception des collèges REP+. Le cas échéant, le travail de concertation est donc un temps de travail non-rémunéré, comme de nombreuses missions des enseignant.es. Peut-être faut-il traduire cette baisse comme une fatigue des professeur.es.
Le numérique éducatif ne perce pas en France
« L’intégration du numérique à la séance d’enseignement n’a pas connu une véritable évolution entre 2018 et 2022, que ce soit en matière de fréquence de mise en œuvre ou de faisabilité et reste relativement faible », retient la DEPP. Seules les autoévaluations ont le vent en poupe dans les salles de classe ou à la maison. La note rappelle l’écart avec les pays européens concernant les usages des TICE (36% vs 48% des enseignants européens les utilisent fréquemment pour des projets de classe).
« 39 % des enseignants déclarent donner fréquemment accès aux élèves à des outils numériques multiples pour réaliser des productions variées (texte, audio, vidéo, etc.) et 21 % utiliser fréquemment le numérique pour mutualiser les productions individuelles et favoriser les productions collectives ». Pour aider les élèves à besoin particulier, le numérique est souvent utilisé par les enseignants.
La gestion de classe au collège : quelles priorités ?
L’enquête indique également les pratiques privilégiées par les enseignant.es quant à la gestion de la classe. « S’agissant de la gestion du comportement des élèves, les enseignants sont 78 % à déclarer « assez souvent » ou « toujours » reprendre les postures des élèves (adossés au mur, au radiateur, avachis, etc.) ou 86 % à rappeler immédiatement le règlement de la classe lorsque des élèves ne respectent pas certaines règles ».
L’enquête Epode révèle « des enseignants soucieux de privilégier des approches telles que le dialogue ou le rappel des règles, misant ainsi sur la construction pérenne d’un environnement de classe propice à la transmission des connaissances, quel que soit le secteur d’enseignement ». 95 % des enseignants qualifient de « plutôt prioritaire » ou « très prioritaire » le fait de demander à un élève perturbant la classe de manière persistante de rester en fin de cours pour échanger avec lui.

« De manière générale, les enseignants exerçant dans un collège public appartenant à l’éducation prioritaire mettent plus fréquemment en œuvre la quasi-totalité des pratiques de gestion de classe documentées dans l’enquête que leurs homologues exerçant dans un collège public hors EP ou dans un collège privé sous contrat », conclut la note. Les pratiques enseignantes ne sont pas les mêmes selon le profil d’élèves ni selon leur nombre. Ces aspects humains, sociaux et pratiques sont absents de la note, ils sont pourtant essentiels dans les pratiques enseignantes, s’il fallait le rappeler au ministère.
Djéhanne Gani
Nagui Bechichi, Norbert Rugambage, Rémi Zignani, Christian Monseur 2025, « Enquête Epode sur les pratiques enseignantes : premiers résultats au collège de l’édition 2022 », Note d’Information, n° 25-27, DEPP. https://doi.org/10.48464/ni-25-27

