Une décision budgétaire… au détriment de la pédagogie ?
Ce changement vise à réduire les coûts, avec un investissement par élève passant de 75 € à 16 € par an. Mais cette logique budgétaire oblige les enseignants à utiliser les contenus gratuits fournis, souvent fragmentés et interactifs. Des critiques émergent sur leur qualité pédagogique, certains parlant d’une « tiktokisation » de l’enseignement, risquant de nuire à la compréhension des élèves les plus fragiles. Lors d’une démonstration à la presse, des éditeurs ont montré comment les contenus apparaissent à l’élève, hors de toute contextualisation, problématisation et cohérence dans l’apprentissage. Toutefois, les éditeurs de l’éducation présents lors d’une conférence de presse le 29 août (Albin Michel et Belin, Hachette, Nathan Scolaire, Magnard) soulignent ne pas être dans une démarche anti-numérique, regrettant que la plateforme pearltress ne renvoie pas à des manuels numériques. Ils rappellent la démarche scientifique, pédagogique des éditions scolaires tout comme leur pluralité.
Et que disent les enseignants ?
Les enseignants de la région n’avaient pas été informés à la rentrée 2024 en amont de l’obligation à recourir à la plateforme. Ils utilisaient alors les manuels numériques sur la plateforme des éditeurs. D’après une enquête réalisée en 2024, 6 enseignants sur 10 déclarent utiliser les manuels papier pour préparer les cours. Selon cette enquête, 4 enseignants sur 10 n’ont pas été accompagnés dans la prise en main de Pearltress, pour les autres, ils l’ont été majoritairement par les équipes de la plateforme en distanciel. L’utilisation hebdomadaire est rare, et les activités à la maison peu mobilisées en raison du manque de clarté des contenus sur la plateforme. Le format « granulaire » n’est pas apprécié par 2 enseignants sur 3 à mi année. Pour la majorité des enseignants, s’ils étaient consultés, ils disent préférer un manuel papier ou numérique. Très peu (16% contre 84%) pensent que proposer uniquement la plateforme est une bonne chose.
Qualité contestée et dérives possibles
Des erreurs flagrantes ont été repérées, comme l’usage d’une photo d’Elon Musk pour illustrer le nazisme. L’utilisation de l’intelligence artificielle dans la création de contenus suscite aussi des inquiétudes, notamment sur la fiabilité des informations.
Au-delà des aspects pédagogiques, c’est la centralisation de l’offre éducative qui inquiète. En imposant une plateforme unique à toute une région, la liberté pédagogique des enseignants serait mise à mal, selon plusieurs éditeurs et élus de l’opposition.
Une centralisation critiquée par les éditeurs et les enseignants
Imposer une seule plateforme à tous les lycées de la région pose la question de la liberté pédagogique. Plusieurs éditeurs et élus d’opposition alertent sur les risques d’instrumentalisation politique des contenus éducatifs si la plateforme tombait entre de mauvaises mains politiques. La Région Ile-de-France se défend d’imposer les manuels numériques, de supprimer les manuels papiers comme d’imposer aux enseignants les manuels numériques.
Dans une tribune signée par plus de 500 personnes, dont des éditeurs (Nathan, Hatier, Belin…) et enseignants, le monde éducatif s’alarme de la disparition du manuel papier. Ils défendent des ouvrages produits avec rigueur et en collaboration avec des spécialistes, garants de la qualité, de l’égalité et de la conformité aux programmes. Les signataires demandent un moratoire sur cette réforme jugée brutale et plaident pour un modèle hybride, combinant papier et numérique, comme en Italie. Ils craignent que cette transition affaiblisse l’édition scolaire française et accentue les inégalités entre établissements.
Djéhanne Gani
Prolongement : Pearltrees vs Manuels : si on réorientait le débat ?
