Pourquoi les enseignants veulent-ils changer d’affectation ?
L’étude porte sur les enseignants titulaires d’un poste définitif dans le public comme dans le privé, soit environ deux tiers de la profession (68 %). Les facteurs principaux motivant les demandes de mobilité sont la mauvaise perception de l’établissement et des relations professionnelles.
L’insatisfaction professionnelle, première raison d’une demande
Plus un enseignant se dit insatisfait, plus il est susceptible de demander un changement d’affectation. Dans le premier degré, l’écart de taux de mobilité entre les enseignants très insatisfaits (note de 0 à 3 sur 10) et ceux très satisfaits (note de 8 à 10) atteint 13 points. Dans le second degré, cet écart est de 10 points. L’étude a croisé les demandes de mobilité et les résultats du baromètre Bien-être au travail 2023.
Autre facteur notable : l’évolution de carrière, évoquée par 22 % des enseignants du premier degré et 25 % du second. La note précise que cette évolution est souvent comprise au sens large, comme « un besoin de renouvellement de l’environnement de travail ou du lieu d’exercice », plus qu’une véritable progression de carrière.
Second degré : le poids du rapprochement de conjoint
Dans le second degré, 23,8 % des demandes de mutation sont motivées par un rapprochement de conjoint, dans un contexte de concours et d’affectations à l’échelle nationale. Dans le premier degré, où les affectations sont plus locales, ce chiffre tombe à 11 %.
1 enseignant sur 7 en demande de mobilité en 2022-2023
Entre les rentrées 2022 et 2023, 15 % des enseignants du premier degré et 14 % du second degré ont engagé des démarches pour changer d’affectation, le plus souvent dans la même académie.
44% des demandes se concrétisent dans le 1er degré contre 31% dans le 2nd degré
Cependant, toutes les demandes n’aboutissent pas. Dans le premier degré, 44 % des demandes sont satisfaites. Dans le second degré, seulement 31 % le sont.
Les mutations sont plus fréquentes à l’intérieur du département pour les enseignants du second degré (47 %) que pour ceux du premier degré (30 %). Les professeurs des écoles se montrent deux fois plus mobiles au sein de leur département (6 %) que ceux du second degré (3 %), avec des taux globalement modérés.
Début de carrière : plus de demandes de mobilité
Les jeunes enseignants sont plus nombreux à demander une mutation : 26 % des enseignants de moins de 5 ans d’ancienneté dans le premier degré et 24 % dans le second degré.
Dans le premier degré, le lien fort avec le territoire (concours passé dans l’académie de résidence) réduit un peu cette tendance. En fin de carrière, les affectations sont souvent plus stables, jugées satisfaisantes ou mieux choisies.
À profil équivalent, les enseignants de lycée demandent moins souvent à changer d’affectation que ceux de collège. Les enseignants du public formulent plus de demandes que ceux du privé, mais cette différence disparaît une fois les caractéristiques individuelles prises en compte. Les enseignants du secondaire en éducation prioritaire sont plus enclins à demander une mutation (17 % contre 14 %), mais cela s’explique surtout par leur moindre ancienneté, et non par l’affectation elle-même. Enfin, ni le genre ni la présence d’enfants à charge n’ont d’effet significatif sur la fréquence des demandes.
Un indicateur du malaise professionnel
Les demandes de mobilité sont un révélateur d’insatisfaction professionnelle que vivent les enseignants dans leur quotidien. Elles mettent en lumière l’enjeu des conditions de travail. La note parle de « mobilité », plus d’affectation. Un glissement lexical ou de paradigme vers plus d’agilité et souplesse et un changement de statut ?
Djéhanne Gani
Azoulay T. ; Radé É., 2025, « Quels enseignants demandent une mobilité ? », Note d’Information, n° 25-56, DEPP. https://doi.org/10.48464/ni-25-56
