« EVARS, toutes et tous concerné.es »
Le SNES-FSU rappelle l’urgence de la situation : « en 2021, 13 % des femmes et 5,5 % des hommes disent avoir subi des violences sexuelles dans leur enfance (enquête INSERM). L’École doit agir sans attendre contre les violences sexistes et sexuelles dont les jeunes dans nos classes sont victimes ». On évalue d’ailleurs aujourd’hui à 160 000 le nombre d’enfants victimes de violences sexuelles chaque année. La mise en œuvre de l’EVARS est essentielle dans le combat à mener pour la prévention de ces violences et la protection des enfants.
Mais cette mise en œuvre ne saurait se limiter aux trois séances annuelles obligatoires, rappelle le syndicat du second degré. C’est en agissant aussi dans le cadre des disciplines d’enseignement, des heures de vie de classe, ou de projets engageant plusieurs classes et d’actions menées avec d’autres membres de la communauté éducative, notamment les CPE, que l’on parviendra à faire véritablement de l’EVARS « un levier pour construire dès le plus jeune âge une société résolument respectueuse des différentes orientations sexuelles, expressions et identités de genre, une société égalitaire entre les femmes et les hommes ». Nous sommes donc bien « toutes et tous concerné.es ».
Un enseignement conforme aux valeurs de l’Ecole et de la République
Le SNES-FSU rappelle aussi que cette « Education à » est désormais une obligation légale qui ne saurait être contestée. La ministre Élisabeth Borne a d’ailleurs affirmé dans son discours en janvier 2025 au Conseil supérieur de l’Éducation « le total soutien du ministère aux collègues qui pourraient être ponctuellement inquiété·es par des parents d’élèves ». Le syndicat se fera fort de rappeler « cet engagement à chaque offensive, pilotée le plus souvent par l’extrême droite » et certaines « ligues réactionnaires » qu’on a pu voir se déployer lors de la rédaction des programmes, parfois avec succès.
Car si les questions abordées par l’EVARS peuvent « faire l’objet de controverses dans le débat public », en aucun cas les personnels « ne peuvent se voir reprocher, par les élèves, leur famille, voire par des collègues, de sortir de leur neutralité en mettant en avant des idées qui de fait sont féministes, émancipatrices ou contraires à des préceptes religieux ». Le combat contre le sexisme et les LGBTIphobies, tout comme la promotion d’une « vision égalitaire des rapports sociaux », ne relèvent pas d’opinions politiques personnelles mais des missions assignées aux professeur.es, qui ont besoin pour les exercer, « d’un soutien plein et entier de la hiérarchie ».
Non à l’externalisation, oui à la formation
Mais toute obligatoire soit-elle, cette mise en œuvre, peu anticipée, peut « s’avérer difficile pour des équipes souvent démunies », tentées alors de faire appel à des partenaires extérieurs. Les programmes les y autorisent d’ailleurs, dans un cadre, soit, strictement défini, mais dont on peut craindre qu’il ne sera pas toujours « suffisant pour éviter que l’EVARS ne devienne une manne financière pour les entreprises « innovantes » et une porte d’entrée pour les mouvances réactionnaires ou d’extrême droite ». Le SNES-FSU appelle à la vigilance face à ces sollicitations qui peuvent parfois ouvrir « la voie à un prosélytisme qui avance masqué ».
Car « aux côtés des collectifs des associations et collectifs désormais bien identifiés qui revendiquent clairement leurs positions, se développent des plateformes et des outils à destination des personnels et/ou des élèves avec des motivations parfois peu lisibles, voire contestables. » On pense notamment à l’association « CycloShow-XY » – fondée par une militante « pro-vie » opposée à la contraception et défenseuse de la « planification familiale naturelle » – régulièrement sollicitée par l’enseignement catholique, « ou encore à Lift, entreprise fondée il y a un an et financée par l’ultraconservateur Pierre-Édouard Stérin, et qui vient de passer un contrat avec la région Auvergne-Rhône-Alpes ».
En réalité « ce dont nous avons besoin, ce ne sont pas de dispositifs marchands extérieurs, mais de formation, de temps, de moyens pour faire notre métier » rappelle le syndicat qui « presse le ministère de développer les formations à l’EVARS, notamment pour savoir comment recueillir la parole des élèves quand elle se libérera et quelles réponses institutionnelles y apporter ». Car recueillir cette parole ne s’improvise pas, pas plus que ne s’improvise ce que l’on doit faire de celle-ci. Sur ce sujet le SNES-FSU propose un certain nombre de recommandations essentielles. Il rappelle aussi qu’il est important de maitriser le vocabulaire associé aux « grands champs de la sexualité », de savoir distinguer le sexe biologique, du genre, ou l’expression de genre de l’orientation sexuelle… S’informer, se former.
Le syndicat termine ce 4 pages spéciales « en lançant une enquête pour évaluer la mise en œuvre (ou pas) du programme EVARS dans les établissements ». Deux minutes pour témoigner de la réalité, sur le terrain, des formations assurées, de l’implication des personnels, des difficultés ou pressions éventuellement rencontrées… et, chiffres en main, rappeler au Ministère ses engagements.
Claire Berest
