Claire : Ma ligne directrice c’est de toujours être dans le dialogue, de montrer que l’école est aussi aux parents. Je trouve important de garder une porte ouverte, au sens propre comme au figuré. Quand un parent ose franchir le pas pour parler, même brièvement, c’est souvent parce qu’il a besoin d’être entendu rapidement. Certains le font trop je le sais bien mais beaucoup ne le font pas du tout. Il y a une distance entre l’école et certaines familles et j’essaye de la casser au maximum. Du coup en montrant devant les autres parents que je suis disponible pour parler de tout et immédiatement, ça dit aux autres parents que c’est possible de parler à la directrice. Cette disponibilité renforce la confiance et la proximité avec les familles je trouve.
On risque de créer une distance
Beaucoup de sujets peuvent se régler en deux minutes, sans nécessiter de rendez-vous formel. Si on impose toujours un délai, on risque de créer une distance et de décourager les parents les moins à l’aise avec l’école. Mais aussi c’est important de régler très vite des petits trucs avant que ça ne devienne de gros problèmes. Parfois les parents vont exprimer un mécontentement, un truc qu’on aurait oublié de dire, des enfants qui se sont disputés, un cahier qui a été perdu … bref des petits détails quoi. Mais qui peuvent devenir des gros soucis si je ne montre pas de suite que je suis au courant et que je vais faire quelque chose de leurs plaintes. Je veux dire que si je réponds pas de suite, les parents vont exprimer ce qu’ils ont sur le cœur à quelqu’un d’autre. A des enseignantes, au personnel cantine, à une AESH, à des gens qui vont peut-être avoir sans le savoir des discours contraires.
Je règle le maximum de problèmes à chaud
Et puis ils vont en parler à d’autres parents qui vont faire caisse de résonnance. C’est déjà arrivé, surtout depuis que les parents se parlent sur leurs groupes watsapp de tout et de rien. Un mini truc comme deux élèves qui se sont bousculés ça peut vite devenir une grosse affaire. Et après j’aurai d’autant plus de mal à démêler. C’est aussi pour ça que je règle le maximum de problèmes à chaud, et ça veut dire que le matin, au portail, ou le soir, j’accueille la parole des parents immédiatement. Bien sûr, cela demande de savoir poser des limites quand c’est nécessaire, mais je crois que la réactivité est un atout efficace.
Marc : Bon sur le fond je comprends ce que tu veux dire mais déjà sur la forme tu m’accorderas que c’est pas toujours possible techniquement. Moi j’ai deux demi-journées de décharge seulement et avec les maternelles 99% des trucs que les parents ont à me dire ils peuvent très bien le dire aux maitresses ou aux ATSEM. Donc quand les parents veulent vraiment me parler le matin ou quoi, je pars du principe que c’est pas un détail. En tous cas je pense depuis que je directeur dans l’école, j’ai petit à petit imposé ça implicitement, un truc qui dit « si vous voulez parler au directeur c’est que c’est un sujet important ».
Un manque de confiance en le reste de l’équipe
Sinon je vais passer mes temps d’accueil à discuter non seulement avec les parents de ma classe que ceux des autres classes, des trucs genre il a oublié son doudou ou il mange pas à la cantine franchement … non seulement j’ai pas l’énergie mais aussi ça serait un manque de confiance en le reste de l’équipe je trouve. Donc moi je parle pas des « petits trucs » à gérer, je parle des questions importantes que les parents voudraient explicitement discuter avec la direction de l’école. Et pour cela, je préfère fixer un cadre clair et les rencontres se font sur rendez-vous, sur mon temps de décharge. C’est un travail à part, qui peut incomber au directeur mais qui demande un cadre spécifique.
Respect du temps de chacun et efficacité
D’abord, cela me permet d’organiser mon temps et d’être pleinement disponible pendant l’entretien. Les passages improvisés non seulement ça interfère avec mon travail de classe mais aussi tu peux être sûr que j’écoute à moitié et que je vais oublier des trucs. Et puis avec l’idée d’un rendez-vous différé, ça permet aussi au parent d’avoir un temps défini pour exprimer son problème. Par contre je peux brièvement demander c’est à quel sujet, comme ça si besoin je peux aussi préparer des éléments, aller discuter avec les enseignantes de l’élève ou avec le périscolaire, pour savoir un peu de quoi il retourne exactement. Le directeur, c’est celui qui fera la synthèse de l’incident en quelque sorte, qui fait le lien entre l’équipe pédagogique et les parents et cela demande un cadre qui soit posé. C’est une question de respect du temps de chacun et d’efficacité.
Et sur le fait que les parents risquent de monter en pression en attendant un rendez-vous différé je ne suis pas trop d’accord. Au contraire, ça permet justement de faire retomber la pression et de mettre de la distance entre une émotion ressentie sur le vif et le moment du rendez-vous. Qui n’est jamais trop loin non plus hein, je suis déchargé les mardi et vendredi donc même si y’a un souci le lundi ou le jeudi, je les vois le lendemain.
Le mot du chercheur
Si l’analyse de l’activité des enseignant.es en charge de la direction d’école mériterait d’être approfondie, la question des relations école-familles fait l’objet de nombreux travaux en sciences de l’Education. Et pour cause, elle est centrale dans le fonctionnement d’une école. Les directrices et directeurs d’école ont mission de « faciliter la participation des parents à l’action éducatrice de l’école » et de « favoriser leur implication » mais cette prescription ne dit rien de la manière de s’y prendre, qui relève de leur autonomie propre. Les choix opérés tiennent alors compte de la taille de l’école, du contexte social, de la culture de l’établissement mais aussi du style de la directrice ou du directeur en place, de ses propres préoccupations et de ses propres définitions du travail bien fait.
Frédéric Grimaud
