Mais seulement 13 % des victimes de cyberviolences de genre osent s’adresser à un adulte dans leur établissement. Ce chiffre, tiré d’une étude du Centre Hubertine Auclert menée auprès de 3 828 élèves franciliens, illustre la difficulté des jeunes à trouver écoute et soutien face aux violences sexistes, sexuelles ou LGBTphobes qui traversent les collèges et lycées.
L’école, un espace central mal préparé et sans confiance
13 % des victimes de cyberviolences de genre osent s’adresser à un adulte dans leur établissement. L’école est pourtant le premier espace où ces violences se produisent. Plus de la moitié des agressions sexuelles ont lieu dans l’établissement, et les violences verbales ou psychologiques s’y prolongent souvent en ligne, amplifiées par les réseaux sociaux.
Pourtant, peu de victimes trouvent un appui institutionnel : seuls 6 % se tournent vers un professionnel de santé, 3 % vers la police, et à peine 1 % vers un numéro d’écoute ou un juriste. Les pairs sont les principaux interlocuteurs des victimes, les parents sont également peu sollicités, par peur d’incompréhension de leur part, de les angoisser et du sentiment de honte.
L’étude du Centre Hubertine Auclert appelle donc à renforcer le repérage et l’accompagnement au sein des établissements. Cela passe par la formation du personnel éducatif, la création de protocoles clairs et la mise à disposition de ressources adaptées pour identifier, qualifier et traiter les (cyber)violences de genre. Il s’agit aussi de nommer explicitement ces actes, d’en rappeler l’interdit et d’en expliquer les ressorts sexistes et LGBTphobes.
Pourquoi ce manque de confiance dans les adultes dans les établissements ? Le manque d’exemplarité envoie un message très clair de remise en question pour les adultes pointe Orianne Lerouge de l’association Claf’outils!
L’étude révèle que les besoins en prévention diffèrent selon le genre et l’orientation sexuelle.
Les filles non-LBT+ se montrent particulièrement intéressées par des séances sur la gestion des émotions (27 % contre 12 % des garçons), les conflits (17 % contre 9 %), l’égalité filles-garçons (17 % contre 6 %) et les violences sexistes et sexuelles (16 % contre 6 %).
Les filles LBT+ expriment encore davantage de besoins : 36 % souhaitent parler de gestion des émotions, 26 % des violences sexistes, 23 % des questions LGBT+ et 22 % de l’égalité filles-garçons. À l’inverse, 42 % des garçons non-GBT+ estiment ne pas avoir besoin d’informations particulières sur ces sujets.
Une prévention encore insuffisante
Si 59 % des élèves déclarent avoir assisté à une séance sur les cyberviolences ou la sécurité en ligne, les formations sur le genre et l’égalité (56 %) ou les violences sexistes et sexuelles (42 %) restent inégalement dispensées — alors qu’elles sont obligatoires depuis 2001, à raison de trois séances par an.
Agir sur les causes profondes
Les chercheurs rappellent que ces violences s’enracinent dans des normes hétéro-cis-normatives encore très présentes à l’école : les garçons sont poussés à prouver leur virilité et leur hétérosexualité, tandis que les filles et les jeunes LGBT+ sont sanctionné·es pour tout écart à ces attentes.
Les filles LBT+ sont ainsi surexposées aux violences sexuelles, souvent hypersexualisées et peu reconnues dans leurs identités ou relations. Les garçons GBT+, eux, font face à un climat homophobe qui peut les isoler et renforce la peur d’être « suspecté » à leur tour.
Former, responsabiliser, protéger
Les experts plaident pour une prévention globale, intégrant une formation systématique du personnel éducatif sur les violences sexistes et LGBTphobes, et la responsabilisation des auteurs selon leur âge et la gravité des faits. Il s’agit d’intégrer la notion de continuum des violences dans la formation initiale comme continue de tous les personnels. Les préconisations du centre Hubertine Auclert soulignent l’importance de la formation pour la vie scolaire, notamment les AED souvent exclus de celle-ci.
Les outils identifiés sont les concours, les schémas directeurs de la formation continue et d’initiative locale, la labellisation égalité fille-garçon avec des actions de formation qui peuvent être évaluées. L’étude invite à créer « des ressources et des campagnes de sensibilisation et de prévention des (cyber)violences de genre, en visibilisant les facteurs de risque ( être LGBT+, une fille, en couple) ».
A souligner que des outils existent – les programmes Phare, EVARS – et qu’ils ont besoin de moyens financiers. Pour agir face aux (cyber)violences de genre, le rôle des établissements scolaires et de la communauté éducative est souligné : l’étude préconise de renforcer les enquêtes de climat scolaire au prisme du genre et d’établir un rapport annuel sur les faits de violences remontés. Que faire pour éviter la reproduction des violences ? Clarifier les rôles et les procédures pénales et disciplinaires et créer un groupe national de travail répond le Centre.
L’enjeu est double : protéger les victimes et éduquer, condition pour déconstruire durablement les stéréotypes qui nourrissent ce continuum de (cyber)violences à l’école. Et pour cela, il est nécessaire que l’établissement scolaire ait non seulement des personnels disponibles et formés mais aussi que ces derniers aient ou gagnent la confiance des élèves. Ce chiffre de 13% d’élèves qui parlent à un adulte est un défi et une remise en question pour l’institution scolaire, comme pour tout adulte.
Djéhanne Gani
