Le Centre Hubertine Auclert, en collaboration avec l’agence de sociologie n-clique et sous la direction scientifique de la chercheuse Margot Déage, a publié une vaste étude sur les (cyber)violences de genre vécues par les collégiens et lycéens franciliens. Menée entre avril et décembre 2023, elle a interrogé 3 828 élèves âgés de 11 à 18 ans dans 14 établissements, complétée par 49 entretiens avec des personnels scolaires, 34 focus groupes et 32 entretiens individuels. Cette étude qualitative et quantitative est novatrice car elle met en lumière le continuum des violences subies tout au long de la vie dans tous les milieux sociaux.
Une violence omniprésente
Les violences psychologiques et sexuelles sont les plus répandues. 43 % des élèves disent avoir subi au moins une victimation sexuelle, et 7 % une agression sexuelle caractérisée (baiser forcé, attouchement ou contact sans consentement). Plus de la moitié des attouchements ont lieu au sein même des établissements scolaires, parfois prolongés par des cyberviolences. Les atteintes à l’image intime, comme la diffusion de photos sans consentement, concernent également 7 % des élèves.
Les filles et les jeunes LGBT+ particulièrement exposé·es
Être une fille augmente de 65 % le risque de subir des cyberviolences psychologiques à haute intensité et de 57 % celui de subir des cyberviolences sexuelles.
L’assignation à une identité LGBT+ est le principal facteur de risque : elle double quasiment la probabilité d’être victime de violences psychologiques, physiques ou sexuelles répétées. Ainsi, 33 % des filles LBT+ et 21 % des garçons GBT+ ont subi plus de cinq victimations sexuelles, contre 11 % pour l’ensemble des élèves.
Les agressions sexuelles les plus graves touchent 8 % des filles LBT+, contre 3 % des filles non-LBT+ et 1 % des garçons hétérosexuels cisgenres.
L’étude met en évidence le poids des normes hétéro-cis-normatives à l’école. Une masculinité stéréotypée, viriliste et machiste marginalise tout comportement perçu comme féminin ou non conforme. Les garçons perçus comme non virils, notamment les garçons GBT+, sont les principales cibles des (cyber)violences physiques.
Autre facteur aggravant : être en couple double le risque de subir des (cyber)violences sexuelles de haute intensité.
Un mal-être profond et un silence persistant
Les conséquences sur le bien-être sont considérables : les élèves ayant subi plus de dix violences psychologiques sont dix fois plus nombreux à se sentir mal dans leur établissement (28 % contre 3 % pour ceux qui n’en ont subi aucune).
Pourtant, le silence demeure la norme. Seul un élève sur quatre (26 %) confie avoir parlé de ces violences, souvent à ses pairs (63 %) plutôt qu’à des adultes du lycée (13 %) ou à ses parents (38 %), par peur de l’incompréhension, de la honte ou des représailles.
Les plus jeunes (élèves de sixième) se confient davantage (33 %) que les lycéens (21 %).
Des stratégies d’autodéfense surtout chez les filles
Les élèves développent également des stratégies d’évitement : se rendre invisible, ne pas réagir. Face aux cyberviolences, les filles se protègent davantage en ligne, en utilisant les outils de confidentialité (mots de passe, comptes privés) et de modération (blocage, signalement). Ces pratiques témoignent d’une forme d’autodéfense numérique, mais aussi d’une vigilance qui pèse sur leur quotidien.
Un continuum de violences à combattre dès le collège
L’étude conclut que les violences de genre forment un continuum qui s’étend du collège au lycée, du réel au virtuel. Si l’école dispose de dispositifs pour traiter certaines formes de violences physiques, les violences sexistes et LGBTphobes restent souvent minimisées ou invisibilisées, malgré leurs effets délétères sur la santé mentale et la scolarité des jeunes.
Djéhanne Gani
13% des élèves victimes parlent à un adulte de leur établissement
