Réformer autrement, première attente des personnels
« Une réforme n’est pas réussie simplement parce qu’elle a été annoncée. Il n’y a rien de magique dans une annonce. Elle réussit lorsque celles et ceux qui doivent la mettre en œuvre en comprennent les objectifs, disposent des moyens nécessaires et ont réellement pu peser sur sa construction. » Pour Morgane Verviers, secrétaire générale de l’UNSA Éducation, le message du baromètre présenté lundi 14 septembre à Paris est donc limpide : « La première réforme à conduire sera celle de la manière de réformer. »
Les personnels ne demandent pas l’arrêt des réformes. Ils demandent de ne plus réformer sans diagnostic partagé, sans bilan, sans moyens et sans les professionnels concernés. Une exigence particulièrement forte alors que la baisse démographique ouvre, selon l’UNSA Éducation, des marges de manœuvre budgétaires.
La priorité est clairement identifiée : 82 % des personnels souhaitent que ces moyens servent d’abord à réduire le nombre d’élèves par groupe pour mieux les accompagner et favoriser leur réussite.
Inégalités et ségrégation : ne plus détourner le regard
84 % des personnels demandent que les inégalités sociales et scolaires soient traitées comme un enjeu majeur du prochain projet pour l’École.
Les écarts révélés par PISA rappellent l’ampleur du problème contextualise Morgane Verviers lors de la conférence de presse. En sciences, 100 points séparent les résultats des 25 % d’élèves les plus favorisés de ceux des 25 % les plus défavorisés, soit 15 points de plus que la moyenne des pays de l’OCDE. Pour l’UNSA Éducation, la ségrégation scolaire ne peut donc plus être considérée comme un sujet secondaire.
Les personnels expriment leurs inquiétudes grandissantes face au développement du secteur privé. Pour plus de la moitié, l’enseignement privé sous contrat (58 %) représente un risque pour l’École publique et laïque, auxquels s’ajoutent 19 % qui estiment que cette évolution doit être encadrée. Au total, 77 % appellent à une régulation, contre seulement 11 % qui considèrent cette évolution utile pour diversifier l’offre.
Faire réussir et faire société : un même projet
À l’approche des prochaines échéances politiques, les personnels placent également au cœur du débat les finalités de l’École. Les personnels refusent précisément cette opposition entre réussite scolaire et mission sociale de l’École. Ils ne veulent pas choisir entre exigence et bienveillance, ni assimiler l’excellence à la sélection.
« Les résultats, PISA ou pas, sont des faits. Les solutions sont des choix. Et lorsque les solutions précèdent le diagnostic, nous ne sommes plus dans l’expertise : nous sommes dans une bataille de projets de société. »
Parmi les huit sujets soumis dans le baromètre, près de 9 personnels sur 10 (89 %) placent la santé des jeunes en tête des enjeux du prochain débat, devant le niveau des jeunes (87 %), la réduction du poids des inégalités sociales (84 %) et les contenus et compétences à acquérir (83 %).
Les principales transformations de l’environnement professionnel
Lorsqu’ils sont interrogés sur ce qui a le plus changé leur travail ces dernières années, les personnels citent d’abord le public auquel ils s’adressent (66 %), puis l’image de leur métier dans la société (48 %) et la nature de leurs missions (41 %).
Le baromètre met en lumière la complexification du travail des personnels avec la diversification des besoins, le développement de l’École inclusive, la demande croissante d’accompagnement individualisé, mais aussi la pression sociale et médiatique.
Le climat scolaire constitue un autre chantier prioritaire. 68 % des personnels estiment que les situations de tension ou de violence augmentent dans leur environnement professionnel, une proportion qui atteint 72 % en éducation prioritaire.
Mais là encore, ils refusent les réponses simplistes ; 69 % considèrent qu’il faut agir simultanément sur le fonctionnement du système éducatif et sur les facteurs extérieurs à l’École. Pour le syndicat, l’enjeu est donc de construire une politique durable de prévention, de formation, de travail collectif et de dialogue social. « Nous devons sortir de cette mécanique qui consiste à attendre un drame, puis à annoncer un nouveau plan sous le coup de l’émotion », alerte l’UNSA Éducation.
Le premier degré ne peut être « la mère des batailles et le parent pauvre »
Enfin, le premier degré apparaît comme un point de tension majeur. Si tout le monde s’accorde à dire que c’est là que se construisent les apprentissages fondamentaux et que les inégalités doivent être combattues dès les premières années, la reconnaissance n’est pas au rendez-vous pour le syndicat.
Seulement 26 % des personnels du premier degré déclarent ressentir de la reconnaissance et du respect dans leur pratique professionnelle, soit près de 73 % qui répondent négativement, un niveau nettement supérieur à la moyenne.
Pour Morgane Verviers, le paradoxe est manifeste : « Le premier degré ne peut pas être la mère des batailles et le parent pauvre du système. »
Djéhanne Gani
