Un désaveu massif des choix politiques
Le constat est sans appel : 1% des personnels interrogés estime que les réformes engagées au cours des deux quinquennats ont amélioré les choses. Pour 65 %, elles ne correspondent pas aux besoins du terrain. 20 % estiment qu’il y en a eu trop, tandis que 8 % les trouvent difficiles à mettre en œuvre et 3 % difficiles à comprendre.
Le baromètre, auquel ont répondu 43 000 personnels titulaires et contractuels de l’Éducation nationale, mais aussi de l’enseignement supérieur et de la recherche, de la jeunesse et des sports, de l’enseignement agricole ou encore de la culture, se veut ainsi davantage qu’un état des lieux. Il constitue, selon l’UNSA Éducation, le bilan de dix années de choix politiques. 74 % des personnels se disent inquiets face aux évolutions possibles du système éducatif, notamment sur la question de la ségrégation mais ils n’ont pas renoncé à leur métier ni à l’idée qu’une autre politique est possible.
Les chiffres de la rupture : près de 9 personnels sur 10 ne sont pas en accord avec les choix politiques
Les chiffres illustrent l’ampleur de la rupture. En 2017, 25 % des personnels se disaient en accord avec les choix politiques concernant leur secteur professionnel. Ils ne sont plus que 7 % en 2026, soit une chute de 18 points. À l’inverse, 87 % déclarent aujourd’hui ne pas être en accord avec ces choix.
« Ce n’est pas une simple fatigue face au changement. C’est une crise de confiance dans la manière dont les décisions sont prises, dans leur pertinence et dans leur capacité à améliorer réellement le fonctionnement du système éducatif », analyse Morgane Verviers, secrétaire générale de l’UNSA Éducation lors de la conférence de presse du lundi 14 septembre 2026.
Un métier avec du sens, mais un système qui fabrique du découragement
Le paradoxe est frappant : les personnels aiment leur métier mais seulement 22 % conseilleraient aujourd’hui ce métier à un jeune de leur entourage, contre 37 % en 2017. 9 sur 10 disent encore aimer leur profession et 72 % se déclarent heureux de l’exercer.
Dans le même temps, 66 % ne se sentent pas reconnus et respectés dans leur pratique professionnelle, contre 57 % neuf ans plus tôt. Le sens donné au travail recule lui aussi : 77 % des personnels estimaient en 2017 que leurs missions avaient du sens contre 67 % aujourd’hui. Pour la secrétaire générale de l’Unsa education, « le véritable problème n’est donc pas l’absence de vocation à l’entrée. C’est la fabrication du découragement au cours de la carrière » Pourquoi ? ce sont les conditions de travail qui sont pointées du doigt, jugées insatisfaisantes pour 68 % des répondants.
La santé devient en toute logique une préoccupation majeure. Elle figurait parmi les trois priorités à améliorer pour 15 % des répondants en 2017, contre 29 % en 2026, soit presque deux fois plus. « Nous avons un travail qui, non seulement, ne paye plus suffisamment, mais qui coûte aussi de plus en plus, humainement, à celles et ceux qui le font », résume Morgane Verviers.
Le pouvoir d’achat, priorité des priorités
58 % des personnels placent le pouvoir d’achat parmi les trois priorités qu’ils souhaitent voir améliorées. Les répondants estiment que leur rémunération accuse un retard de l’ordre de 20 à 30 %.
Pour l’UNSA Éducation, la revalorisation ne peut cependant être dissociée de la reconnaissance du métier. « Le vocabulaire de la vocation a parfois servi d’alibi », dénonce Morgane Verviers. La revalorisation attendue doit, selon elle, être durable et concerner l’ensemble des personnels : « Elle ne peut être ni réservée à quelques-uns, ni soumise à des conditions, ni provisoire. »
Le baromètre ne se réduit pourtant pas à un constat de découragement. « Ce qui a été fragilisé par des choix politiques peut être réparé par d’autres choix politiques » déclare Morgane Verviers.
La conclusion de l’UNSA Éducation se veut d’ailleurs particulièrement directe : « Après ce baromètre, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas. Personne ne pourra dire qu’il ne savait pas ce qui s’est dégradé. Personne ne pourra dire qu’il ne savait pas ce que les personnels attendent. Et personne ne pourra dire qu’il ne savait pas ce qui risquait d’arriver si nous continuions dans la même direction. »
Djéhanne Gani
