« Les convergences entre la droite macroniste et la droite radicalisée de Retailleau à Bardella s’accentuent au fil du débat public et des votes ». Suite à une proposition de loi défendue dans la commission des affaires culturelles et de l’éducation à l’Assemblée nationale par l’extrême-droite dans le cadre de sa niche parlementaire, le député Rodrigo Arenas (LFI) signe cette tribune. Il dénonce la vision de l’enfant par les droites, de la macronie au rassemblement national. « La liberté, l’égalité, et la fraternité ne sont pas des mots vains, mais le programme fondamental de l’école républicaine. Il n’y en a pas d’autre » écrit-il.
La niche parlementaire du Rassemblement national a au moins cette vertu : elle fait tomber les masques. La proposition de loi sur l’école que l’extrême-droite a défendue en commission éducation résume en quelques pages indigentes toute une philosophie du dressage et du mépris social au nom de l’Ordre. Contrairement à ses prétentions, la proposition de loi que le RN a déposée « visant à protéger l’école de la République et les personnels qui y travaillent » ne protège rien, ne répare rien, n’améliore rien, n’instruit rien. Elle punit. Elle surveille. Elle fouille. Elle criminalise. On n’y parle ni d’enfants, ni d’apprentissages, ni d’émancipation, mais de discipline, de sanctions et de mise au pas. Élèves suspects, parents coupables : les présupposés politiques qui sous-tendent cet univers d’inspiration carcérale sont transparents. Les enfants des classes populaires, et tout particulièrement issues de l’immigration, sont des sauvageons, inéducables et rebelles, que seules la peur et la violence pourront civiliser.
Hélas, ce texte n’est même pas une rupture. Il est un aboutissement. Depuis ses débuts, le macronisme scolaire, au lieu d’un diagnostic lucide sur l’école, n’a cessé de déplacer le blâme : ce furent d’abord les enseignants « bloqueurs » et « feignants », quand ils n’étaient pas « gauchistes » ; puis les élèves « indisciplinés », enfin les parents « démissionnaires ». Tout une rhétorique de la « décivilisation » martelée adroitement par un pouvoir idéologiquement malhonnête, sans imagination pour l’école, obsédé par un ordre de moins en moins républicain. Les inégalités ? Les moyens pour le public ? La carte scolaire ? L’encadrement ? Toujours des coupables, jamais des causes.
Le RN n’est finalement que la continuation du vide macroniste, dont il ne propose rien d’autre qu’une version endurcie de cette même rengaine : si l’école échoue, ce serait par faillite individuelles ou corporatistes et non parce que le système a été méthodiquement affaibli. Dans l’esprit de ces irresponsables, notre école publique n’est plus un bien commun mais un simple instrument de contrôle et de reproduction sociale. L’enfant n’y est plus un sujet à émanciper mais une menace à maîtriser. Faut-il s’étonner que tant de parents désemparés se saignent pour se tourner vers le privé ? C’est précisément l’objectif poursuivi.
Il faut s’inquiéter de ce qui pourrait suivre. Non seulement la privatisation de l’éducation. Non seulement la transformation du SNU en nouvelle conscription obligatoire. Mais peut-être, bientôt, l’obligation aux familles, c’est-à-dire aux femmes, de s’occuper à plein temps de leurs enfants. Et si elles n’en font plus, pour l’économie, les retraites ou l’armée, faudra-t-il réduire leurs droits pour les ramener aux foyers qu’elles n’auraient jamais dû quitter ?
Les convergences entre la droite macroniste et la droite radicalisée de Retailleau à Bardella s’accentuent au fil du débat public et des votes
Au fond, les choses se clarifient. Les convergences entre la droite macroniste et la droite radicalisée de Retailleau à Bardella s’accentuent au fil du débat public et des votes : refus de la taxe Zucman, traque des chômeurs et des étrangers, mépris social, reculs démocratiques, nature sans défense livrée aux pesticides… Le clivage droite-gauche est encore nettement actif dans notre pays. Et le projet réactionnaire pour l’éducation n’est qu’un clou supplémentaire dans le cercueil de l’illusion macroniste d’être un rempart centriste et libéral à l’extrême-droite radicale.
Face à cela, il ne suffit pas de s’opposer. Il faut rappeler ce que nous voulons : une école qui élève et construit de la confiance collective. Une école pour le XXIᵉ siècle qui forme des esprits libres, capables de comprendre le monde, d’y agir et d’y résister. Une école qui s’attaque aux inégalités à la racine, outille au discernement face aux récits toxiques, et prépare à la démocratie dans la turbulence — pas à l’obéissance dans la peur. Une école qui fait du commun un horizon, pas un mot creux, et qui parie sur l’intelligence de tous plutôt que sur la résignation de chacun.
Malgré ses faiblesses et ses limites, l’école de la République a toujours eu comme projet d’arracher chaque enfant aux déterminations sociales de sa naissance. Elle a pour vocation d’élever les intelligences, ouvrir les possibles, remettre en cause les inégalités par la culture et le savoir. La liberté, l’égalité, et la fraternité ne sont pas des mots vains, mais le programme fondamental de l’école républicaine. Il n’y en a pas d’autre.
Rodrigo Arenas
