Ces résultats plaideront-ils en faveur d’une politique de mixité sociale – et scolaire – , d’un renfort de la politique de l’éducation prioritaire, et partant d’une répartition des moyens ou encore des conditions de financement des établissements privés sous contrat ?
Inégalités sociales : une ségrégation qui se creuse entre les établissements
Déclarées souvent inutiles par les professeurs, critiquées d’un point de vue pédagogique et idéologique, les évaluations rappellent les effets des inégalités sociales sur les résultats scolaires. Une leçon bourdieusienne qui n’est pas nouvelle. Non seulement, la reproduction des inégalités se poursuit, mais elle se conjugue d’une ségrégation qui se creuse.
Les établissements privés sous contrat scolarisent en moyenne majoritairement des élèves de familles favorisées et les établissements d’éducation prioritaire des élèves de familles défavorisées. Ces deux types d’établissements qui scolarisent chacun près de 20% des élèves se situent à deux pôles sociaux opposés. Cela est factuel et cela s’appuie sur des données ministérielles. Le rapport de la Cour des comptes publié en mai 2025 confirme cette ségrégation par ces données déjà pointées alors : 83 % des collèges REP+ scolarisent une majorité d’élèves de milieu défavorisé, contre 32 % en REP, 2 % hors Education prioritaire, et aucun dans le secteur privé sous contrat.
Les élèves issus de milieu social très favorisé représentent en moyenne 40,5% dans l’enseignement privé contre 19,5% dans le secteur public. En miroir et contraste, le pourcentage d’élèves issus de milieu défavorisé est de 18,3% dans le privé et de 42,6% dans le secteur public. A relever que ces écarts ne sont pas homogènes, dans certains départements ruraux et de Bretagne, la composition sociale des élèves des secteurs publics et privés peut être proche.
Que révèlent les évaluations ?
Les résultats des évaluations nationales confirment la corrélation origine sociale et réussite dans les exercices scolaires. CQFD. Or, les établissements privés ne sont-ils pas doublement favorisés par un public favorisé et des financements publics à hauteur de 73% ? et si ces trajectoires scolaires déterminées par l’origine sociale minent la confiance dans l’institution et la démocratie, ne faut-il pas agir pour la fin de l’école de classes et plus de mixité ?
Les évaluations montrent des écarts de réussite entre les secteurs d’éducation selon leur origine sociale mais aussi le type d’établissement : les élèves de l’éducation prioritaire réussissent moins bien les évaluations que les élèves des collèges hors éducation prioritaire, et encore moins bien que les élèves scolarisés dans les établissements privés sous contrat.
Les professeurs face aux évaluations
Les évaluations nationales concernent les élèves du CP au CM2, ainsi que ceux de 6e depuis 2007. En 2024, les évaluations se sont étendues à la 2de. Ces évaluations sont massivement déployées avec un taux de participation de 99% dans le premier degré et 100% en 6e, 98% en 5e, couvrant plus de 7 millions d’élèves à tous les niveaux se félicite le ministère. Mais quand on quitte la rue de Grenelle vers les salles de professeurs, il est plutôt question de la pression ressentie ou exprimée pour les faire passer. L’injonction ministérielle est bien comprise. Le taux de participation montre que les professeurs sont engagés et malgré leur fatigue et opinion sur ces évaluations, respectent les attendus.
Ne peut-on pas y voir une forme de démission silencieuse et une marque de ce qui fait souffrir les enseignants : faire des tâches qui n’ont pas de sens pour eux ? La majorité des professeur.es estiment les évaluations chronophages, inutiles, précoces et disent ne rien en apprendre sur les élèves. Beaucoup dénoncent une entrée dans l’année sous le sceau de l’évaluation dans la relation pédagogique comme du lien à l’école de l’élève.
Les témoignages des professeurs qui expriment une souffrance et une perte de sens se multiplient. Les passations des évaluations y participent. Les évaluations standardisées sont maintenant bien connues avec des items récurrents, un effet « bachotage » n’est pas à ignorer, tout comme l’aspect pratique des conditions de passation des évaluations (accès à la salle informatique).
Le ministère parle de résultats « contrastés », d’écarts mais jamais d’ « inégalités sociales ». Peut-être faudrait-il commencer par cela ? et comparer non, pas une évolution, une courbe, plus ou moins stagnante, sa hausse ou sa baisse dans tous les secteurs, mais le fait que l’écart entre les types d’établissements (éducation prioritaire, hors éducation prioritaire et secteur privé sous contrat) perdure. Toujours et encore. Dès lors, la véritable question est comment en finir avec la reproduction des inégalités et la ségrégation scolaire, subie pour certaines catégories ou choisie par d’autres ?
Djéhanne Gani
Evaluations nationales : « précoces, chronophages et inutiles »
