1836 : une cloison entre les filles et les garçons
L’arrêté du 8 janvier 1836 impose une cloison entre les filles et les garçons lorsqu’ils sont admis en même temps dans un même local. Le principe fondamental était en effet que les filles et les garçons soient scolarisés dans des écoles différentes. Mais il arrivait de plus en plus souvent que compte tenu du retard de l’offre d’écoles de filles par rapport à celles de garçons, et d’une montée assez rapide de la demande de scolarisation des filles, une certaine « mixité » de fait (proscrite en principe) avait lieu ici ou là de façon de moins en moins marginale.
60 ‘s : la mixité à l’Ecole
Il faut attendre les années 1960 pour que la mixité à l’Ecole prenne une certaine ampleur. Dans le primaire, en deux ans (de la rentrée 1961 à celle de 1963), plus de la moitié des écoles primaires publiques de filles ou de garçons à une ou deux classes disparaissent tandis que 15000 écoles à plusieurs classes deviennent mixtes.
Signe des temps, le taux de mixité est plus fort dans le public que dans le privé au début des années 1960, mais équivalent dès l’année scolaire 1969-1970 : l’enseignement privé catholique a dû et a pu suivre presque immédiatement l’impulsion venue de l’administration de l’Ecole publique, en dépit de sa répugnance ancestrale contre le « mélange des sexes ».
Il existe 9% de classes mixtes dans le privé contre 24% dans le public en 1962-1963, et 10% contre 33% en 1963-1964. Mais, dès l’année scolaire 1969-1970, le privé rattrape son retard : le taux de classes mixtes atteint 36% dans le privé contre 35% dans le public.
L’évolution doctrinale de l’Eglise
On peut d’ailleurs mesurer l’évolution doctrinale de l’Eglise. En 1929, l’encyclique « Divini illius Magistri » du pape Pie XI avait réaffirmé la position traditionnelle de l’Eglise qui condamnait formellement la ‘’coéducation’’ (la mixité), considérée comme fausse et nocive parce que fondée sur le naturalisme et la négation du péché originel : « c’est une erreur, pernicieuse à l’éducation chrétienne, que cette méthode dite de ‘’coéducation des sexes’’, méthode fondée aux yeux d’un grand nombre sur un naturalisme négateur du péché originel. En outre, pour tous ses tenants, elle provient d’une confusion d’idées déplorables qui remplace la légitime communauté de vie entre les hommes par la promiscuité et le nivellement égalitaire ».
En 1958, on peut constater un certain assouplissement dans le seul document canonique paru à cette époque (à savoir l’ « Instruction de la S.C. des Religieux sur la coéducation ») : certes la coéducation proprement dite ne peut toujours pas être approuvée en soi d’une façon générale (conformément à l’encyclique « Divini illius Magistri »), mais des écoles catholiques mixtes peuvent être instituées, en prenant toutes les précautions, en particulier dans les cas où la nécessité pratique impose d’éduquer les jeunes gens et les jeunes filles en même temps .
Un pas décisif est franchi lorsqu’en juin 1966 le Comité national de l’Enseignement catholique français se déclare favorable à la mixité scolaire « dans un monde moderne qui met de plus en plus en relations les garçons et les filles ». La note de juin 1966 du Secrétariat général de l’Enseignement catholique français souligne qu’ « au moment où l’activité des jeunes s’exerce toujours davantage sous le signe de la mixité, de nombreux établissements catholiques sont amenés à accueillir garçons et filles dans les mêmes classes, à tous les âges, afin de constituer des ensembles scolaires plus complets ».
1975 : obligation de mixité de l’enseignement
Par le décret du 3 août 1963, la mixité devient le régime normal des collèges d’enseignement secondaire (CES) institués par la réforme Capelle-Fouchet la même année. Par la circulaire du 15 juin 1965, la mixité devient le régime normal des établissements d’enseignement élémentaire nouvellement créés. Les décrets d’application du 28 décembre 1976 de la loi « Haby » du 11 juillet 1975 assurent l’obligation de mixité de l’enseignement : « les classes maternelles et primaires sont mixtes » ; « les collèges sont ouverts indifféremment aux élèves des deux sexes » ; « tout enseignement et toute spécialité professionnelle d’un lycée sont accessibles aux élèves des deux sexes, sous réserve des dispositions du code du travail ».
Claude Lelièvre
