60 % des personnels qui ont répondu à l’enquête affirment avoir été victimes de VSST
Dans le milieu professionnel, les chiffres des violences de genre restent alarmants. Si l’enquête nationale révélait en 2021 qu’une femme sur cinq avait subi des comportements à caractère sexuel au travail, le secteur de l’enseignement semble également exposé à ces violences. Selon une consultation menée par SUD éducation en 2024, 60 % des personnels ayant répondu affirment avoir déjà été victimes de VSST. Le 10 mars 2026, Sud éducation a déposé un recours pour manquement dans la prise en charge des violences sexistes et sexuelles au travail.
« Être victime de VSST au sein de l’Education nationale, signifie subir une double peine »
Pour l’organisation syndicale, ces chiffres ne sont pas une fatalité mais le résultat d’une politique de gestion défaillante. SUD éducation pointe une absence flagrante de protection. Selon elle, le ministère ne remplit pas ses obligations légales en matière de prévention, de sanction des agresseurs et de réparation pour les victimes. « Le travail syndical, c’est le travail que l’administration ne fait pas » dénonce Marion Maurice, cosecrétaire de Sud Education, poursuivant : « notre mission n’est pas de faire respecter le droit, notre action doit aller beaucoup plus loin »
Le syndicat, qui accompagne régulièrement des agentes dont les droits seraient bafoués par l’administration, décrit une situation de carence grave de la part de l’employeur public. « Être victime de VSST au sein de l’Education nationale, signifie subir une double peine » déclare le syndicat, la double peine de devoir face à « une administration maltraitante ».
Une victimisation secondaire pour une large majorité de victimes
83% des personnes qui se sont adressées à leur hiérarchie suite à des violences sexistes et sexuelles estiment ne pas avoir été aidées. 95% d’entre elles déclarent avoir des séquelles sur leur santé mentale. Près de la moitié des personnes dit ne pas avoir eu de réponse après avoir signalé des faits dans le registre santé et sécurité au travail.
L’organisation syndicale déplore des situations dans lesquelles l’administration refuse de reconnaitre les violences, refuse de faire des signalements, de prendre des sanctions, de lancer des enquêtes internes, ou encore d’accorder la protection fonctionnelle aux victimes. Les personnes LGBTQIA+, racisées ou handicapées sont plus exposées aux violences et manquements selon l’enquête de Sud Éducation.
175 mesures prises à la suite de saisines sur 1223 actes recensés
14,3% des saisines ont donné suite à des mesures selon l’enquête menée par le syndicat. Parmi elles, 9 mesures de protection fonctionnelles, deux enquêtes administratives et un avertissement.
L’État face à ses responsabilités
Pour porter l’affaire sur le terrain judiciaire, SUD éducation a mandaté les avocates Miléna Dostanic et Élodie Tuaillon-Hibon (Cabinet Vivere).
« Cette action est la continuation de nos luttes sur le terrain », affirme le syndicat, qui espère ainsi contraindre le ministère à une véritable prise en charge des victimes. Pour cela, la question des moyens spécifiques pour lutter contre les VSST est centrale, comme celle de la prévention.
Interrogé, le ministère indique « une action résolue dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles », des « situations [qui] sont examinées avec la plus grande attention et doivent faire l’objet d’une réponse immédiate et systématique ». Il rappelle également « l’arrêté du 31 juillet 2023, chaque académie dispose d’une cellule de recueil et de traitement des signalements des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d’agissements sexistes (cellule VDHA). Composée d’écoutants formés, cette cellule offre aux personnels un espace confidentiel de signalement, d’écoute, d’information et d’orientation » et son fonctionnement et la mise en place d’un protocole d’action, « composé de fiches réflexes, il permet à chaque agent, qu’il soit victime, témoin ou exerce des fonctions d’encadrement, de savoir comment agir et quelles démarches engager ».
Des revendications pour une protection réelle
SUD éducation porte des préconisations concrètes pour refonder la politique de prévention du ministère. Le syndicat exige d’abord une mise en conformité du « Plan égalité femmes-hommes », soutenue par des moyens financiers réels permettant le recrutement de personnels dédiés à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS). Sur le plan opérationnel, l’organisation demande une réactivité immédiate de l’administration. Pour le syndicat, dès qu’un signalement est effectué, l’agent mis en cause doit être suspendu et une enquête administrative déclenchée sans délai, accompagnée de l’octroi automatique de la protection fonctionnelle pour la victime.
L’enjeu est aussi celui du temps : le temps de la justice peut s’étendre sur dix ans, l’employeur doit donc agir en amont des tribunaux pour le syndicat. Il juge inadmissible que des victimes soient contraintes de côtoyer leur agresseur sur leur lieu de travail durant une décennie.
Enfin, pour briser le tabou, Ingrid Quefeulou, mandatée par le syndicat sur les questions juridique insiste sur la nécessité de formations massives et d’un affichage clair dans tous les services : « Nous demandons de la formation et de l’affichage pour que chacun sache définir un viol ou une agression. » Il s’agit simplement d’appliquer la circulaire de 2018 relative aux VSS dans la Fonction publique, restée trop souvent lettre morte, afin que chaque femme travaillant pour l’Éducation nationale puisse enfin exercer ses fonctions dans un cadre sécurisé et respectueux de ses droits fondamentaux. Et dans le respect des droits des personnels et devoirs de l’employeur.
Djéhanne Gani
