« Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, et pour un diplôme dont l’examen a pu être tout à fait évanescent à certains moments de son passé ? » demande l’historien de l’éducation Claude Lelièvre. Il retrace pour le Café pédagogique l’histoire mouvementée du brevet des collèges : brevet de capacité, brevet d’études du premier cycle du second degré (BEPC), brevet des collèges, diplôme, examen, contrôle continu, sujet national, attestation, compétences du socle commun.
Une histoire tourmentée
Début avril, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a annoncé la création d’un « concours général des collèges ». La première édition est prévue en janvier de l’année prochaine. Jusqu’à 10 % des meilleurs élèves de troisième des établissements volontaires pourraient y participer, filles et garçons en nombre équivalent pour chaque épreuve : « Mathématiques et sciences » ou « Français et culture générale » ou « Histoire-géographie » ou « Arts plastiques » ou « Informatique et codage ».
Le brevet n’a jamais eu la place emblématique du baccalauréat ou du certificat d’études comme le montrent son histoire plutôt tourmentée et ses appellations et fonctionnements instables. Et on peut douter que ce « concours général » puisse lui donner les « titres de noblesse » qui lui manquent (au détriment sans doute de la recherche d’une fonctionnalité qui reste toujours à assurer).
Un brevet, des brevets
Au XIXème siècle, le brevet est d’abord et avant tout un « brevet de capacité » qui certifie que l’on est « en capacité » de devenir maître (ou maîtresse) d’école, et plus généralement un examen qui est parfois requis (directement ou indirectement) pour être « en capacité » d’exercer certains métiers appartenant à ce que l’on appellerait maintenant la sphère des cadres intermédiaires. Au cours du temps, le lien du brevet avec l’accès à certaines professions s’est nettement distendu.
En 1947, le brevet est transformé en « brevet d’études du premier cycle du second degré » (BEPC), son appellation nouvelle signant ce qu’il est devenu avant tout, à savoir un examen qui scande un cursus scolaire – celui du secondaire – désormais clairement constitué de deux « cycles ».
Bien que le BEPC soit considéré comme un examen de fin de cycle (le premier cycle du secondaire) à partir de 1947, sa détention n’a jamais été jugée nécessaire pour entrer dans le second cycle.
À partir de 1978, c’est même en quelque sorte l’inverse qui a été décidé : les élèves ayant fait l’objet d’une orientation vers le second cycle de l’enseignement secondaire n’ont même pas à passer les épreuves du brevet pour l’obtenir. En 1981, le diplôme – désormais intitulé brevet des collèges – est attribué sans examen, au vu des seuls résultats scolaires.
1986, un examen écrit
En 1986, un « examen écrit » (en mathématiques, français, histoire-géographie-éducation civique) est réintroduit par le ministre de l’Éducation Jean-Pierre Chevènement avec le triple objectif annoncé de « revaloriser le diplôme », de « motiver » davantage les élèves, et de les « préparer » à aborder des examens ultérieurement. Lors de sa première mouture, le taux de reçus ne dépasse pas 49%.
En 1988, pour l’essentiel sur cette base, est créé le « diplôme national du brevet », avec trois séries : collège, technologique et professionnelle. En 2001, prise en compte d’options facultatives.
Contrôle continu, B2i, A2, histoire de l’art
En 2006, s’ajoute l’option « découverte professionnelle ». En 2007, ajout de la note de vie scolaire ; le contrôle continu ne porte que sur les notes de troisième et le sujet du brevet devient national (auparavant, il y avait des sujets différents par région ; ils sont désormais nationaux, mais les barèmes de correction restent définis localement).
En 2008, l’obtention du brevet est aussi conditionnée par celle du Brevet informatique et internet (B2i) et du niveau A2 (du Cadre européen de références pour les langues) dans une langue vivante.
En 2010, une nouvelle option facultative est ajoutée : l’histoire de l’art (une épreuve orale devant un jury de 2 à 3 personnes, dont un professeur d’art plastique ou de musique).
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, et pour un diplôme dont l’examen a pu être tout à fait évanescent à certains moments de son passé ?
Compétences du socle commun
Puis, à partir de 2012, « l’attestation de maîtrise des connaissances et des compétences du socle commun au palier 3 » (qui correspond à la fin de la classe de troisième) est obligatoire. Le Conseil supérieur des programmes avait envisagé en 2013 de supprimer l’examen du brevet et de ne garder que la validation du socle commun, les compétences étant appréciées domaine par domaine (quatre compétences par domaine, soit une vingtaine au total).
Finalement, la nouvelle logique du « socle commun de connaissances, de compétences et de culture » ne l’a pas emporté jusqu’au bout, et l’on se trouve pris dans une sorte de compromis à géométrie variable s’éloignant toujours davantage de cet horizon, la proposition de l’actuel ministre de l’Education nationale Edouard Geffray étant tout particulièrement symbolique de cette évolution voire d’un changement de cap sans précédent.
Et le concours général ?
A cet égard, il convient de se rappeler que la création du Concours général (sous l’Ancien Régime) a précédé la création du baccalauréat sous sa forme moderne (c’est-à-dire au début du XIXième siècle) et qu’il n’a jamais été greffé sur le baccalauréat ni encore moins été un faire-valoir de celui-ci. Bien au contraire, le Concours général est apparu à certaines périodes comme pouvant nuire au bon fonctionnement du baccalauréat (qui était pourtant alors l’apanage d’un très faible pourcentage de jeunes Français : 2 ou 3 % tout au plus).
Par exemple, il est significatif qu’en 1904, le Concours Général est totalement supprimé, à la suite de polémiques qui portent essentiellement sur le fait qu’il serait devenu difficile à organiser à la suite de la réforme de 1902 (qui reconnaît pour la première fois la pleine dignité d’un enseignement secondaire moderne – avec ses disciplines ad hoc– aux côtés de l’enseignement secondaire classique), et qu’il est considéré par certains comme une gêne dans la préparation du baccalauréat (la préparation intensive des élèves candidats au concours pouvant se faire au détriment des autres élèves dans un esprit foncièrement élitiste et sélectif).
Et il est non moins significatif que c’est le ministre de l’Instruction publique d’un gouvernement de la Chambre fort à droite dite « bleu horizon », Léon Bérard, qui rétablit en 1921 le Concours Général.
Claude Lelièvre
