Des écarts nets selon le niveau en français
L’étude, menée en 2022 auprès d’élèves de sixième et de seconde, montre que la capacité à distinguer une information vraie d’une information fausse varie fortement selon les performances scolaires, en particulier en français. En sixième, les élèves les plus en difficulté en français obtiennent un score moyen de discernement de 215, contre 247 pour les élèves les plus performants. Un écart comparable est observé en seconde, confirmant que ces différences s’installent durablement au fil de la scolarité.
« Toutes choses égales par ailleurs, l’effet sur le score de discernement d’une augmentation du score aux évaluations de début d’année est plus marqué pour le français que pour les mathématiques (voir figure 6 en ligne). Plusieurs études montrent que, à l’âge adulte, le niveau d’éducation et donc la réussite scolaire constitue toujours un prédicteur important de la capacité de discernement de l’information ». Plus largement, la maîtrise du français apparaît comme le facteur le plus déterminant dans la capacité à analyser l’information, davantage encore que les compétences en mathématiques.
L’origine sociale, un facteur déterminant
« Le secteur de scolarisation et l’origine sociale jouent également un rôle. Les élèves scolarisés en CM2 et en troisième (l’année antérieure aux passations) dans les secteurs privés sous contrat et public hors éducation prioritaire obtiennent de meilleurs scores de discernement de l’information que ceux scolarisés en éducation prioritaire (REP et REP+) » : au-delà des résultats scolaires, l’origine sociale des élèves joue également un rôle important. « Les élèves issus d’un milieu social plus favorisé, mesuré par l’indice de position sociale (IPS), obtiennent en moyenne un meilleur score de discernement » constate la note.
En seconde, l’écart est significatif : les 25 % d’élèves les moins favorisés atteignent un score moyen de 248, contre 271 pour les 25 % les plus favorisés. Le type d’établissement fréquenté reflète aussi ces inégalités. Les élèves scolarisés hors éducation prioritaire — dans le public comme dans le privé sous contrat — obtiennent de meilleurs résultats que ceux des réseaux d’éducation prioritaire (REP et REP+), même si ces écarts se réduisent une fois prises en compte les caractéristiques sociales.
Un esprit critique inégal face aux théories complotistes
Ces disparités se retrouvent également dans l’adhésion aux croyances complotistes. « Comme pour le discernement de l’information, la propension à l’adhésion aux croyances conspirationnistes est fortement liée à la réussite scolaire, en particulier en français ». Les élèves les plus performants scolairement, notamment en français, sont moins enclins à adhérer à ce type de croyances. En sixième, les élèves les moins performants présentent un niveau d’adhésion nettement supérieur à celui des élèves les plus performants. De la même manière, les élèves issus de milieux favorisés ou scolarisés hors éducation prioritaire adhèrent moins aux thèses conspirationnistes.
Toutefois, certaines idées rencontrent un écho important : une majorité d’élèves estime, par exemple, que les gouvernements cachent délibérément des informations importantes au public.
Des élèves globalement plus sceptiques que naïfs
« En moyenne, les élèves font davantage preuve de scepticisme que de naïveté à l’égard des informations qui leur sont présentées, jugeant plus fréquemment une information fausse que vraie ». L’étude montre par ailleurs que les élèves font, dans l’ensemble, davantage preuve de scepticisme que de naïveté face aux informations qui leur sont présentées, ayant tendance à juger plus souvent une information fausse que vraie. Ce scepticisme est plus marqué chez les élèves de sixième et chez les filles, une tendance que l’on retrouve également à l’âge adulte.
Une progression avec l’âge… mais des écarts persistants
Sans surprise, les élèves de seconde présentent une meilleure capacité de discernement que ceux de sixième, signe d’une progression avec l’âge et la scolarité. Cependant, leur niveau d’adhésion aux croyances complotistes reste globalement similaire, ce qui souligne que le développement de l’esprit critique ne va pas de soi.
Cette étude confirme que l’école joue un rôle déterminant dans la formation de l’esprit critique, mais aussi qu’elle peine toujours à réduire les inégalités qui traversent la société. Réussite scolaire, maîtrise du langage, origine sociale sont autant de facteurs qui continuent de structurer fortement les capacités des élèves à comprendre, analyser et questionner l’information. Et c’est un enjeu d’autant plus crucial à l’heure où la circulation des informations — et des désinformations — n’a jamais été aussi massive.
Djéhanne Gani
Bafoumou A.M., Raffy G., Persem E., Hekmati A., Cassotti M., Ghazi M., Lemaire M., Le Stanc L., Ye S. et Borst G., 2026, « Une meilleure capacité de discernement de l’information en seconde qu’en sixième, mais un niveau comparable d’adhésion aux croyances conspirationnistes », Note d’Information, n° 26-10, DEPP.
