Des effets cumulés
La baisse du pouvoir d’achat des enseignants a des effets concrets. Faute de revalorisation salariale, d’une rémunération non indexée sur l’inflation, les personnels ont un pouvoir d’achat diminué et des conditions matérielles en dégradation. Dans ce contexte, comme pour tous, la hausse du gasoil représente un surcout pour les personnels.
Dans le Pays de Gex, où l’accès au logement est difficile, certains enseignants acceptent des logements sociaux, tandis que d’autres, souhaitant devenir propriétaires, s’installent plus loin explique Adrien Peiron, représentant SNES-FSU dans le Pays de Gex. De nombreux enseignants effectuent chaque jour entre 40 et 60 km, voire davantage, dénonce le représentant du Snes-FSU. Il pointe la situation des jeunes collègues, souvent exclus du parc social, qui sont particulièrement touchés. Les situations de services partagés ou de remplacements (TZR) accentuent encore ces déplacements, certains allant jusqu’à se loger temporairement chez des collègues.
Une augmentation de 41%
L’explosion récente du prix du carburant aggrave nettement la situation. Un plein à 2,40 € le litre représente un surcoût important pour des trajets quotidiens. Adrien Peiron sort la calculette : à titre d’exemple, un enseignant effectuant 400 km par semaine entre Bellegarde-sur-Valserine et Ferney-Voltaire consomme environ 24 litres de gasoil. Avant la hausse (1,70 €/L), cela représentait environ 40,8 € par semaine, contre 57,6 € aujourd’hui. Sur un mois, le budget carburant passe ainsi de 163,2 € à 230,4 €, soit une augmentation d’environ 41 %.
Dans une zone où l’indemnité de résidence (3 % du salaire) est déjà jugée insuffisante, aucune mesure spécifique ne vient compenser cette hausse des coûts de transport. Si des aides existent pour le logement, rien n’est prévu pour les déplacements domicile-travail, pourtant incontournables dans certains territoires.
Les syndicats rappellent l’urgence de la revalorisation salariale depuis des années à l’instar de la FSU qui exige que des négociations soient programmées dès 2026. Pour la fédération, le dégel de la valeur du point d’indice doit être la première étape d’un plan pluriannuel, « aboutissant à l’attribution uniforme de 80 points sur l’ensemble de la grille indiciaire, combinée à une revalorisation d’au moins 20 % de la valeur du point d’indice et à son indexation sur l’indice des prix à la consommation ».
« Quand le prix du carburant augmente, ce n’est pas un détail : c’est une part de plus en plus importante du salaire qui disparaît et qui va dans la poche des grands groupes. Dans le même temps, loyers, alimentation, dépenses du quotidien… tout augmente sauf nos salaires ! » dénonce la CGT Ain dans un communiqué, appelant l’Etat à encadrer les prix de l’énergie et à augmenter les salaires.
La hausse du gasoil est un énième rappel de difficultés concrètes et des effets d’un métier frappé par le déclassement depuis des décennies. Les enseignants subissent un déclassement salarial : leur rémunération a moins progressé que le SMIC depuis 1989, et elle reste inférieure d’environ 20 % à celle de leurs homologues dans les pays de l’OCDE. Depuis les années 1980, le salaire des enseignants s’est dégradé : autrefois équivalent à environ 3,5 SMIC en fin de carrière, il n’est plus que de 2,3 aujourd’hui.
Djéhanne Gani
Dans le Café pédagogique
Enseignants : le grand déclassement ? Entretien avec G. Farges et I. Martinache
