La rentrée 2026 s’annonce sans aucun poste supplémentaire de conseiller principal d’éducation (CPE). Un choix budgétaire loin d’être neutre, alors même que les tensions s’accentuent dans les établissements et que les besoins d’accompagnement explosent. Yannick Trigance, conseiller régional socialiste d’Ile-de-France, revient sur ce rôle de pilier discret mais essentiel du quotidien scolaire. « Ne pas renforcer leurs effectifs aujourd’hui, c’est fragiliser davantage des équipes pédagogiques déjà sous tension ».
À l’heure où les signaux d’alerte se multiplient sur la dégradation du climat scolaire et la santé mentale des élèves, une décision passée sous les radars mais potentiellement lourde de conséquences interpelle, voire inquiète : pour la rentrée 2026, aucun poste supplémentaire de conseiller principal d’éducation (CPE) n’est prévu dans les établissements scolaires.
Ce choix budgétaire n’est pas anodin. Il révèle une fois de plus un décalage préoccupant entre les discours officiels, qui reconnaissent l’urgence éducative et sociale, et les moyens réellement alloués pour y répondre : sur les 13 242 CPE exerçant à ce jour, 2000 sont des contractuels – 500 recrutés depuis 2022 – et le nombre de titulaires ne cesse de diminuer !
Or chacun le constate sur le terrain : les établissements sont confrontés à une montée des tensions et du mal-être, à des situations de harcèlement plus complexes, à des fragilités psychologiques accrues chez les élèves. L’après-crise sanitaire a laissé des traces durables, amplifiant les difficultés relationnelles, les phénomènes d’isolement, les conduites à risque.
Dans ce contexte, le climat scolaire n’est pas une notion abstraite : il conditionne directement la réussite des élèves, leur bien-être et, plus largement, la qualité du service public d’éducation.
Face à ces défis, les CPE occupent une place centrale. Ils sont les garants du cadre éducatif, les médiateurs du quotidien, les interlocuteurs privilégiés des élèves et des familles. Leur mission dépasse largement la gestion de la vie scolaire : ils accompagnent, écoutent, préviennent, apaisent. Ils jouent un rôle déterminant dans la prévention du décrochage, la lutte contre le harcèlement, la construction d’un climat de confiance au sein des établissements.
Ne pas renforcer leurs effectifs aujourd’hui, c’est fragiliser davantage des équipes pédagogiques déjà sous tension. Dans de nombreux collèges et lycées, un seul CPE doit suivre plusieurs centaines d’élèves, parfois bien au-delà des seuils raisonnables. Comment, dans ces conditions, assurer un accompagnement individualisé ? Comment détecter à temps les situations de mal-être ou de violence ? Comment construire des réponses éducatives durables quand le temps manque cruellement ?
Ce manque de moyens est d’autant plus incompréhensible que les besoins sont identifiés, documentés, partagés par l’ensemble de la communauté éducative. Les rapports se succèdent, les témoignages s’accumulent, les drames parfois surviennent — et pourtant, les réponses structurelles tardent à venir.
Investir dans les CPE, ce n’est pas une dépense secondaire : c’est un choix stratégique pour l’avenir. C’est reconnaître que l’éducation ne se réduit pas aux heures de cours, mais qu’elle se joue aussi dans les espaces de vie, dans les relations humaines, dans l’attention portée à chaque élève, bref, dans le fameux « vivre-ensemble » . C’est également donner aux établissements les moyens d’être des lieux d’émancipation, de sécurité et de confiance.
À défaut, le risque est clair : laisser s’installer une école où l’on gère l’urgence au lieu de prévenir, où les personnels s’épuisent, où les élèves les plus fragiles passent entre les mailles du filet et où les inégalités se creusent chaque jour un peu plus.
Il est encore temps de revoir cette orientation. Il est encore temps de faire le choix d’un encadrement éducatif à la hauteur des enjeux. Les CPE ne sont pas une variable d’ajustement budgétaire : ils sont un pilier du service public d’éducation, au coeur des équipes éducatives.
Les ignorer aujourd’hui, c’est prendre le risque de faire payer demain à notre jeunesse le prix de cette indifférence.
Yannick Trigance
Conseiller régional PS d’Île-de-France
