Un décrochage silencieux des heures de cours
Selon une note du ministère de l’Éducation nationale publiée fin avril 2026, près de 10 % des heures d’enseignement n’ont pas été dispensées l’an dernier dans les établissements publics, soit une augmentation de 0,7 point en un an. Concrètement, cela représente presque une heure de cours sur dix perdue pour les élèves.
Des absences non remplacées, principale cause
Dans trois cas sur quatre, ces heures non assurées s’expliquent par des absences d’enseignants non remplacés (7,5 %). Maladies, formations, examens : les motifs sont multiples, mais le manque de remplaçants disponibles aggrave la situation. Le quart restant (2,3 %) est lié à des fermetures totales d’établissements, souvent dues à l’organisation des examens, mais aussi à des intempéries, des mouvements sociaux ou des problèmes de sécurité. Dans les établissements les plus touchés, la part d’heures non assurées liée à des fermetures complètes est nettement plus élevée : « ces fermetures expliquent à elles seules 25 % des heures d’enseignement non assurées dans ces établissements, contre moitié moins pour celles des établissements les moins concernés ».
Des inégalités fortes entre établissements : dans 10 % des établissements, 19 % des heures d’enseignement n’ont pas été assurées en moyenne
« Les 10 % des établissements qui ont le moins d’heures d’enseignement non assurées (« les moins concernés ») enregistrent une proportion moyenne de 3 %. À l’inverse, les 10 % des établissements qui ont le plus d’heures d’enseignement non assurées (« les plus concernés ») enregistrent une proportion moyenne de 19 %. Ainsi, les établissements les plus concernés perdent six fois plus d’heures d’enseignement que les établissements les moins concernés ».
Tous les élèves ne sont pas touchés de la même manière. Les établissements les plus affectés enregistrent jusqu’à 19 % d’heures perdues, contre seulement 3 % pour les moins touchés. Dans les cas les plus critiques, cela équivaut à une heure de cours sur cinq supprimée sur l’année. En revanche, la note de la Depp souligne que les écarts restent limités selon le profil social des élèves : les collèges en éducation prioritaire perdent environ 10 % d’heures, contre 9 % ailleurs.
Un problème structurel qui s’installe
Déjà pointée par la Cour des comptes, la perte d’heures d’enseignement s’inscrit dans la durée. Elle pèse sur l’organisation des familles, fragilise l’égalité des chances et interroge le respect du droit à l’éducation.
Les dispositifs de remplacement, notamment de courte durée, peinent à produire des résultats. En cause : un vivier insuffisant d’enseignants, lié en partie à une attractivité en baisse du métier.
Par ailleurs, les remplaçants sont souvent affectés à des postes vacants à l’année, limitant leur disponibilité en cas d’absence imprévue.
Des réponses contestées
Le ministère mise notamment sur la réforme des concours pour améliorer la situation. Mais dans le même temps, 4 000 suppressions de postes sont prévues l’an prochain pour accompagner la baisse démographique. Une orientation vivement critiquée par les syndicats, qui y voient un risque d’aggravation d’un phénomène déjà massif.
C’est peut-être de davantage de TZR et de professeurs dont le système a besoin ; et non pas d’heures supplémentaires, mais d’une rémunération revalorisée et attractive.
Djéhanne Gani
Télécharger la note d’information de la Depp
Stefanou A., 2026, « La part du temps d’enseignement non assuré dans les établissements publics du second degré en 2024-2025 », Note d’Information, n° 26-14, DEPP. https://doi.org/10.48464/ni-26-14
