Des résultats décevants et des écarts importants
La Depp a décidé de faire un focus sur le niveau en sciences des écoliers français à la sortie du CM2. Pourtant les études évoquées ne sont pas récentes, la note du 21 avril 2026 compile des résultats remontant jusqu’à 2007. Les résultats, connus depuis des mois, ne sont pas bons. Le score moyen passe de 252 chez les garçons en 2007 à 247 en 2024 et de 248 à 246 chez les filles sur la même période. La part d’élèves dans les deux groupes les plus faibles a bondi ces dernières années. De plus, l’écart selon l’IPS (indice de position sociale) varie de 260 pour un IPS fort à 228 points pour un IPS faible en 2024. Un écart de 40 points est aussi notable entre les résultats des écoles du privés sous contrat (263) et les écoles d’éducation prioritaire (223).
Impossible de savoir ce que ne savent pas faire les élèves
Les non-dits sont rois dans les échelles de performances. Ces dernières soulignent seulement ce que les élèves savent faire. Par exemple parmi le groupe des meilleurs élèves, ils ont « de solides habiletés pour raisonner et exercer une analyse experte sur des documents scientifiques variés ». De l’autre côté de l’échiquier, les moins bons élèves « parviennent par exemple à repérer un élément du vivant dans son environnement ou à reconnaître un animal à partir de caractéristiques visibles ». Il n’est pas listé les compétences non acquises.
Dans les réponses des élèves, les auteurs soulignent toutefois que « le taux de non-réponse aux items à réponse construite est toujours plus important que celui aux items à choix multiple ». Il est toujours plus complexe d’apposer par écrit sa réflexion que de cocher une case, même au hasard. Alors, que faut-il retenir de la note à part une nette baisse du niveau ?
Moins d’appétence pour les sciences
Le plus inquiétant est que l’appétence des élèves de CM2 pour les activités scientifiques est en baisse. En 2024, 67 % élèves déclarent aimer apprendre des nouvelles notions scientifiques contre 81 % en 2018. « Ils sont également moins nombreux à apprécier regarder des films ou émissions scientifiques en dehors de l’école (55 % contre 67 %) ». Ramenez-nous C’est pas Sorcier ! D’ailleurs, tous les curseurs baissent à propos des appétences, travaux de groupes ou encore l’envie d’apprendre des nouvelles notions scientifiques. L’enquête indique aussi que les élèves les plus favorisés se préoccupent davantage de la protection des végétaux et des animaux.
Côté enseignant, le manque de matériel revient nettement. « Les enseignants répondants considèrent, du plus important au moins important : le manque de matériel (89 %), les contraintes liées à l’organisation spatiale de la classe (58 %), le manque de formation (35 %) et de ressources (30 %) ». Les classes des écoles primaires en France sont très peu dotées de laboratoire pour dispenser l’enseignement des sciences. Rappelons Timss 2019 « Seulement 2% des écoles ont un laboratoire pour expérimenter en France, 24% en Angleterre, 48% en Lituanie et 100% au Japon ».
Pas assez de schémas dans les cahiers
Sur les 170 enseignants interrogés, la moitié déclare faire manipuler souvent les élèves et 45% n’ont pas de cahier d’expériences. La formation en sciences des professeurs des écoles est réduite à peau de chagrin. Déjà en 2023, le scientifique Marc-André Sélosse plaidait pour une formation solide des professeurs des écoles en sciences.
La quantité de schémas réalisés par les élèves varient selon la formation en sciences des enseignants. « 30 % des enseignants déclarant un manque de connaissances scientifiques incitent « souvent » ou « très souvent » leurs élèves à réaliser des schémas, tandis que cette pratique est adoptée par 69 % des enseignants pour lesquels le manque de connaissances n’est pas déclaré comme constituant un obstacle ». La démarche d’investigation demeure encore nébuleuse, tant d’années après sa promotion. 55 % des enseignants déclare avoir des « difficultés » à mettre en œuvre la démarche d’investigation ». Enfin, près d’un tiers des enseignants confie ne pas traiter tout le programme de sciences… Rappelons encore Timss 2019 : « Sur les 820 heures d’enseignement dispensées par an en classe de CM1, 47 sont consacrées aux sciences en France. La moyenne des pays sondés est de 73 heures ».
Dans de nombreuses écoles, l’enseignement se décloisonne avec un enseignant qui prend en charge les sciences, l’autre l’anglais et un autre l’histoire-géographie. Encore faut-il une cohésion d’équipe et des professionnels formés.
Julien Cabioch
Cioldi I., Giraudeau-Barthet H., Sohier S., 2026, « Sciences en fin d’école : des résultats stables depuis 2007 », Note d’Information, n° 26-12, DEPP. https://doi.org/10.48464/ni-26-12
Timss 2019 : La France en queue de classement en sciences en CM1
