Un exercice de communication
« La conférence de presse du ministre était un exercice de communication pour un ministre qui cherche à s’adresser d’abord à l’opinion publique en surfant sur le discours simpliste d’une prétendue baisse de niveau pour se construire une identité politique » résume de manière cinglante Sophie Vénétitay, la secrétaire générale du Snes-FSU. Poursuivant « Pour un ministre faible politiquement et médiatiquement, c’est un moyen d’exister en parlant à tout le monde, sans trop se préoccuper de la réalité de l’application de ce qu’il annonce ».
Le brevet des collèges comme le bac : épreuves terminales à 60 % de la note finale
Et donc ? Le ministre a rappelé les modalités des examens 2026. Pour les 853 874 candidats au brevet (DNB), les épreuves terminales comptent à 60 % de la note finale, reléguant le contrôle continu à 40 %. « Ce choix s’inscrit dans une démarche globale de valorisation du travail régulier et de la rigueur des candidats permettant d’inscrire les acquis solidement dans le temps, tout en assurant une meilleure lisibilité des résultats pour les familles et les établissements ».
Ce dernier abandonne par ailleurs la validation par « compétences » du socle commun au profit de la moyenne des notes disciplinaires de l’année de 3e. La nouvelle épreuve de 20 minutes en mathématiques est consacrée aux automatismes, notation sur 6 points et sans calculatrice. Les notes d’EMC, histoire-géographie sont distinctes en 2025, il en sera de même pour les sciences en 2026.
L’orthographe, est la nouvelle marotte affichée, la clarté de la rédaction sera spécifiquement sanctionnée ou valorisée sur 2 points.
Baccalauréat : le retour des mathématiques obligatoires et de la sanction écrite
Côté baccalauréat, ce sera pour les 727 327 candidats, l’introduction d’une épreuve anticipée de mathématiques, en Première, d’une durée de 2 heures, avec également une partie sans calculatrice. Divisé entre automatismes (6 points) et exercices de raisonnement (14 points), cet examen se décline en trois sujets selon le parcours choisi, matérialisant le retour contesté des mathématiques pour tous en voie générale et technologique.
Là aussi, le ministère pousse la chansonnette sur l’exigence en orthographe : « la maitrise de la langue française est une exigence transversale, dans toutes les disciplines : une copie dont l’expression empêche la compréhension verra logiquement sa note minorée », « sans la langue, aucun savoir ne peut être restitué ». Le risque d’une double peine pour les élèves en difficulté linguistique est pointé du doigt. Pour Sophie Vénétitay, « le ministre fait de grandes annonces sur l’orthographe, mais nous ne l’avons pas attendu pour intégrer la question de l’orthographe à nos corrections de bac. La véritable exigence c’est de permettre à tous les élèves de surmonter leurs difficultés en orthographe, ça se travaille en amont, pas en brandissant des menaces 4 semaines avant le bac. »
Fin des correctifs des « points jury »
Les « points jury », autrefois utilisés pour donner un coup de pouce aux dossiers jugés méritants, sont désormais strictement plafonnés à 50 points (l’équivalent de 0,5 point de moyenne générale) : quiconque obtient une moyenne inférieure à 8/20 au premier groupe d’épreuves sera automatiquement éliminé, sans possibilité d’accéder au rattrapage. « Désormais, l’attribution du diplôme repose uniquement sur les acquis effectifs des candidats, assurant ainsi une meilleure équité entre tous les élèves, quel que soit leur lieu de scolarisation. » Si l’administration défend une harmonisation nationale pour en finir avec les disparités locales, ce couperet supprime la marge d’appréciation des enseignants face à des accidents de parcours.
La fin des records du plus jeune candidat au bac ?
Selon le ministre Geffray, le plus jeune candidat au baccalauréat 2026 serait âgé de moins de 10 ans, il a annoncé vouloir fixer un âge plancher. « Pour occuper l’espace médiatique, le ministre fait aussi une annonce sur l’âge plancher pour passer le bac. Faire une annonce pour quelques élèves, c’est vraiment révélateur de ce qu’a été cette conférence de presse : de l’agitation » analyse la secrétaire générale du Snes-FSU.
Voie professionnelle, examens et marché de l’emploi
Le lycée professionnel, qui rassemble 194 328 candidats, voit ses épreuves terminales fixées fin mai. Si le ministère présente cette réforme et l’apparition de nouvelles spécialités (cybersécurité, travaux publics) comme un « passeport valorisé par les entreprises », les syndicats y voient une réduction du temps d’apprentissage au profit d’une insertion rapide sur le marché de l’emploi.
Aux côtés du ministre Geffray, Sabrina Roubache, ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels, souligne l’ambition d’accompagner les jeunes pour « passer du statut d’élève à celui de professionnel », travailleur. On est loin de l’objectif éducatif de l’émancipation.
Djéhanne Gani
Dans Le Café pédagogique
