Colère et mobilisation à travers toute la France
« On n’est pas vos pions ». Outre le jeu de mots, la banderole attachée à la grille du rectorat de Lyon, mardi 2 juin, en soutien aux assistant·e·s d’éducation (AED) – trivialement appelés « pions » – résume l’état d’esprit des manifestants. « Nous manquons de considération : nous sommes relégués à la dernière strate de l’échelle dans les établissements, nous sommes les petites mains qui font ce que les autres n’ont pas envie de faire », résume Adèle, AED dans un collège du 7e arrondissement de Lyon.
« Un collège ne peut pas fonctionner sans AED »
Les missions des quelque 60 000 AED sont nombreuses : ils et elles assurent l’encadrement et la surveillance des élèves dans les collèges et les lycées, participent à la mise en œuvre des projets éducatifs ainsi qu’aux activités culturelles, artistiques et sportives, aident aux devoirs… « Tout ça dans une semaine de 41 heures de travail, payées au SMIC », expliquent en chœur Élisa et Ellie, AED dans un collège lyonnais et venus manifester devant le rectorat.
A cela s’ajoutent les violences auxquelles ils et elles doivent parfois faire face : « Cette année, on n’a jamais eu autant d’AED qui se sont pris des coups. La semaine dernière encore, un AED s’est fait frapper par un parent », raconte Rindala Younès, secrétaire académique du Snes-FSU Lyon. Et de pointer le manque d’AED dans les établissements et le non-remplacement des absents. « Or, c’est la présence d’adultes qui limite les violences », poursuit Lucas, AED dans l’académie.
Dans une enquête publiée en mai, le SNPDEN-Unsa indiquait que 28 % des établissements signalaient au moins un AED non remplacé. « Et un collège ne peut pas fonctionner sans AED », soutient Élisa. Dans son communiqué de presse, l’intersyndicale relève qu’il n’y a « pas eu de créations d’emplois d’AED pour la rentrée 2025 » et que, « pour la rentrée 2026, des reprises de moyens sont annoncées dans certaines académies ». « A Lyon, on sait que les effectifs d’AED au mieux stagneront voire diminueront, alors que les effectifs d’élèves augmentent… », souffle Rindala Younès.
Toujours pas de grille salariale
Le refus du ministère d’octroyer la prime d’éducation prioritaire aux AED – avant qu’il n’y soit obligé par la décision du Conseil d’État de juillet 2025 – participait déjà à ce sentiment d’abandon. Globalement, estime Romain Muller, « on a l’impression que tout est organisé pour maintenir les AED dans une certaine précarité et dans l’incapacité de se faire appliquer les droits les plus basiques ».
Le manque de formation des AED est également pointé du doigt : « Je suis AED depuis janvier et je n’ai eu aucune formation, alors qu’on côtoie des élèves qui ont parfois des difficultés de comportement, ou en termes de santé psychique, et qu’on gère des permanences avec 40 élèves… », proteste Élisa.
« Entendre la colère »
Après cette mobilisation du 2 juin, le Snes-FSU affirme que « le ministère et le gouvernement doivent entendre la colère » des AED. L’intersyndicale estime que ces personnels « ne doivent pas être la variable d’ajustement des choix politiques et budgétaires du gouvernement qui tournent le dos aux urgences de l’Éducation nationale ».
Elle exige notamment « la création des postes et le recrutement d’AED pour répondre aux besoins, la création d’une grille salariale nationale qui permette une revalorisation des AED, et l’accès à une formation initiale et continue, sur temps de service ».
Mardi prochain, le 9 juin, ce sont les AESH qui sont cette fois-ci appelés à faire grève, avec des mots d’ordre similaires.
Erwin Canard
