Violences faites aux enfants, inclusion, déterminismes sociaux, réductions des moyens… Les sujets ne manquent pas pour le Réseau français des villes éducatrices (RFVE). Le nouveau bureau développe ses priorités pour les années à venir. Stéphanie Léger, nouvelle présidente du RFVE, adjointe au maire de Lyon, et Gaëlle Rougier, vice-présidente, adjointe à Rennes, ont défendu ce 3 juin à Paris une vision globale de l’éducation, dépassant le seul cadre scolaire et plaçant les droits de l’enfant au cœur des politiques publiques locales. Avec la démographie en berne, la question du devenir des bâtiments scolaire se pose aussi.
L’éducation comme levier de cohésion sociale
Le nouveau bureau du RFVE rassemble des élu.es de Dijon, Marseille, Villeurbanne, Lyon, Rennes, Schiltigheim, Bourges et Tours. Tous sont des élu.es de partis de gauche et des écologistes. Le RFVE est un espace d’échange entre collectivités sur leurs pratiques et leurs responsabilités éducatives. Les élu.es revendiquent une reconnaissance accrue du rôle des collectivités dans la vie éducative, aux côtés de l’Éducation nationale. « Nos professionnels, nos animateurs, les personnels de restauration ou d’entretien qui côtoient les enfants ont eux aussi un rôle éducatif à tenir », souligne la nouvelle présidente du réseau Stéphanie Léger. Les politiques publiques territoriales contribuent ainsi à maintenir la confiance des familles dans l’école publique, rappelle l’élue qui a succédé à Emilie Kuchel (Brest).
Stéphanie Léger a souligné que l’éducation doit rester « au cœur de la vie démocratique et de la vie républicaine ». Alors que « les déterminismes sociaux bloquent les aspirations d’avenir », l’adjointe au Maire de Lyon Éducation et Droits des enfants défend une approche transversale de l’éducation, qui englobe l’ensemble des enjeux touchant les enfants et les jeunes.
Les droits de l’enfant comme priorité
« La ville a une relation organique avec l’Éducation nationale », rappelle Stéphanie Léger, tout en soulignant qu’aucun acteur ne peut agir seul. Les CAF, les préfectures, les associations d’éducation populaire, les familles et les enfants eux-mêmes sont appelés à participer à cette dynamique collective.
« L’enfant est un citoyen de la cité. Il a des droits, souvent bafoués ou insuffisamment reconnus », affirme-t-elle. Cette approche englobe notamment les questions d’inclusion, de santé physique, mentale et affective ainsi que le bien-être global des enfants. Pour Stéphanie Léger, il ne s’agit pas d’un sujet conjoncturel mais d’un enjeu de fond, dans la mesure où les collectivités interviennent sur les temps périscolaires et extrascolaires. Le RFVE met également en avant la nécessité du dialogue social, de la formation et de la professionnalisation des métiers de l’éducation. Les élu.es insistent notamment sur l’importance de former les professionnels à la prévention et au repérage des violences faites aux enfants. Ils rappellent également que 85 % des signalements de situations préoccupantes concernant les enfants sont effectués à l’école, principalement par les professionnels de l’école.
« L’intérêt de l’enfant doit toujours être au cœur de nos préoccupations, même si cela bouscule », explique Gaelle Rougier, la nouvelle vice-présidente du réseau français des villes éducatrices. L’élue de Rennes plaide pour un renforcement des liens avec les mouvements d’éducation populaire, qu’elle juge aujourd’hui fragilisés, ainsi qu’avec les enseignants. Elle défend une approche « à 360 degrés » de l’enfant, qui ne se limite pas à sa condition d’élève. « Nous défendons aussi la cause des enseignants », affirme-t-elle, estimant essentiel de renforcer les coopérations entre les équipes éducatives et les collectivités territoriales. Les parents sont également considérés comme des partenaires éducatifs à part entière. Le RFVE rappelle que les conditions de travail des enseignants, des Atsem, des animateurs et des agents territoriaux constituent un enjeu éducatif majeur.
« C’est aussi dans la façon dont on traite les adultes qui s’occupent des enfants que l’on voit la place accordée à l’enfance dans notre société », souligne Gaëlle Rougier, qui réclame une meilleure professionnalisation des filières. À l’approche des échéances électorales, le réseau entend porter un message politique fort en faveur des territoires et des politiques éducatives locales.
Baisse démographique : une opportunité plutôt qu’un prétexte
Les représentants du RFVE dénoncent l’utilisation de la baisse démographique comme argument pour réduire les moyens de l’école publique. Selon eux, la diminution du nombre d’élèves devrait au contraire permettre de réduire les effectifs par classe et de mieux répondre aux besoins éducatifs, scolaires et périscolaires.
« La question démographique est une question politique et politisée », estime Stéphanie Léger. Elle interroge notamment l’avenir des bâtiments scolaires dans les années à venir. À Rennes, où la démographie scolaire demeure encore dynamique contrairement au reste du département, Gaëlle Rougier constate néanmoins des réductions de moyens, à travers des fermetures de classes ou des ouvertures refusées. Les élu.es soulignent que les besoins d’accompagnement augmentent, notamment en matière d’inclusion scolaire, alors même que les moyens diminuent.
L’inclusion scolaire au cœur des préoccupations
Pour Sonia Tron, adjointe à Villeurbanne, la baisse démographique pourrait constituer l’occasion de donner « de réels moyens pour une réelle inclusion », vingt ans après la loi de 2005 sur le handicap. Les élus pointent la diminution du nombre de Rased, les difficultés de remplacement des enseignants et l’insuffisance de tous les moyens d’accompagnement. L’inclusion scolaire apparaît comme l’un des principaux défis des années à venir. Selon eux, la France devrait profiter de cette évolution démographique pour se rapprocher des standards observés dans plusieurs pays européens.
Penser la ville à hauteur d’enfant
Le réseau insiste enfin sur la nécessité de considérer les enfants et les jeunes dans toutes les dimensions de leur vie, et non uniquement sous l’angle scolaire. À Marseille, les réflexions portent notamment sur la place de l’enfant dans la ville : accès à la santé, liberté de déplacement, lutte contre la sédentarité ou encore adaptation des espaces urbains. Les élus alertent sur la raréfaction de la médecine scolaire et le manque de pédiatres, alors même que progressent certaines problématiques de santé touchant les plus jeunes.
Les questions environnementales se sont aussi invitées dans les débats. Les responsables du RFVE soulignent l’importance de l’habitabilité future de la planète, considérée comme une condition essentielle du bien-être et de l’avenir des nouvelles générations.
Djéhanne Gani
