Un sujet contesté
Voici, à titre d’exemple, la réaction de notre collègue Sarah : « Gros bémol sur le sujet de la voie générale cette année avec le texte de Louise d’Épinay. Proposer un tel extrait sans un paratexte digne de ce nom est incompréhensible ! Comment peut-on omettre de préciser aux candidats que l’œuvre a été publiée de manière posthume (1818), alors qu’il s’agit d’une autrice et d’une pensée profondément ancrée dans le siècle des Lumières ? Attendre des élèves qu’ils saisissent ce décalage chronologique sans leur donner cette clé de lecture essentielle, ce n’est pas évaluer leur esprit d’analyse : c’est tout simplement les mettre en difficulté de façon injuste et gratuite. Soutien à tous nos élèves qui ont dû se débattre avec ce manque de contexte aujourd’hui ! »
Assurément, des consignes de bienveillance seront données. Assurément aussi, le mal a été fait : on considérera ce manque de contextualisation comme un défaut de considération envers l’autrice et envers les élèves, en particulier celles et ceux qui consciencieusement avaient fait l’effort de mémoriser la chronologie des « mouvements littéraires ».
Ces bad buzz à répétition (Denis Diderot 2023, Sylvie Germain 2022, Andrée Chédid 2019, Victor Hugo 2014, etc.) doivent conduire à une prise de conscience collective : plus encore que le sujet, c’est sans doute l’épreuve elle-même qui est à revoir. Car le « commentaire » est un exercice malade. Entretiens à l’appui, Marie-Sylvie Claude a récemment démontré combien ce format scolaire trop normé, dans les représentations comme dans les pratiques, s’avère peu capable d’accueillir une lecture personnelle, de faire de la réception d’un texte littéraire une belle aventure et un exigeant travail. A l’examen final, le choix délibéré de textes hors sol, méconnus, décontextualisés, voire mal contextualisés, montre aussi que la si vivante et passionnante histoire de la genèse des œuvres importe peu en réalité à notre discipline.
Parce qu’il s’avère incapable de déployer une authentique didactique de la production et de la réception, parce qu’il néglige d’inventer toutes les modalités possibles d’ « allers et retours du présent vers le passé et réciproquement » (J.-F Massol), parce qu’avec la « dissertation » il contribue à tout dévitaliser par une approche essentiellement sacralisante, normative ou techniciste, c’est bien l’enseignement du français qui apparait posthume : à la littérature elle-même.
La grande messe nationale du « bac de français » en célèbre rituellement, annuellement, les obsèques : comme si souvent un peu ratées.
Jean-Michel Le Baut
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