A sa création le bac était un examen oral
Au début du « baccalauréat » sous sa forme moderne initiée par Napoléon I en 1808, il s’agissait uniquement d’un examen oral qui durait entre une demi-heure au moins et trois-quarts d’heure au plus.
Le statut du 16 février 1810 précise que les examinateurs du baccalauréat doivent être au nombre de trois. L’examen est oral et porte sur « tout ce que l’on enseigne dans les hautes classes des lycées » (les deux dernières).
Les examinateurs évaluent la qualité des réponses à l’aide de boules de différentes couleurs matérialisant leur appréciation : rouge (favorable à l’obtention), blanche (abstention) et noire (défavorable). Durant les treize premières années de cet examen du baccalauréat purement oral, les examinateurs se contentaient le plus souvent de l’explication orale d’un texte à partir duquel on posait également quelques questions ad hoc.
L’arrêté du 13 mars 1821 introduit le tirage au sort des questions auxquelles le candidat devra répondre durant les trois quarts d’heure de son épreuve, toujours exclusivement orale. «Les objets de l’examen seront tirés au sort. On rédigera à cet effet un tableau, en trois séries, des questions principales qui pourraient être posées sur les matières énoncées. La première série embrassera la connaissance des auteurs grecs et latins, et la rhétorique ; la seconde l’histoire et la géographie ; la troisième la philosophie. On déposera donc dans trois urnes des boules portant des numéros correspondant à ces questions ; et chaque boule qui sera extraite des urnes indiquera la question à laquelle le candidat devra répondre ».
1830 : un début d’écrit
En 1830, l’arrêté du 9 février prescrit que, « indépendamment des épreuves usitées jusqu’alors, tout candidat au baccalauréat sera tenu d’écrire instantanément un morceau de français, soit de sa composition, soit en traduisant un passage d’un auteur classique ». L’examen reste foncièrement une longue séquence orale, avec un petit moment dévolu à la vérification de la capacité orthographique des postulants. Il ne s’agit pas alors (pas encore) de l’introduction d’une vraie épreuve écrite dans l’examen. Cela n’aura lieu que dix ans plus tard, en 1840.
Ce moment d’écrit fugitif (et il est remarquable que cela commence par l’orthographe) est censé répondre à une préoccupation énoncée quelques années plus tôt dans une circulaire ministérielle : « nous devons avouer que nous recevons parfois des lettres ou des réclamations d’individus pourvus du grade du baccalauréat, et dont le style et l’orthographe offrent la preuve d’une honteuse ignorance. »
1840 : une épreuve écrite éliminatoire
En 1840, une véritable épreuve écrite à caractère éliminatoire et préalable à l’épreuve orale est substituée au « morceau de français » introduit en 1830 en plein cours de l’épreuve orale. Le règlement du 14 juillet 1840 en définit le principe : « quand on n’a pas pu, en deux heures et avec un dictionnaire, traduire convenablement en français une page de latin, il est superflu d’être interrogé sur des textes de Cicéron, d’Horace, de Tacite ou de Virgile. Il n’y aura qu’une seule épreuve écrite, mais cette épreuve sera décisive ».
L’épreuve orale (que l’on passe ensuite si l’on a réussi l’épreuve écrite initiale de version latine) est gardée avec son système de tirage au sort des questions possibles.
1852 : philosophie, composition et version latines à l’écrit
L’écrit va s’alourdir peu à peu. En 1852 on ajoute une composition latine de trois heures à la version latine de deux heures. En 1864, le ministre de l’Instruction publique Victor Duruy rajoute en sus une épreuve écrite sur un sujet de philosophie de quatre heures.
Le problème de l’orthographe des bacheliers apparaît comme récurrent tout au long du XIX°siècle (alors qu’ils ne sont pourtant que moins de 1 % d’une classe d’âge) si l’on en juge par certains témoignages, par exemple celui-ci : «L’orthographe des étudiants en lettres est si défectueuse que la Sorbonne s’est vue réduite à demander la création d’une nouvelle maîtrise de conférences, dont le titulaire aurait pour principale occupation de corriger les devoirs de français des étudiants de la faculté de lettres» (Albert Duruy, L’Instruction publique et la démocratie, Hachette, 1886).
Claude Lelièvre
