« Comment un gouvernement peut-il encore, en 2026, découvrir dans l’urgence que l’été… il fait chaud ? » « Gouverner, c’est anticiper » écrit le conseiller régional socialiste Yannick Trigance dans cette tribune, dénonçant une gestion permanente de l’improvisation, signe d’un « Etat affaibli », qui a fait le choix d’un « sous-financement chronique de l’adaptation climatique ».
Le gouvernement vient d’annoncer le report d’épreuves orales du baccalauréat en raison des fortes chaleurs. Officiellement, il s’agit de protéger les élèves, les enseignants et les personnels éducatifs face à des températures jugées trop élevées.
Personne ne contestera cette nécessité. Mais ce nouvel épisode pose une question politique majeure : comment un gouvernement peut-il encore, en 2026, découvrir dans l’urgence que l’été… il fait chaud ?
Une gestion permanente de l’improvisation
Car ce qui se joue ici n’est pas un simple ajustement de calendrier. Ce report est le symbole éclatant d’un pouvoir qui ne prévoit plus rien, qui anticipe encore moins et qui s’est installé dans une gestion permanente de l’improvisation.
Depuis des années, scientifiques, collectivités locales, enseignants, associations et experts alertent : le dérèglement climatique transforme durablement nos conditions de vie. Les épisodes de canicule ne sont plus exceptionnels. Ils deviennent la norme.
Et pourtant, qu’a fait l’État ?
Un sous-financement chronique
Des milliers d’établissements scolaires restent mal isolés, inadaptés, incapables d’assurer des conditions minimales d’accueil dès que les températures grimpent. Aucune politique massive d’adaptation thermique des écoles n’a été engagée à la hauteur des enjeux. Aucun véritable plan national n’a été mis en œuvre pour protéger durablement les élèves et les personnels.
Le financement promis en 2023 par l’État aux collectivités locales pour adapter les établissements scolaires au changement climatique reste très largement insuffisant au regard de l’ampleur des besoins et sans commune mesure avec les crédits annoncés.
L’État annonce des dispositifs mais dans les faits laisse l’essentiel de la charge financière aux communes, départements et régions. Baisse ou redéploiement du « Fonds vert », absence d’un plan massif pluriannuel dédié exclusivement au bâti scolaire… Nous sommes bel et bien face à un sous-financement chronique de l’adaptation climatique.
Résultat : on reporte des examens au dernier moment ; on désorganise des milliers de familles ; on crée de l’anxiété chez des jeunes qui préparent une échéance déterminante ; on place les équipes éducatives dans des situations particulièrement complexes à résoudre faute de moyens et d’infrastructures adaptés, et l’on présente cela comme une gestion responsable.
Non. Ce n’est pas de la responsabilité.
Une vision politique à courte vue, un pilotage approximatif
C’est la conséquence directe d’un État affaibli, d’une vision politique à courte vue et d’un gouvernement qui a fait du pilotage approximatif sa méthode ordinaire.
Depuis des années, les services publics subissent les mêmes logiques : sous-investissement, absence de planification, décisions prises dans l’urgence, incapacité à préparer les crises pourtant annoncées.
La vérité est simple : le gouvernement gère le pays comme on éteint des incendies successifs.
Aujourd’hui c’est le baccalauréat. Hier c’était l’hôpital public. Demain ce seront d’autres services essentiels confrontés aux conséquences d’un changement climatique que l’exécutif continue de traiter comme une variable secondaire.
Cette séquence révèle une faillite plus profonde : celle d’un pouvoir incapable de penser le temps long. Adapter nos écoles au réchauffement climatique n’est pas une option. C’est une obligation républicaine.
Nos enfants ont droit à des conditions d’étude dignes. Nos enseignants ont droit à des conditions de travail respectueuses de leur santé. Notre pays a besoin d’un État stratège, capable de planifier, d’investir et de préparer l’avenir.
Gouverner ne consiste pas à découvrir les crises quand elles surviennent. Gouverner, c’est anticiper. Manifestement, ce gouvernement a renoncé à cette exigence fondamentale.
Yannick Trigance
Conseiller régional PS Ile-de-France
