Postes supprimés, classes fermées, inclusion, inégalités territoriales et perte de liberté pédagogique : la FSU-SNUipp dresse le constat d’une école publique fragilisée par des années de choix budgétaires. À l’approche de la présidentielle, le syndicat appelle à un changement de cap avec davantage de moyens pour faire de l’école « un des remparts de la République et de la justice sociale ». Côté syndical, cette année sera aussi marquée par des élections professionnelles en décembre…
Une institution fragilisée
C’est dans une école du 11e arrondissement que la traditionnelle conférence de presse de rentrée a réuni une quinzaine de journalistes ce lundi 24 août. « L’école primaire publique est le premier levier de l’émancipation », déclare Aurélie Gagnier. « Pourtant, la réalité à laquelle se heurtent les élèves, les familles et les personnels, c’est celle d’une institution profondément fragilisée, fragilisée par des années de gestion comptable et de choix politiques ». Elle dénonce notamment un ministère qui « brandit la baisse démographique comme une variable d’ajustement budgétaire pour supprimer les postes et fermer les classes ». Elle rappelle le travail de l’Institut des politiques publiques, publié en juin 2025, qui montre qu’en maintenant les effectifs enseignants, il serait possible d’atteindre une moyenne de 18,2 élèves par classe. « Cela nous permettrait enfin de nous rapprocher des standards européens », estime le FSU-SNUipp, premier syndicat des professeur.es des écoles en France.
Une école inclusive en manque de moyens
Autre sujet évoqué lors de la conférence de presse de rentrée ce lundi 24 août : l’inclusion scolaire. Le syndicat dénonce un écart croissant entre les ambitions affichées et la réalité vécue dans les établissements. « Le décalage entre les discours officiels sur l’école inclusive et la réalité du terrain, tout ça, c’est devenu insupportable », affirme Aurélie Gagnier. Pour le FSU-SNUipp, « l’inclusion sans moyens pénalise les élèves, elle pénalise les personnels, et par conséquent elle pénalise l’école publique dans son entièreté ». Le syndicat réclame davantage de moyens spécialisés et le maintien des dispositifs existants et non les PAS (Pôle d’Appui à la Scolarité) mis en place par le ministère : « Plus que de structures administratives, l’école a besoin de plus de postes ».
Les AESH (Accompagnant des Élèves en Situation de Handicap) occupent toujours une place centrale dans ces revendications. Avec près de 240 000 personnels, ils constituent « le 2e métier de l’Éducation nationale », avec des conditions de travail fortement dégradées : affectations multiples, emplois du temps morcelés, insuffisance des formations. « Il est urgent de garantir un emploi à tous les AESH », demande le FSU-SNUipp, qui réclame également la reconnaissance d’un temps complet. Aujourd’hui, « 96 % [sont] à temps partiel imposé », dénonce le syndicat.
« L’école doit être un rempart de la République »
À l’approche de la campagne présidentielle, la FSU-SNUipp entend replacer l’école au cœur du débat politique : « Dans la campagne présidentielle, l’école va être au centre de toutes les attentions. Dans un contexte de montée de l’extrême droite qui prospère sur le déclin des services publics, l’école doit être un des remparts de la République et de la justice sociale », affirme le syndicat. « L’école a besoin de plus de postes », mais aussi d’un véritable investissement dans les dispositifs spécialisés, les RASED (Réseau d’Aides Spécialisées aux Élèves en Difficulté) et les personnels accompagnants.
Des inégalités territoriales
Le syndicat alerte également sur le recul de la scolarisation des enfants de moins de trois ans, alors que l’école maternelle constitue, selon lui, « l’école première » pour réduire les inégalités dès le plus jeune âge.
La scolarisation des moins de trois ans dans le secteur public a reculé de façon continue pour atteindre seulement 9,2 % à la rentrée 2024. Ces chiffres masquent de fortes disparités territoriales et sociales. Le FSU-SNUipp cite notamment la situation de Mayotte, territoire où les besoins de scolarisation précoce sont particulièrement importants. « Mayotte et la Guyane, où la démographie scolaire est en hausse, le droit à l’éducation est bafoué puisqu’en 2024, on comptait 6 200 enfants non scolarisés en Guyane, et 15 000 à Mayotte. »
Redonner aux enseignants la maîtrise de leur métier
« En transformant les enseignants en exécutants, le ministère favorise le bachotage et la compétition au détriment de la coopération ». Le syndicat critique également la perte d’autonomie professionnelle des enseignants. « On a de moins en moins la main sur notre métier. La liberté pédagogique, quelque chose à laquelle on tient, elle reste de moins en moins vraie », déplore-t-il. « Il serait temps qu’on la retrouve. » Le FSU-SNUipp appelle ainsi le ou la prochaine ministre de l’Éducation nationale à faire davantage confiance aux personnels : « Il faut que le ou la prochaine ministre nous fasse confiance ».
Cette revendication s’accompagne d’une critique des programmes scolaires qui privilégient la performance au détriment de la compréhension. Le syndicat dénonce notamment la fluence, et sa conception de la lecture : les programmes, « étroitement calculés sur la vitesse de lecture, réduisent [les apprentissages] à de simples performances techniques ».
Formation des enseignant.es : le syndicat critique la nouvelle licence
Le syndicat s’est également exprimé sur la réforme de la formation initiale et l’installation de la nouvelle licence destinée aux futur.es professeur.es des écoles.
Si celle-ci a connu « un certain succès » en termes d’attractivité, le syndicat alerte : « Sous des dehors attractifs, la licence met la formation sous la tutelle directe du ministère. » Il réclame au contraire une formation permettant aux enseignant.es de construire une véritable expertise professionnelle et de disposer des outils nécessaires pour faire face à la diversité des situations rencontrées dans les classes.
Des écoles confrontées aux enjeux de santé et de climat scolaire
Autre sujet soulevé lors de la conférence de presse : l’état des bâtiments scolaires. « Les écoles restent des passoires thermiques inadaptées », dénonce le syndicat. Il rappelle que la santé et les conditions d’apprentissage des élèves comme les conditions de travail des personnels ne peuvent dépendre de solutions improvisées. « La santé des personnels et des élèves ne peut pas reposer sur la débrouillardise » dénonce Aurélie Gagnier.
Faire de l’école un enjeu de réduction des inégalités
Pour le FSU-SNUipp, l’école maternelle doit rester « l’école première », et le jeu doit conserver une place centrale dans les apprentissages. Le syndicat dénonce à l’inverse une évolution vers « une antichambre du CP », où la recherche de performance prendrait progressivement le pas sur les apprentissages propres à la maternelle.
Dans cette perspective, le syndicat appelle à une rupture politique : « Il faut un ou une ministre pour que le pays retrouve confiance dans l’école, il faut réduire les inégalités sociales, former [les enseignants en] et pas seulement en maths et français. »
Voilà qui sonne comme un bilan de deux quinquennats sous la présidence d’Emmanuel Macron, marqués par le manque de confiance et la mise au pas.
Djéhanne Gani
