1866-2026 : 160 ans en arrière ! Gabriel Attal ou la machine à remonter le temps. Remettre au gout du jour un certificat d’études primaires ? cette idée qui n’est pas neuve, a 160 ans ! Et l’historien de l’éducation Claude Lelièvre nous en rappelle l’histoire et l’esprit.
Le ministre de l’Instruction publique de Napoléon III – Victor Duruy – recommande aux recteurs par sa circulaire du 20 août 1866 d’encourager l’introduction d’un « certificat d’études primaires » dans leur académie. Victor Duruy donne ainsi une impulsion décisive à une institution qui a déjà fait ses preuves dans certains départements. Ce certificat est conçu comme une récompense destinée à stimuler les élèves, en créant une émulation entre eux, et à « vaincre l’indifférence des parents » à l’égard de l’école. Victor Duruy espérait d’ailleurs que le certificat d’études deviendrait « un titre de préférence » pour l’accès à certaines professions de l’agriculture, de l’industrie ou du commerce.
Un certificat d’études primaires supprimé en 1989
Contrairement au pauvre « brevet » qui a pourtant débuté bien plus tôt et qui existe toujours (mais qui a subi bien des métamorphoses au cours des temps et qui ne bénéficie pas d’une image forte et positive), le certificat d’études primaires qui a existé bien moins longtemps (dès 1972, l’examen du certificat d’études primaires ne peut plus être passé que par des adultes ; puis, par un décret du 28 août 1989, le certificat d’études primaires lui-même est supprimé) le CEP est une référence de premier plan dans la mémoire de l’Ecole républicaine avec une aura quelque peu légendaire.
D’abord, on le voit, le « certificat d’études primaires » n’appartient pas exclusivement à l’historique de l’Ecole républicaine instituée sous la troisième République, d’autant que pas moins de trois propositions de loi avortées de 1872 à 1877 (donc pour l’essentiel avant la »troisième République triomphante ») ont envisagé l’organisation d’un certificat d’études avec un grand luxe de détails.
Un examen dès l’âge de 11 ans
Mais c’est bien le 16 juin 1880 que Jules Ferry et son Directeur de l’enseignement primaire Ferdinand Buisson ont tranché : un arrêté impose une réglementation uniforme de l’examen. Le 28 mars 1882, l’examen est mentionné à l’article 6 de la loi sur l’enseignement primaire obligatoire : « Il est institué un certificat d’études primaires ; il est décerné après un examen public, auquel pourront se présenter les enfants dès l’âge de onze ans. Ceux qui, à partir de cet âge, auront obtenu le certificat d’études primaires seront dispensés du temps de scolarité obligatoire qui leur restait à passer » (jusqu’à 13 ans révolus en principe).
Dans sa lettre aux recteurs du 27 septembre 1880, Jules Ferry souligne que « ce modeste diplôme qui tend à devenir la consécration ordinaire des études […] est destiné à devenir très général, à être recherché et obtenu par tout élève qui aurait fait, de 7 à 13 ans, des études primaires régulières et complètes ».
Un taux élevé pour des élèves … choisis… pour réussir
De fait, le taux de reçus est dès le départ fort élevé (et croît au fil du temps) : de l’ordre de 66% dès le début des années 1880, de 80% une dizaine d’années plus tard, de près de 90% à partir du XXe siècle.
Mais avec un très gros bémol : le taux de reçus est très élevé, mais tous ne sont pas présentés, loin s’en faut ! De fait, on peut estimer à seulement 25 % la proportion d’une classe d’âge qui obtient le certificat de fin d’études dans les années 1880, au tiers dans les premières années de l’entre-deux-guerres et enfin à presque la moitié à la fin de la troisième République.
On ne peut pas «se présenter » à cet examen ; on y est « présenté » par le maître, qui est lui-même jugé avant tout sur la proportion de reçus par rapport aux présentés. Souvent le maître se dévoue, leur donne des heures supplémentaires (au risque aussi de délaisser quelque peu les élèves qu’il n’a pas choisis). Et l’on parle de »surmenage », de »chauffage », de ‘‘bourrage ».
Claude Lelièvre
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