Se ressourcer et réfléchir pendant la coupure estivale
Avant d’aborder la pré-rentrée, il me semble essentiel d’évoquer l’importance des vacances. Prendre le temps de déconnecter est primordial, tout en gardant l’esprit curieux.
Pour quelques professeurs dont je faisais partie, l’année 2025-2026 s’est achevée seulement le 10 juillet par de très belles sorties pédagogiques dans le cadre de l’École ouverte (plages du Débarquement, châteaux de la Loire, Saint-Malo…). Tout au long de la nouvelle année, j’en profiterai pour mobiliser les connaissances étudiées sur le terrain avec les élèves que j’aurai en classe. De même, mes visites et promenades estivales dans plusieurs régions de France ont été l’occasion de lier plaisir, découvertes et réflexions sur des contenus intégrables aux programmes. Partager ces expériences permet parfois de faire voyager les élèves à leur tour et de les aider à mieux comprendre certains contenus abordés en classe. Il me semble que la curiosité n’a d’intérêt que si elle est partagée à travers des anecdotes dont les élèves sont toujours friands, mais aussi des documents qui institutionnalisent ces réflexions en connaissances.
Dans cette même dynamique, j’ai visionné deux fois cet été le diptyque La Bataille de Gaulle d’Antonin Baudry. J’ai particulièrement apprécié la manière dont le film représente la personnalité de Charles de Gaulle et l’engagement des résistants (FFL et FFI), tout en mettant en lumière les enjeux diplomatiques avec les Alliés, les combats menés sur différents fronts (Bir Hakeim, Paris…) et le rôle central de l’Afrique coloniale pour la France libre. Malgré les simplifications inhérentes à toute œuvre de fiction, j’ai rapidement décidé d’exploiter ce film avec mes classes de 3ᵉ pour l’année à venir. Nous analyserons deux ou trois courts extraits pour apprendre à les décrire, les contextualiser, les décrypter et les déconstruire. Dans le cadre de mon atelier sur la représentation de l’Histoire et de la Géographie au cinéma, que j’espère reconduire cette année, j’aurai également l’occasion d’en projeter de plus larges passages.
Pendant les vacances, j’ai également mûri deux projets grâce à mes lectures estivales. Le premier porte sur l’usage de l’intelligence artificielle en 3ᵉ, mené avec une collègue de mathématiques. Tout au long de l’année, ce travail vise à faire comprendre aux élèves les enjeux et les débats que soulève cette technologie. En classe, les élèves seront notamment amenés à analyser une synthèse historique générée par une IA, à étudier la localisation des infrastructures qui permettent son fonctionnement et à participer à un débat réglé. La lecture des plus récents ouvrages sur ce thème m’a été très utile[1]. Le second projet est dédié aux parcours de femmes inspirantes. Les élèves y comparent deux trajectoires de vie afin d’identifier les obstacles surmontés et les avancées féministes majeures. Si l’an dernier, les travaux se sont concentrés sur Simone Veil et Madeleine Riffaud, mes lectures estivales[2] me permettront cette année de leur proposer de nouvelles figures engagées, afin d’élargir leur horizon d’étude.
Ces découvertes, lectures et réflexions estivales constituent cependant une matière encore diffuse. La semaine de pré-rentrée marque le moment où elles doivent laisser place à une préparation plus structurée pour transformer les idées en dispositifs pédagogiques concrets.
Préparer et planifier pendant la semaine de pré-rentrée
Comme beaucoup de collègues, je consacrerai cette semaine de pré-rentrée à la préparation de l’année et des premiers cours.
Premier rituel commun avec les élèves, j’achète un agenda pour l’année 2026-2027. À une différence près, nous pouvons déjà le remplir. J’y reporte les vacances scolaires pour mesurer le découpage des périodes, fixer ma progression annuelle par niveau, par trimestre et ajuster le déroulement de certains chapitres en fonction des besoins pédagogiques. C’est aussi le moment d’inscrire le calendrier des projets interdisciplinaires de remédiation propres à notre établissement depuis plusieurs années. Ces dispositifs touchent trois niveaux afin de faire travailler la méthode en 6ᵉ (projet Réuss6), la coopération en 5ᵉ (projet Cinqsur5) et la motivation en 4ᵉ (projet Eurêk4). Menés en groupes réduits (10 à 14 élèves) sur une à plusieurs semaines, ces dispositifs, auxquels je crois fortement et que je coordonne avec une collègue, sont l’un des leviers de progression de nos élèves.
Durant cette semaine de préparation, j’ouvre mon dossier de professeur principal de 3ᵉ. Après un travail de tri et d’archivage, je mets à jour les dates importantes de l’année en fonction des informations disponibles dans les différents fichiers. Le cœur du travail consiste à repenser les deux premières heures d’accueil des élèves. Ayant la chance de connaître la liste de classe à l’avance, j’adapte mes activités pour faire connaissance avec les rares élèves que je n’ai encore jamais eus en classe, mais surtout pour créer de la cohésion dans le groupe. L’objectif est de leur expliciter rapidement les enjeux décisifs de la 3ᵉ, à savoir le stage d’observation, l’orientation et la préparation au Diplôme national du brevet (DNB). Par conséquent, je peaufine différentes activités collaboratives (débat mouvant et frise collaborative) et individuelles (lettre d’engagement et bingo de l’année de 3e).
L’autre grand chantier durant cette semaine de préparation est de relire et d’améliorer le contenu des premières heures avec chaque classe. Dans un premier temps, je reprends ma première heure, qui est structurée autour d’un cadrage méthodologique et disciplinaire. Pour chaque niveau, je commence par une rapide évaluation individuelle diagnostique de culture générale en histoire-géographie, ainsi que des attentes et des craintes des élèves sur l’année à venir. Par groupe de trois, je distribue alors une fiche brouillon à compléter sur les attendus en classe (fonctionnement du cours, matériel, posture, travail personnel). Par la suite, chaque groupe complète le travail au propre dans son cahier. L’heure se conclut à l’oral par une présentation synthétique des grands thèmes du programme. Dans un second temps, j’ajuste la séquence du chapitre 1 à la lumière des bilans de l’an dernier et des besoins identifiés pour les élèves de l’année à venir.
Ainsi, ce temps de pré-rentrée offre le recul nécessaire pour aborder les défis de l’année avec sérénité et enthousiasme, avant de plonger dans le rythme intense du quotidien. Anticiper et se projeter est d’autant plus crucial que les premières semaines contribuent fortement à façonner le climat de travail de la classe. La posture adoptée par l’enseignant comme l’engagement manifesté par les élèves donnent alors le ton de l’année, avant même les premières évaluations.
Antoine Cavelier
[1] Utiliser l’IA en classe de Sébastien Seguin publié aux éditions De Boeck supérieur en 2026 ou L’École face à l’IA : faire le choix de l’intelligence pédagogique de Jean-Michel Le Baut publié chez ESF Sciences humaines en 2026
[2] Le temps des féminismes de Michelle Perrot publié en 2023 aux éditions Grasset ou l’adaptation en BD Les Grandes Oubliées de Titiou Lecoq & Marie Dubois publié en 2025 aux éditions L’Iconoclaste
