À l’approche de la rentrée, le syndicat de l’enseignement professionnel, Snuep-FSU dresse un bilan très sévère des réformes menées ces dernières années. Calendrier des examens, baisse des heures d’enseignement, transformation de la carte des formations, apprentissage ou encore manque de moyens : il dénonce une succession de décisions imposées et un manque de considération pour les élèves et les personnels. « On va retenir un mot : échec », résume le co-Secrétaire général Axel Benoist estimant que les ministres successifs « ont accumulé les échecs ».
Rentrée 2026 : « Tout ne va pas fonctionner correctement »
Suite à la cyberattaque, « Tout ne va pas fonctionner correctement », « ce sera une rentrée en mode dégradé » annonce Axel Benoist. Nouveauté de 2026? Non, ce mode dégradé n’est pas que le fait de problème informatique: en quatre ans, 40 000 élèves supplémentaires ont rejoint la voie professionnelle. Ils seront environ 5 000 de plus cette année, soit une hausse de 8 %. Pourtant, les moyens ne suivent pas, avec un budget en progression d’environ 1 % seulement. Le Secrétaire général du snuep-FSU pointe que, contrairement aux annonces faites, « on diminue les moyens avec la baisse démographique ». Cette situation entraine une hausse des effectifs dans les classes, avec davantage de classes dépassant les 30 élèves, qui ont bien souvent d’un accompagnement renforcé: « Il faut augmenter les places et pas les effectifs ». Faute de place, certains élèves sont orientés vers le privé ou vers des dispositifs comme la prépa-seconde. « On ferme les possibles » dénonce le syndicaliste lors de sa conférence de presse.
Des réformes qui se succèdent sans bilan
« On n’a pas eu une année sans une nouveauté »: réformes, nouvelles modalités, dispositifs ajustés en cours de route, faute de mesures suffisamment préparées. C’est la marque de fabrique des ministres successifs, et une marque « déconsidération pour nos élèves » pour le syndicat, dénonçant une politique trop largement guidée par les intérêts des entreprises. Pour preuve, il pointe les « baisses des heures d’enseignement ».
Sur la transformation de la carte des formations, le bilan est également négatif. Le ministère avait annoncé un objectif de transformation de 30 % de la carte ; le taux atteint serait finalement de 14 %. « Échec », là encore, pour les syndicats.
Même constat concernant plusieurs dispositifs de la réforme. La cointervention a été rognée et le chef-d’œuvre a disparu du baccalauréat professionnel, remplacé par des projets qui, selon les enseignants, correspondent à des pratiques qu’ils mettaient déjà en œuvre auparavant, sans attendre les réformes. Les organisations dénoncent le « refus du ministère de faire un bilan » des réformes.
Voie professionnelle : « on perd une semaine »
Le calendrier des examens constitue un autre point de crispation. Axel Benoist accuse le ministre de « mentir sur la voie pro, une nouvelle fois » en annonçant des examens en juin sans préciser que, pour la voie professionnelle, certaines épreuves auront lieu dès le 8 juin, soit environ une semaine avant la période annoncée pour les autres lycéens. « On perd une semaine » par rapport à la situation antérieure aux réformes des trois dernières années. Le co-secrétaire général rappelle que les élèves de la voie professionnelle ont passé des épreuves durant la canicule. Il glisse quebpour autant, les épreuves au mois de mai constitue un des « échecs » du bilan.
« Il n’y aura pas un prof devant chaque classe », alerte les syndicat. Pourquoi? Les concours n’ont pas fait le plein et les établissements rencontrent également des difficultés à recruter des enseignants contractuels. À cela s’ajoutent des bâtiments scolaires toujours pas adaptés aux formations proposées et aux besoins des élèves. Les syndicats contestent par ailleurs la logique d’« adéquationnisme », qui consiste à rapprocher les formations des besoins immédiats du marché du travail. Pour eux, cette stratégie ne peut fonctionner sans moyens supplémentaires pour accompagner les élèves et garantir une offre de formation suffisamment diversifiée.
La précarité des personnels a doublé
1 personnel sur 5 est précaire, syndicat s’alarme sur la part des enseignants contractuels qui a plus que doublé, passant d’environ 10 % à 21 % des effectifs. Pour les syndicats, cette progression de la précarité participe elle aussi à la dévalorisation de la voie professionnelle avec des personnels qui ne bénéficient pas toujours d’une formation.
Le tour d’horizon de la rentrée présenté est placé sous le signe du bilan de la politique menée, un « échec » pour le snuep-FSU.
Djéhanne Gani
