Face à l’ampleur des violences policières contre les lycéens mobilisés, des parents et des élus de gauche ont défilé en casques et brassards blancs, en première ligne des cortèges. À Paris, des élus de gauche, ont marché aux côtés de la FCPE et d’Amnesty. Pouria Amirshahi, député écologiste de Paris, est à l’origine de l’appel « Darons, daronnes, tous en blanc pour nos enfants ». Il explique le sens de ce geste, dénonce une répression « jamais vue » et plaide pour une réponse budgétaire : renoncer aux suppressions de postes et lancer un plan de recrutement.
« Daron, daronnes, tous en blanc pour nos enfants » : des adultes en casque blanc pour protéger les jeunes en manifestation. Comment en est-on arrivé là ?
C’était « un appel aux darons et aux daronnes », les familles sont concernées par l’avenir de leurs enfants. On a protégé la première ligne jusqu’au bout. Dans l’ensemble, il y a un soutien majoritaire des parents, en tout cas une compréhension et une empathie, vis-à-vis des causes qu’ils défendent.
Je n’ai jamais vu un tel niveau de répression aussi rapide, aussi brutale. La seule réponse politique apportée à des jeunes qui ne faisaient rien d’autre que de se mettre en mouvement pour dénoncer leurs conditions d’études, a été la matraque, de façon systématique, dans beaucoup d’endroits, surtout dans des lycées des quartiers populaires. Cela m’a semblé non seulement insupportable, mais délirant que la réponse politique à des jeunes qui posent des questions éducatives, qui demandent une modernisation de leurs bâtiments, et toute une série de questions très légitimes, soit la violence. Pourtant la question de la protection ne devrait pas se poser, en tant qu’adultes, on ne devrait pas avoir à protéger nos enfants dans un mouvement qui permet l’apprentissage de la citoyenneté. Être dans un débat critique sur ces conditions d’études, s’organiser pour les améliorer, c’est l’apprentissage de la citoyenneté.
Que voulez-vous dire avec ces casques blancs ?
Le sens des casques blancs des darons et des daronnes, c’est un parti pris des adultes qui disent dans une société qui ne fait pas sa place à nos enfants, aux mineurs, qui ne les écoute pas : « Attendez, on les écoute, eux, les enfants ». Le blanc, parce que, évidemment, c’est un symbole de la paix, en l’occurrence civile, de la concordance et de l’écoute. On veut dire au gouvernement qui ne respecte pas nos enfants : vous allez les écouter, on veut que vous les écoutiez, donc écoutez-les. Et puis après, c’est parti, plein de gens ont pris du blanc, des petits shorts blancs, des brassards blancs…
Nous n’avons pas réussi à nous faire entendre. Les lycéennes et lycéens ont réussi à se faire entendre, et c’est une bonne chose. Personne n’a compris qu’ils ne soient ni entendus ni écoutés. Mais on a vu un gouvernement totalement hermétique, qui refuse tout dialogue et mène, en même temps, une répression violente.
Je rappelle quand même qu’un éborgnement, qu’un oeil arraché, un bras arraché, une mâchoire défoncée, ce sont des blessures de guerre. On en est là. Ce n’était pas possible pour plein d’adultes, de laisser passer ça.
La deuxième chose, c’est que sur le fond de leurs revendications, ils ont à faire à un interlocuteur qui est bien en peine d’être légitime à répondre : le ministère de l’Éducation a supprimé en 10 ans, 10 000 postes et n’a fait qu’aggraver le post- bac avec Parcoursup. A peu près tout s’est dégradé.
Les lycéens ont raison de demander la fin de Parcoursup, des moyens dignes, des équipements, ce que les mouvements lycéens remettent sur la table régulièrement. Mais en général, il y a au moins une écoute, il y a des coordinations qui s’organisent, qui sont reçues. Là, il y a eu tout de suite un rapport de force, comme s’il fallait mettre les jeunes dans une position presque adversaire des autorités et des institutions. Alors que c’est exactement le contraire.
Quelle issue est possible ?
Avant l’élection présidentielle, qui va rebattre les cartes, la bataille immédiate est budgétaire. Renoncer aux 1500 suppressions de postes qui ont déjà été annoncées et annoncer, au contraire, un plan de recrutement massif en privilégiant les enseignants, les AESH, toutes les nécessités immédiates. Mais je ne vais pas parler à leur place. Ils se battent pour eux, maintenant, mais ils se battent aussi pour après, parce qu’ils savent bien qu’il va y avoir l’angoisse, le stress de Parcoursup qui accentue des difficultés de santé mentale de beaucoup de jeunes.
Entretien par Djéhanne Gani
