Une présentation catastrophiste des résultats
Dès la publication des évaluations PISA 2025, le catastrophisme est le discours médiatique dominant. Il tient à une présentation des résultats PISA se limitant trop souvent à la situation des élèves français. En culture scientifique, le score constaté est de 483 points (- 4 points par rapport à 2022). Il est quasi identique à la moyenne de l’OCDE (482 points, – 3 points). Beaucoup d’autres pays connaissent des résultats en baisse, parfois plus sensibles. Il en est ainsi du Danemark (478, – 16 points), de Hong Kong (492, – 24 points), etc. La première économie européenne, l’Allemagne, ne fait pas mieux que la France (486, – 7 points). Les médias ont largement insisté sur le rang de chaque pays alors que, de l’Espagne (477) à la Tchéquie (490), les différences de score ne sont pas significatives. Pour les pays européens, les scores 2025 ne sont pas significativement différents des scores 2022, à l’exception du Royaume-Uni (+ 12 pts) et du Danemark (- 16 pts).
En compréhension de l’écrit, une dynamique comparable à celle de l’OCDE
En compréhension de l’écrit, le score des élèves français a suscité les propos les plus pessimistes. De nouveau, l’absence de comparaisons internationales aboutit à désinformer. Certes, avec un score de 456 et une baisse de 18 points, ce résultat suscite une inquiétude légitime. Mais cette dynamique baissière est comparable à celle de l’OCDE (461, – 15 points). Une partie des bons élèves des pays de l’OCDE se caractérise par des baisses comparables. Il en est ainsi du Japon (503, – 13 points), de la Corée du Sud (501, – 14 points), de l’Irlande (500, – 16 points), du Canada (490, – 17 points). Les difficultés en compréhension à l’écrit que les élèves français rencontrent ne sont nullement des spécificités nationales. Il existe un phénomène nouveau, probablement lié à l’usage intensif d’Internet et à la place croissante des réseaux sociaux, susceptible d’expliquer cette baisse quasi généralisée des compétences en lecture.
En mathématiques, un score statistiquement identique
Enfin, pour les mathématiques, troisième domaine évalué, les élèves français, avec un score de 458 (- 16 points), ont un score statistiquement identique à celui de l’OCDE (463, – 9 points). De nouveau, les bons élèves de l’OCDE connaissent des évolutions comparables. Il en est ainsi de Singapour (score de 563, – 12 points), du Japon (526, – 11 points) et de Hong Kong (522, – 18 points).
Une frénésie de réformes
Outre une présentation marquée par le catastrophisme et la quasi-absence des comparaisons internationales, les médias ont trop souvent présenté des explications faisant l’impasse sur les caractéristiques de l’école française, spécifiquement une frénésie de réformes. Il en a été ainsi de la formation des enseignants. En 2008, la réforme de X. Darcos a placé le concours d’accès au professorat à la fin du Master 2. Sous la présidence Hollande, le concours a été remis à la fin du Master 1. En 2017, dès sa nomination, le ministre Blanquer a engagé une nouvelle réforme largement contestée. La chute quasi immédiate des candidatures a nécessité une quatrième réforme, actuellement en œuvre, avec un concours situé en fin de licence. De telles réformes, réalisées de façon précipitée avec des concertations le plus souvent en trompe-l’œil, provoquent des grèves, mises en œuvre partielle et des incohérences préjudiciables à la formation des enseignants.
Et des questions négligées : pédagogie, formation continue
Pour toutes les générations d’enseignants ayant subi ces réformes successives, des questions aussi essentielles que la gestion de la classe, les pratiques pédagogiques les plus efficaces ou les modes d’évaluation des compétences les plus adaptées ont trop souvent été négligées, parfois même ignorées. De surcroît, nouvelle spécificité française, la formation continue est largement insuffisante. Les réformes des programmes scolaires ont également été multiples, parfois contradictoires, et souvent à l’opposé des propositions des associations professorales des diverses disciplines.
Pourtant, les profs résistent
La logique d’action des ministères successifs est caractérisée par un top down contre-productif. Avec cette multitudes de réformes mal pensées et contestées, il est presque étonnant que les résultats des élèves français n’aient pas connu des baisses plus sensibles ! Les profs résistent.
Des freins français : effectifs, semaine de 4 jours, répartition du budget
Les autres caractéristiques de l’école française sont également des freins aux acquisitions scolaires. Outre, en primaire, une semaine de travail très majoritairement réduite à quatre jours, la plus courte d’Europe et la moins adaptée aux apprentissages, la dépense par écolier est parmi la plus faible des pays européens alors même que les premières années de scolarité sont particulièrement déterminantes des progressions scolaires ultérieures.
À cette faiblesse de l’investissement s’ajoute, au niveau du primaire comme du collège, un nombre d’élèves par classe parmi les plus élevé d’Europe. Or, pour le début de la scolarité, il existe un consensus scientifique sur l’efficacité d’une réduction du nombre d’élèves par classe sur les progressions scolaires. Le dédoublement d’une partie des classes scolarisant les élèves inscrits dans les réseaux d’éducation prioritaire a été bienvenu. Mais il ne concerne qu’une partie limitée des élèves. Dans d’autres pays, notamment les pays nordiques, les classes avec moins de 15 élèves sont la règle.
Et une forte ségrégation
Enfin, une des particularités du système éducatif français est la forte ségrégation scolaire. Le collège unique est un mythe. Il existe trois catégories de collèges fortement différenciés socialement. Les établissements de l’éducation prioritaire ont un recrutement massivement populaire (Indice de Position Sociale moyen intérieure à 85) ; les établissements publics hors éducation prioritaire ont un recrutement moyen (IPS de 105). Les établissements privés ont un recrutement très favorisé (IPS moyen de 120). Cette ségrégation sociale est préjudiciable au bien-être des élèves, à la progression scolaire des élèves d’origine défavorisée, et ne profite pas significativement aux meilleurs élèves. Depuis l’élection d’E. Macron en 2017, les politiques de mixité sociale des établissements scolaires ont été largement délaissées.
Les problèmes de l’école française sont bien identifiés. La volonté politique fait toutefois défaut en raison d’une recherche constante d’une réduction des dépenses alors même que l’investissement dans l’éducation est considéré dans les analyses économiques comme un des leviers les plus efficaces pour assurer la croissance économique et la réduction du chômage.
Pierre Merle
Professeur émérite de sociologie
Dernier ouvrage : Pierre Merle : L’enseignement privé, 2025, Repères, La Découverte.
