Claire Lommé, enseignante en mathématique et coordonatrice en classe ULIS nous partage son regard sur le ramdam PISA. « On nous fait la liste des pays en tête, soit en glorifiant leurs pratiques, soit en les relativisant ou en les critiquant. Ce qui mobilise l’attention semble davantage être de se comparer de façon globale : « alors toi, t’as eu combien ? » l’emporte sur « Que savent mieux et moins bien faire nos élèves aujourd’hui, et pourquoi ? », déplore-t-elle.
De la 26e à la … 27e place
C’est la saison de PISA. Le moment où tout le monde donne son avis, déplore, critique, voire ironise sur le système éducatif français. Car les résultats ne sont pas bons, malheureusement comme d’habitude. Cela étant, ce n’est pas une raison pour se résigner.
Lorsqu’on parcourt les médias, on lit que le niveau atteint est historiquement bas, en particulier avec une nouvelle baisse en mathématiques (-16 points) et en compréhension de l’écrit (-18 points). Et pourtant, la France reste globalement autour de la moyenne des pays de l’OCDE, en passant de la 26ᵉ (sur 91 pays testés) à la 27ᵉ place (sur 81 pays participants). Mais cela s’expliquerait par la dégradation des résultats de l’ensemble des pays occidentaux et européens. En effet, les résultats moyens en sciences, en lecture et en mathématiques des élèves des pays de l’OCDE sont les plus faibles jamais observés. Les compétences « savoir évaluer l’information », « faire des liens entre différentes sources » ou « poser un regard critique sur ses lectures » baissent de façon notable un peu partout dans le monde.
Rythme effréné des réformes vécues sur la période 2022-2025
Point nouveau en France, la part des élèves considérés comme excellents semble décrocher. Elle a été divisée par 2 en 10 ans : de 13 % à 5 % en lecture et de 11 % à 5 % en mathématiques. Plus d’un tiers des élèves français se situent sous le seuil de maîtrise minimale en lecture et mathématiques, mais les garçons enregistrent une chute particulièrement nette en compréhension de l’écrit.
Les bilans que nous fournit PISA sont toujours intéressants à exploiter. Mais l’analyse de ces données demande elle-même du temps et une capacité de contextualisation que certains médias (et une partie de nos concitoyens) n’ont pas. D’autant qu’il y a de la matière… Tout le monde en parle, et plus personne ne s’y intéressera dans quelques jours. Et comme tout le monde est passé à l’école, tout le monde est expert, et c’est véritablement très fatigant.
Cependant, j’ai entendu des analyses intéressantes, qui prennent de la hauteur. Elles intéressent moins les consommateurs d’« informations », car elles précisent le cadre multifactoriel, complexe, touchant tous les partenaires de l’école. Elles appellent à la réflexion, à la nuance, et ce n’est pas à la mode (ce qui d’ailleurs nuit à l’école, au quotidien, dans les classes). Elles interrogent souvent sur la formation, avec pertinence : agir sur les facteurs environnementaux et sociétaux, c’est long et compliqué (mais il faut le faire). Agir sur la formation, c’est possible assez facilement, et ce serait un véritable levier.
Là où tout le monde s’accorde, et c’est positif, c’est sur le rythme effréné des réformes vécues sur la période 2022-2025, sans évaluation préalable ni vision à long terme. L’école a besoin d’une réflexion de qualité, longue et profonde, mais n’en bénéficie pas. On peut déplorer que des élèves ne s’accrochent pas dans la durée, que des parents ne s’impliquent pas de façon suivie, mais l’école vit cette frénésie délétère.
Peu importe le classement
Un autre point m’a frappée, que je trouve très parlant quant à notre système scolaire, voire éducatif : la comparaison. La France reste dans la moyenne, mais c’est parce que les autres pays chutent. On nous fait la liste des pays en tête, soit en glorifiant leurs pratiques, soit en les relativisant ou en les critiquant. Ce qui mobilise l’attention semble davantage être de se comparer de façon globale : « alors toi, t’as eu combien ? » l’emporte sur « Que savent mieux et moins bien faire nos élèves aujourd’hui, et pourquoi ? ».
Ce rapport à l’évaluation qui nuit à la réussite de nos élèves, qui tend les familles, cette fixette sur des moyennes qui permettent de savoir qu’on fait partie de l’élite, ou au moins qu’on est « moins mauvais que d’autres » se retrouve dans les propos publics sur PISA dans de nombreux médias. Pourtant tout progrès se mesure d’abord par rapport à soi. Peu importe le classement : tant qu’on grandit, qu’on se développe, que la pensée devient de plus en plus autonome, on a gagné.
Claire Lommé
