Inclusion, lutte contre les inégalités, soutien parental, décret d’exclusion d’un élève… Le Café pédagogique a rencontré la présidente de la FCPE, Anne-Charlotte Rossi pour faire un tour d’horizon sur l’actualité, ses priorités pour cette année électorale, ses positions sur les résultats PISA, ses attentes. « L’école et les familles ne sont pas deux camps face à face. Nous avons le même objectif : permettre aux enfants de grandir, d’apprendre et de se construire dans les meilleures conditions possibles ».
Quelle position a la FCPE sur les revendications des lycéen.nes ?
La FCPE est très attentive à ce qui se passe sur le terrain et à cette colère des lycéens qui s’amplifie jour après jour. Cette mobilisation s’appuie sur des revendications qui ne sont pas nouvelles : classes surchargées, pression constante avec Parcoursup, manque de professeurs, de personnels médicaux, bâti scolaire vétuste, emplois du temps denses.
Ces revendications sont aussi celles que portent les parents d’élèves FCPE dans leurs différents mandats. Dans le cadre de ces mobilisations, nous constatons des atteintes répétées aux droits constitutionnels des lycéens par un usage clairement disproportionné et quasi systématique de la force publique et un recours abusif aux interpellations préventives, collectives et indifférenciées des lycéens.
Des blessures graves ont été infligées à certains jeunes, notamment dans le Val-d’Oise et l’Indre-et-Loire, où nos présidents FCPE déplorent deux jeunes blessés grièvement à la tête. Pour nous, cet usage disproportionné de la force par les forces de sécurité intérieure, est inacceptable. Dans tous les départements, la FCPE demande à être reçue par les recteurs et qu’une réponse autre que l’intervention des forces de l’ordre soit donnée aux lycéens.
Les lycéens ont le droit de s’exprimer, de se mobiliser et de faire entendre leurs revendications. La réponse de l’Etat doit garantir leurs droits fondamentaux et permettre que le dialogue reprenne.
Quel regard portez-vous sur leur mobilisation et que dire sur les critiques à leur encontre de violences ou d’instrumentalisation?
L’Education nationale doit être un lieu où l’on apprend la citoyenneté, mais aussi un lieu où celle-ci peut réellement s’exercer. La démocratie scolaire ne peut pas se résumer à l’organisation d’élections une fois par an. Elle doit se traduire au quotidien par une véritable écoute des élèves, par la reconnaissance de la place des parents et par des espaces où chacun peut faire entendre sa voix.
Nous assistons aujourd’hui à une mobilisation importante de lycéens qui demandent précisément à être davantage entendus en plein milieu de semaine de la démocratie scolaire, qui est censée valoriser et promouvoir l’engagement citoyen des jeunes.
C’est particulièrement important dans le contexte actuel. On ne peut pas demander aux jeunes de devenir des citoyens engagés – car cet engagement est valorisé dans Parcoursup ! –, tout en leur donnant le sentiment que leur parole ne sera entendue qu’à condition de rester silencieux.
Pour la FCPE, la priorité est assez simple : que chaque enfant puisse réellement avoir un enseignant devant lui et des adultes former dont il a besoin pour apprendre dans de bonnes conditions. Parce qu’aujourd’hui, derrière les annonces de rentrée, il y a la réalité vécue par les familles : des enseignants absents et pas toujours remplacés, des postes qui restent vacants, des AESH en nombre insuffisant, une médecine scolaire exsangue, des personnels de vie scolaire qui manquent. L’inclusion doit également être une priorité. On ne peut plus accepter que des enfants ayant une notification MDPH se retrouvent sans accompagnement ou avec quelques heures seulement d’AESH faute de moyens.
Il y a aussi la question du bâti scolaire. Avec les épisodes de chaleur que nous connaissons désormais, certains établissements ne sont tout simplement plus adaptés. Apprendre dans une salle à plus de 30 degrés n’est satisfaisant ni pour les élèves ni pour les personnels.
Et puis nous voulons remettre au cœur de cette rentrée une question essentielle : la lutte contre les inégalités. L’école publique doit garantir les mêmes chances à tous les enfants, quel que soit leur territoire ou leur milieu social.
Nous entendons beaucoup parler de nouvelles mesures. Mais la question que nous posons est toujours la même : avec quels moyens humains et matériels vont-elles être mises en œuvre ? Les familles attendent maintenant du concret.
Un décret « parentalité » a été publié au cœur de l’été. Quelle est la position de la FCPE ?
La position de la FCPE est très claire : nous contestons les dispositions de ce décret qui permettent qu’un enfant soit changé d’école ou d’établissement en raison du comportement d’un membre de sa famille. Soyons tout aussi clairs sur un autre point : aucune violence, aucune menace, aucune intimidation envers les personnels de l’Éducation nationale n’est acceptable. Les personnels doivent être protégés et l’institution doit leur donner les moyens de l’être.
Mais pour nous, on ne peut pas protéger les adultes en faisant porter la sanction sur un enfant qui n’est responsable de rien. Un enfant n’est pas responsable du comportement de ses parents. Le changer d’école ou d’établissement, c’est pourtant bien lui faire subir les conséquences : on l’éloigne de ses camarades, de ses enseignants, de ses habitudes et parfois de son quartier. On bouleverse sa scolarité alors qu’il n’a commis aucune faute.
La FCPE avait déjà exprimé son opposition à cette mesure lors de son examen au Conseil supérieur de l’éducation. Et nous avons décidé d’aller plus loin : le 22 septembre, la FCPE a déposé un recours devant le Conseil d’État contre ce décret. Ce recours traduit notre détermination sur un principe qui nous paraît essentiel : on ne sanctionne pas un enfant pour les actes d’un adulte. Mais derrière ce décret, il y a aussi une question beaucoup plus large. Quelle relation voulons-nous entre l’école et les familles ?
Nous sommes convaincus que l’école a besoin des parents et que les parents ont besoin de pouvoir faire confiance à l’école. Lorsque la relation se dégrade, la réponse doit passer par le dialogue, la médiation et, lorsque des actes répréhensibles sont commis, par les procédures prévues par la loi à l’encontre de ceux qui en sont responsables.
Le rapport PISA a pointé la baisse du soutien parental. Comment mieux faire et comment interpréter cette donnée ?
Il faut d’abord regarder précisément ce que dit PISA et éviter les raccourcis. En France, 63 % des élèves interrogés disent que leurs parents leur demandent au moins une fois par semaine ce qu’ils ont fait à l’école, contre 74 % en 2022. Et 34 % disent discuter au moins une fois par semaine avec leurs parents des problèmes rencontrés à l’école, contre 48 % en 2022. Mais cette baisse du soutien familial déclaré par les élèves est observée dans la quasi-totalité des pays participant à PISA. À la FCPE, nous refusons donc qu’on transforme ces chiffres en procès des parents. Les parents ne se sont pas soudainement désintéressés de leurs enfants.
Il faut aussi regarder leurs conditions de vie : les horaires de travail, les familles monoparentales, la précarité, les transports, les difficultés d’accès aux services publics, mais également des familles qui se sentent parfois éloignées de l’école ou qui ne maîtrisent pas ses codes. La vraie question est donc : comment redonner aux parents toute leur place dans l’école ? Il faut créer davantage d’occasions de dialogue, rendre l’école plus accessible aux familles, mieux accompagner les parents qui en ont besoin et reconnaître pleinement le rôle des représentants de parents. La coéducation ne consiste pas à dire aux parents ce qu’ils doivent faire. Elle consiste à faire avec eux.
Écrans, harcèlement… Ces sujets montrent la nécessité d’alliances éducatives entre école et famille. Comment agir et favoriser le lien école-famille ?
Sur les écrans comme sur le harcèlement, nous voyons bien les limites des réponses qui renvoient chacun à sa responsabilité individuelle. L’école ne peut pas tout faire. Les parents ne peuvent pas tout faire non plus. Nous devons donc sortir de cette logique dans laquelle, dès qu’un problème apparaît, on cherche à savoir si la responsabilité appartient à l’école ou aux parents. Notre responsabilité est collective. Sur le harcèlement, par exemple, les parents doivent savoir vers qui se tourner, être écoutés lorsqu’ils alertent et être associés au suivi des situations. Et les personnels doivent eux aussi disposer du temps, de la formation et des moyens nécessaires pour agir.
Pour les écrans, c’est pareil. Interdire peut parfois être nécessaire, mais une interdiction ne constitue pas à elle seule une politique éducative. Il faut apprendre aux enfants à utiliser le numérique, travailler sur les réseaux sociaux, le cyberharcèlement, l’esprit critique et l’éducation aux médias. Il faut donc multiplier les espaces de rencontre entre parents et équipes éducatives, renforcer la place des représentants de parents et développer de véritables projets éducatifs territoriaux.
L’école et les familles ne sont pas deux camps face à face. Nous avons le même objectif : permettre aux enfants de grandir, d’apprendre et de se construire dans les meilleures conditions possibles.
Année électorale : déjà des messages pour les candidats à l’élection présidentielle ?
La FCPE n’a évidemment pas vocation à dire aux Français pour qui voter. En revanche, elle a toute légitimité pour mettre l’éducation dans le débat public et demander aux candidates et candidats de répondre précisément aux préoccupations des familles. Notre message sera simple : l’éducation ne peut pas être une variable d’ajustement budgétaire.
Nous attendons des engagements précis sur les moyens de l’école publique, le remplacement des enseignants, le recrutement et le statut des AESH, l’inclusion des élèves en situation de handicap, la santé scolaire, la lutte contre le harcèlement, les inégalités territoriales et sociales, l’orientation et la rénovation du bâti scolaire. Nous poserons aussi la question de la place des parents. On parle beaucoup de parentalité, parfois pour expliquer les difficultés de l’école. Parlons aussi de la manière dont l’institution accueille les parents, les écoute et leur permet réellement de participer.
Et surtout, nous demanderons une vision de long terme. L’école ne peut pas changer de cap tous les ans au gré des ministres et des réformes. Les élèves, les familles et les personnels ont besoin de stabilité, de moyens et de confiance. Notre rôle sera donc d’interpeller l’ensemble des candidates et candidats, de leur poser les mêmes questions et de rendre leurs réponses accessibles aux parents. Parce qu’au-delà de l’élection présidentielle, ce dont nous parlons, c’est de l’école que nous voulons construire pour nos enfants.
Propos recueillis par Djéhanne Gani
