Comment l’association SCOllectif est-elle née ?
SCOllectif est une association loi 1901 à but non lucratif, fondée en juin 2022 lorsque différents collectifs enseignants ont souhaité se rassembler afin de proposer des dispositifs d’échanges et de partage exploitant pédagogiquement l’usage des réseaux sociaux. Elle est donc née à l’initiative d’enseignants qui portaient déjà, chacun de leur côté, des dispositifs pédagogiques collaboratifs, et qui ont choisi de se structurer collectivement pour leur donner un cadre juridique et institutionnel commun.
L’association s’adresse aux enseignants, formateurs, classes et établissements, de la maternelle au lycée, en France comme dans les classes francophones à l’étranger.
Quels en sont les principes fondateurs ?
L’association repose sur plusieurs grands principes :
- créer, développer, proposer, valoriser et mettre en œuvre des dispositifs interdegrés entre enseignants, classes et établissements ;
- proposer aux enseignants et formateurs des ressources pédagogiques favorisant la maîtrise des compétences disciplinaires et interdisciplinaires des programmes ;
- accompagner et former à des usages ludiques de la langue écrite pour développer les compétences des élèves en littératie ;
- contribuer aux recherches scientifiques centrées sur la littératie, les mathématiques ou un domaine en lien avec les programmes scolaires ;
- partager et échanger avec les partenaires liés à l’enseignement et à l’Éducation nationale ;
- permettre aux dispositifs adhérents de bénéficier des liens et reconnaissances institutionnelles avec l’Éducation nationale, en s’appuyant sur une personne morale.
Un principe fondateur central est aussi la mutualisation : chaque dispositif adhérent conserve son identité propre (Maths en-vie, Mathebdo, QuotiChess, etc.) tout en bénéficiant de la structure commune pour le partage de ressources et la reconnaissance institutionnelle.
En quoi l’association a-t-elle évolué depuis sa création ?
Depuis sa création en juin 2022, SCOllectif a connu une évolution significative dans ses outils et ses valeurs. Initialement construite autour de dispositifs exploitant les réseaux sociaux grand public (notamment Twitter), l’association a progressivement basculé vers un usage d’outils libres et communs, en particulier via son passage cette année sur la Forge des communs numériques éducatifs (forge.apps.education.fr), une plateforme collaborative du ministère de l’Éducation nationale dédiée au dépôt et au développement de ressources pédagogiques sous licence libre.
Concrètement, cette évolution se traduit par :
- l’hébergement des sites des différents dispositifs (QuotiChess, Mémoire des Classes, MineStory…) directement sur la Forge, via GitLab Pages ;
- l’abandon des réseaux sociaux commerciaux il y a 3 ans au profit d’une instance Mastodon propre à SCOllectif, sur laquelle se déroulaient récemment les échanges entre classes et qui devrait disparaître compte tenu d’un usage pédagogique limité pour nombre d’enseignants ;
- le recours à des outils institutionnels et souverains (Grist pour les bases de données, n8n pour l’automatisation, MkDocs pour la documentation des dispositifs).
Cette bascule répond à un double objectif : toucher davantage d’enseignants — beaucoup restant réticents ou empêchés d’utiliser des réseaux sociaux grand public en classe — et ancrer les dispositifs dans des valeurs de partage, de sobriété et de souveraineté numérique, en cohérence avec les communs éducatifs et la stratégie du numérique pour l’éducation du ministère.
Aujourd’hui, SCOllectif structure son offre autour de plusieurs grands axes disciplinaires, chacun porté par un ou plusieurs dispositifs.
- Axe maîtrise de la langue et littératie – HaïkuDô : production d’écrits poétiques sous forme de haïkus –Twoulipo : écrits courts à contraintes, échangés entre classes – Défi Inférences : travail de l’implicite en lecture et en écriture – Journal des Twittclasses : journal collaboratif et radio – Quotitweet : échanges quotidiens entre classes de France et de l’étranger
- Axe mathématiques – Maths en-vie : ancrer les mathématiques dans le réel pour améliorer la résolution de problèmes – MATHebdo : dix problèmes hebdomadaires proposés de la PS au CM2
- Axe découverte du monde, histoire et patrimoine – GéoDéclic : dynamiser l’enseignement de la géographie en partant de l’espace vécu de l’élève – Mémoire des Classes : travail des classes de cycle 3 sur le monument aux morts de leur commune, avec une carte interactive collaborative – MineStory : découverte virtuelle de sites patrimoniaux modélisés en 3D par les élèves dans le jeu libre Luanti – AplatiTour : correspondance scolaire et voyage…
- Axe jeu et coopération inter-classes – QuotiChess : Correspondance echiquénne entre classes de la maternelle au cycle 4
Par rapport une association disciplinaire, quels rôles une association comme SCOllectif joue-t-elle ?
SCOllectif n’est pas une association disciplinaire au sens strict : c’est une association transversale et interdisciplinaire, qui réunit des dispositifs touchant à la maîtrise de la langue, aux mathématiques, à la découverte du monde ou au patrimoine, de la maternelle au lycée.
Nous jouons donc un rôle complémentaire mais différent :
- Former et accompagner : l’association propose des formations et un accompagnement pour permettre à chaque enseignant, quelle que soit sa discipline ou son niveau, de se lancer dans un dispositif d’ouverture de sa classe sur le monde (Maths en-vie, QuotiChess, Minestory…).
- Produire et mutualiser des ressources : plutôt que des ressources disciplinaires classiques, SCOllectif met à disposition des dispositifs clés en main, des outils numériques libres et des protocoles pédagogiques éprouvés, prêts à être adaptés en classe.
- Faciliter l’entrée dans le collaboratif : le rôle de l’association est de lever les freins techniques, matériels ou institutionnels (usages du numérique, réseaux sociaux, mise en réseau des classes) pour que chaque enseignant, même isolé ou débutant, puisse rejoindre une communauté de pratique.
- Donner une existence institutionnelle aux dispositifs portés par des collectifs d’enseignants, en leur offrant le statut de personne morale nécessaire pour nouer des partenariats avec l’Éducation nationale.
En somme, là où une association disciplinaire défend et outille une discipline, SCOllectif outille des pratiques pédagogiques transversales d’ouverture de la classe, en formant et en accompagnant les enseignants qui souhaitent s’y engager, quelle que soit leur discipline.
Dans quelle mesure pouvez-vous être force de contestation et/ou de proposition ?
SCOllectif se positionne davantage comme une force de proposition que de contestation. Ce n’est pas son rôle de peser sur les arbitrages ministériels ou de contester des décisions institutionnelles, comme pourrait le faire un syndicat ou une association disciplinaire installée dans les instances consultatives (CSP, groupes d’experts sur les programmes, etc.). Son mode d’action est différent : il s’agit de proposer des dispositifs concrets qui s’inscrivent directement dans les priorités de l’Éducation nationale.
Sa force de proposition tient surtout à un constat : dans le premier degré, la coopération et le partage entre enseignants sont bien moins structurés que dans le second degré. Il n’existe pas, comme au collège ou au lycée, d’associations disciplinaires organisées par matière capables de fédérer les enseignants autour de ressources et de pratiques communes. Seules quelques associations de spécialité existent (l’AGEEM pour l’école maternelle, par exemple), aux côtés d’acteurs institutionnels comme les ERUN ou les conseillers pédagogiques, mais qui n’ont pas vocation à jouer ce rôle de mutualisation horizontale entre pairs. SCOllectif vient combler ce vide : en fédérant des dispositifs nés d’initiatives d’enseignants, l’association crée un espace de coopération inter-degrés qui n’a pas d’équivalent structurel dans le premier degré.
Cette dimension de proposition s’incarne aussi dans le choix d’inscrire l’association dans l’écosystème institutionnel du numérique éducatif : la présence sur la Forge des communs numériques éducatifs, plateforme portée par le ministère dans le cadre de sa stratégie du numérique pour l’éducation 2023-2027, place de fait SCOllectif comme un acteur reconnu et un relais naturel entre les pratiques de terrain et les orientations institutionnelles, sans pour autant occuper une fonction de représentation ou de siège dans les instances de consultation.
Face à la désaffection qui semble grandissante des jeunes générations d’enseignant.es à l’égard des associations disciplinaires, qu’auriez-vous envie de leur dire ?
Nous ne sommes pas certains qu’il s’agisse réellement d’une désaffection pour le collectif. Nous pensons plutôt que les formes d’engagement évoluent. Les enseignants ont besoin de percevoir concrètement ce qu’un collectif peut apporter à leur pratique et de pouvoir s’y engager avec souplesse, selon leurs besoins, leurs envies et le temps dont ils disposent. C’est aussi ce que nous essayons de proposer avec SCOllectif. On peut simplement participer à un dispositif avec sa classe, utiliser des ressources, échanger avec d’autres enseignants, puis, si on le souhaite, contribuer davantage à la communauté. Il n’y a pas une seule manière de s’engager.
Ce que nous avons envie de dire aux jeunes enseignants, c’est surtout de ne pas rester seuls dans leur classe. Rejoindre une association ou un collectif, c’est rencontrer des collègues que l’on n’aurait probablement jamais croisés autrement, partager ses pratiques, découvrir celles des autres, expérimenter ensemble et parfois faire naître de nouveaux projets. C’est cette dynamique que nous cherchons à faire vivre : un collectif dans lequel chacun peut venir chercher des idées, des ressources ou du soutien, mais aussi apporter son expérience et contribuer, à son échelle, à enrichir les pratiques de tous.
À l’heure où l’École traverse des enjeux importants, nous pensons que des dispositifs qui redonnent du sens à la coopération entre classes, entre enseignants et entre territoires ont toute leur place et qu’ils méritent d’être connus bien au-delà du cercle de nos fidèles.
Propos recueillis par Claire Berest
Pour consulter le site de SCOllectif
Présentation des 9 dispositifs actifs durant l’année
