Après les polémiques sur les gardes à vue massives de mineurs lycéens et les violences policières envers la jeunesse, la confiscation des pancartes a franchi une ligne rouge démocratique. Quel exemple une démocratie donne-t-elle lorsqu’elle répond à des slogans par la saisie et la mise au rebut ? En confisquant les cartons de lycéens et d’étudiants, le pouvoir envoie un message désastreux : leur parole critique ne serait tolérable qu’à condition de rester invisible, ce qui va absolument à l’encontre de ce que l’école leur enseigne.
Cette décision est aussi absurde que contre-productive. Ces pancartes ne constituent, en elles-mêmes, aucun danger. Elles montrent au contraire que leurs auteurs savent exercer leur esprit critique, manier l’ironie et mobiliser avec pertinence des références étudiées en classe — jusqu’au Discours de la servitude volontaire de La Boétie, inscrit au programme du baccalauréat de français. N’est-ce pas précisément ce que l’école prétend former : des citoyens et citoyennes capables de penser, d’argumenter et d’interroger le pouvoir ?
Un pouvoir démocratique devrait préférer une jeunesse qui formule ses désaccords avec des mots, de l’humour et du second degré à une jeunesse réduite au silence et tentée par l’affrontement. Une pancarte peut déranger, provoquer ou déplaire ; c’est justement le propre de la liberté d’expression. Tant qu’elle ne constitue ni une menace ni une incitation à la
Pour l’AFEF, qui défend depuis des décennies la formation du sujet et du citoyen par l’écrit et la maîtrise des langages, cet épisode constitue une alerte majeure. Il dévalorise le travail des enseignants et signifie aux jeunes que leurs idées ne méritent pas d’être entendues. À quoi bon leur apprendre à construire un raisonnement, à choisir leurs mots et à participer au débat public si, au moment où ils le font, on détruit le support de leur expression et on les matraque ? Une démocratie fidèle à l’héritage de Voltaire, Diderot et Rousseau ne devrait pas redouter la pensée critique : elle devrait se faire un devoir de garantir la liberté d’expression de toustes.
« A ce stade mon sac de cours pèse moins lourd que le futur »
« Parcoursupprime mes rêves »
« Des paillettes dans les yeux et pas des lacrymos »
« Boss ladies veulent le bac pas la BAC »
« La pancarte est mieux isolée que le lycée »
« Rimbaud nous l’a montré : être jeune c’est se révolter »
« Lancez des profs pas des lacrymos »
En démocratie, l’autorité publique n’a pas à trier les opinions selon qu’elles lui plaisent ou l’irritent. La prévention du désordre est devenue le prétexte commode d’une police des mots. Céder à cette logique pour satisfaire les discours les plus autoritaires ne protège pas la République : cela l’affaiblit.
Redonnons la parole aux jeunes, écoutons-les et portons leurs slogans !
L’AFEF
