« Avec Pauline on a appris à faire des constructions, des dessins mais aussi à nous exprimer devant les autres, en parlant, en faisant des gestes ! » « Pour moi l’art, c’est une matière, une façon de s’exprimer ! » « L’art nous aide à développer notre imagination ! »
Ces paroles, sont celles des élèves de cycle 3 de l’école de Warhem, petite commune du Nord, lors du bilan de l’atelier « Création en cours ».
Un atelier Création en cours
C’était cette année la 10ème édition de ce dispositif, créé par le ministère de l’Education Nationale en partenariat avec Les Ateliers Médicis, et avec le soutien du Ministère de la Culture, qui a l’ambition de répondre à un double objectif. A la fois soutenir et accompagner de jeunes artistes dans leur insertion professionnelle, et permettre à des élèves dont les écoles sont situées dans des territoires éloignés de l’offre culturelle (notamment en milieu rural, en zone péri-urbaine et en outre-mer de s’initier à des pratiques culturelles
A l’école de Warhem
Chaque année, ce sont une centaine d’artistes qui investissent les départements de métropole et d’outre-mer (1 par département). Cette année c’est l’école de Warhem, située dans le dunkerquois qui a été retenue. L’équipe pédagogique avait la volonté de faire de la culture un axe majeur du projet d’école. Pour être soutenue financièrement, l’équipe avait rédigé un projet dans le cadre du dispositif NEFLE (Notre Ecole Faisons La Ensemble). C’est alors que l’équipe de circonscription a suggéré aux enseignantes de candidater à « Création en Cours ». Julie-Anne Moreau, la directrice de l’école se souvient : « Je ne connaissais pas ce dispositif. Cela semblait être un pari audacieux. On ne savait pas avec quel artiste on était susceptible de travailler, ni même sur quelle forme artistique. On était dans l’inconnu. Mais, nous avions conscience que c’était une chance unique qui s’offrait à nous, alors nous avons candidaté et été retenus. »
C’est Pauline Lavogez qui est intervenue à l’école de Warhem. Artiste plasticienne, performeuse et chorégraphe, est diplômée de l’École des Beaux-Arts de Paris et du Centre National de Chorégraphie de Montpellier. Récemment, elle s’est initiée à la marionnette en Inde avec la soutien de l’Institut français. C’est dans cette dynamique qu’elle a candidaté à « Création en cours » et proposé un travail sur des sculptures/marionnettes. Son ambition à travers ce projet était d’offrir aux élèves un espace où ils pourraient partager leurs peurs, leurs désirs et laisser libre cours à leur imaginaire. Le travail du corps a été au centre de l’attention parallèlement aux expérimentations plastiques.
Point de vue de l’artiste
Le dispositif est cadré mais sa mise en œuvre est souple. Plutôt qu’une intervention hebdomadaire, Pauline a fait a fait le choix d’une intervention massée. Les 21 séances furent réparties sur les cinq semaines de la période 4, trois après-midis par semaine. Elle est satisfaite de son choix : « Les élèves étaient très impliqués dans le projet. Je pense que si j’étais intervenue une fois par semaine, le projet aurait été plus diffus. Là, ils étaient dans le processus, c’est à peine si j’avais besoin de faire des rappels de la séance précédente. Ils étaient dans une réelle dynamique. »
Elle poursuit en nous expliquant sa démarche : « Quelques semaines avant mon intervention je les avais rencontrés une première fois. Cette première prise de contact m’avait permis de leur partager des photographies de mon travail et de mes sources d’inspiration.
Lors de la première séance, nous avons travaillé sur l’intime de chacun. Je leur ai demandé d’énoncer un élément qui les embêtait particulièrement dans leur vie, puis de trouver un super pouvoir lié au corps qui leur permettrait de le régler. Nous sommes passés par l’écriture, puis le dessin. L’objectif était ensuite de construire un accessoire qui matérialisait ce super pouvoir. Pour comprendre le mouvement et la matière avec laquelle nous allions travailler (le carton), nous avons d’abord fabriqué de petites marionnettes et une main géante. Je leur ai expliqué que dans ma démarche artistique je m’inspirais beaucoup de mon histoire personnelle, de mes ressentis, de mon imagination, mais que le travail des autres était aussi source d’inspiration. Pour fabriquer nos sculptures « super pouvoirs », œuvres finales réalisées par les enfants, nous avons écrit, dessiné, maquetté, échangé… En parallèle de la fabrication nous avons travaillé le mouvement afin d’apprivoiser les sculptures et leur donner vie.
La visite de deux lieux culturels de Dunkerque le LAAC (Lieu d’Art et Action Contemporaine) et Le Bercail (Lieu de création de théâtre d’objets et de diffusion de spectacle) leur a permis de mieux appréhender le processus de la création artistique.
Des paroles d’élèves
Quelques élèves sont revenus sur ces visites sans détour :
- « Au LAAC, même si je n’ai pas tout compris, cela m’a donné de la joie.»
- « Au début cela m’embêtait de ne pas tout comprendre. Et après je me suis dit que ce n’était pas grave. C’est le sens de l’art, on n’est pas obligé de tout comprendre… »
L’enjeu était aussi de faire ensemble. Aussi une des contraintes était de bâtir le projet par petits groupes de 2 ou 3. Les élèves y ont pleinement souscrit : « Être à deux c’était bien. On pouvait s’entraider » souligne Lise.
Nathan renchérit : « C’était bien d’être en binôme, quand on est en manque d’imagination, on peut s’appuyer sur l’autre » ; Pour un autre élève « Tout ce que l’on a fait avec Pauline m’a procuré de la joie »
La restitution finale fut un moment chargé d’émotions pour toutes et tous. Pauline rappelle qu’initialement la restitution n’avait pas été posée comme objectif, elle avait plutôt imaginé une vidéo mais que très vite, le désir de présenter aux autres s’est imposé. Chaque élève l’a exprimé avec ses mots.
- « Faire le spectacle, nous a permis d’exprimer notre imagination »
- « Pendant le spectacle c’était bien parce qu’on a pu présenter nos constructions et qu’il y avait tout le monde. »
- « Être devant tout le monde m’a fait stresser. Avant j’étais stressé pendant j’étais bien et après j’étais heureux. »
Pauline poursuit sur la restitution : « Présenter le travail à leur famille était important pour les élèves. A la veille de la présentation, ensemble nous avons décidé de présenter également les étapes de préparation et nous avons affiché l’ensemble du travail d’écriture qui a permis de construire le projet. »
Paroles de parents
Et les parents, qu’en ont-ils pensé ?
A la sortie de l’école : « Depuis que Pauline est arrivée dans l’école, je ne peux plus rien jeter à la maison. Léon me dit que ça peut lui servir pour une création artistique. Il me dit que tout peut être art »
A la boulangerie : « Avoir des activités un peu moins scolaires lui a fait beaucoup de bien à Maéva. Je la sens plus épanouie. »
Au détour d’une rue : « Il ne fallait pas que je sois en retard pour amener Axel à l’école. Il avait trop peur de manquer la séance de Pauline ». Pour Julie-Anne Moreau, la directrice de l’école « la rencontre avec Pauline fut une réelle chance pour les élèves. Ils ressortent enrichis de cette expérience, je les ai vus évoluer au fil des semaines, j’en ai vu certains sous un autre jour. Cette aventure, restera comme l’un des plus belles de ma carrière professionnelle.»
A l’heure, de la rigueur budgétaire, la tentation est grande de faire des économies sur le dos de la culture, domaine sûrement considéré à tort par certains comme non essentiel. Peut-être devraient-ils écouter Axel qui à la question de l’utilité de l’art à l’école, répond spontanément : « A l’école, on a besoin de faire des maths pour faire de l’art mais pour faire des maths, on a besoin de l’art ! ».
Djéhanne Gani
*les prénoms des élèves ont modifiés.
