« On est les seuls à vouloir garder un ordre basé sur le droit, le multilatéralisme, des institutions qui permettent à tout le monde de donner son point de vue ». Lors des Rendez-vous de l’Histoire qui se sont déroulés à Blois ce week-end, le Café pédagogique a demandé au chroniqueur géopolitique de France Inter Pierre Haski de faire une chronique. Sa minute géopolitique :
« Je partirai d’une déclaration de Marco Rubio, le secrétaire d’État américain le 19 janvier 2025 où il est devant le Sénat américain pour être confirmé dans son poste. Aux États-Unis, les ministres sont confirmés par le Sénat. On est donc à la veille de l’investiture de Donald Trump à la Maison Blanche. Dans sa déclaration liminaire, il dit « l’ordre international de 1945 nous a bien servi, nous les États-Unis. Mais aujourd’hui, il est non seulement obsolète mais il est devenu une arme utilisée contre nous. Nous devons inventer un nouvel ordre international ».
Cette phrase est pour moi la clé de la situation actuelle. Je pense qu’elle est un bon point de départ pour comprendre le monde aujourd’hui. Cet ordre de 1945 était contesté depuis des années à la fois par les pays du Sud, qui revendiquait une place au soleil en disant : « en 1945 on n’existait pas, il y avait le monde colonial, les Nations Unies ont été créées avec 52 pays, on en a presque 200 aujourd’hui ». Et donc cette contestation monte depuis des années.
Cet ordre mondial est aussi contesté par la Chine et la Russie qui sont des puissances pour qui cet ordre international faisait la part trop belle aux Occidentaux et en particulier aux États-Unis. Et tout d’un coup, la surprise vient du fait que les Américains aussi veulent renverser l’ordre international, et que nous les Européens, on se retrouve dans le village d’Astérix des défenseurs de l’ordre de 45. On est les seuls à vouloir garder un ordre basé sur le droit, le multilatéralisme, des institutions qui permettent à tout le monde de donner son point de vue etc.
C’est le moment qu’on vit aujourd’hui : c’est-à-dire que les États-Unis, la Russie, la Chine, les puissances moyennes du monde en développement du monde émergent veulent tous changer l’ordre international. Nous, les Européens on étaient tranquilles, on n’avait rien demandé. Tout d’un coup, tout s’écroule autour de nous. Cela explique pourquoi l’Europe est dans un choc plus fort que d’autres parties du monde, parce qu’on ne s’y attendait pas, on ne l’avait pas anticipé malgré les alertes. Je pense que c’est un résumé de l’état du monde aujourd’hui qui permet de comprendre le monde à plusieurs niveaux. »
Propos recueillis par Djéhanne Gani
