Cet ouvrage s’inscrit dans la lignée du précédent En finir avec les idées fausses sur l’école, en allant gratter un cran derrière non l’idée fausse, mais une idée bien répandue. Le Café pédagogique l’a rencontrée.
Une logique toxique : de Hunger Games à … François Dubet
Pour Louise Tourret, la logique du « meilleur pour mon enfant » « fournit un carburant puissant aux inégalités sociales et scolaires et à l’angoisse parentale et adolescente ». Elle qualifie cette logique de toxique pour l’individu comme pour la société. Elle la compare à une forme d’ « Hunger games » pour les parents, explique-t-elle avec humour, la référence ne peut échapper à un parent d’un adolescent de cette décennie.
Comme à la lecture du livre, ce qui est frappant, c’est la fluidité et la limpidité du propos. Si la situation n’a rien de drôle, elle arrive à tourner en dérision cette forme de jungle individualiste sans tenir de propos moralisateur. Ce qui est toxique, ce n’est « pas seulement parce que la course à la note, les classements scolaires monteraient à la tête des parents et des élèves (dont le stress va croissant) mais parce qu’il semble ne pas y avoir de places pour tout le monde dans notre société. C’est évidemment le cas dans les filières sélectives ultra valorisées et désormais dans les formations universitaires, les stages, les alternances, le marché du travail. C’est ce que François Dubet appelle la lutte des places. Dans ce cadre, on joue perso mais presque les uns contre les autres, phénomène que je décris dans le livre ».
Au détriment de l’école publique
Que l’école publique mérite d’être mieux financée, mieux soutenue et valorisée, Louise Tourret le défend. Toutefois, elle met en garde « à ne pas passer sous silence le fait tout le système éducatif est fragilisé », rappelant que « les établissements privés manquent de professeurs et emploient plus de contractuels que dans le public ». Elle glisse qu’ils n’obtiennent pas de meilleurs résultats pour des élèves aux profils sociaux similaires mais que le « tri social fait son œuvre ».
Pour elle, « ce qui est fragile c’est la capacité de la société (et pas seulement l’école) à faire réussir les élèves de milieux populaires, à prendre la question de l’enfance et de la jeunesse au sérieux ». L’exemple qu’elle formule et auquel elle consacre un chapitre dans son livre est l’affaiblissement de l’université. Elle explique dans son livre les mécanismes qui profitent au privé, lucratif. Avec des arnaques au diplôme.
« Tout le monde veut devenir la meilleure version de lui-même. Regardez notre rapport au corps, à la réussite… qui ne souhaite pas devenir un bon parent ! » s’exclame la journaliste.
Le parent-manager
Elle enchaine : « les parents sont abreuvés de conseils par des marchands, des influenceurs/ influenceuses. Difficile de rester indifférent.e, surtout si l’épanouissement et la réussite de son enfant sont en jeu. »
L’exemple et révélateur des inégalités du « projet » familial pour son enfant se résume dans Parcoursup qu’elle appelle « parcoursup du combattant ». Pour elle, c’est un « processus parento-tracté » qui transforme les parents en « managers ». Bien sûr, les parents qui le peuvent aident leur enfant : « c’est incroyable de voir à quel point l’éducation nationale ne se pose pas la question. Des tas de profs aident leurs élèves comme ils peuvent, se démènent et hop on leur demande toujours plus pour accompagner une orientation plus complexe et des stage plus nombreux. Il y a un aveuglement de l’institution et, je pense, une confiance dogmatique dans le marché pour organiser ce que l’éducation nationale et l’enseignement supérieur ne font pas. Nous en payons collectivement le prix, pas seulement en termes de réussite et d’inégalités gravissimes mais aussi de santé mentale ».
Le marché abîme l’éducation, l’humain. Le marché abîme (point barre).
Djéhanne Gani
Louise Tourret, Le meilleur pour nos enfants ? Crèches privées, écoles à but lucratif, coaching : quand le marché abime l’éducation. Les éditions de l’atelier, 2025.
EAN : 9782708295254
