Être AESH, ce n’est pas seulement accompagner un élève
Ce projet, pour moi, c’était un peu comme ouvrir la porte de nos classes, de nos vies professionnelles et de laisser entrer la lumière sur ce que nous faisons vraiment, chaque jour, aux côtés des élèves. Être AESH, ce n’est pas seulement accompagner un élève. C’est être attentif à ce qui se passe autour de lui, à ses réactions, à ses besoins, même quand ils ne sont pas exprimés. C’est comprendre ses forces, ses difficultés, ses émotions, et adapter sa présence à chaque instant.
C’est parfois un sourire pour apaiser, parfois une reformulation pour aider à comprendre, parfois un silence pour laisser respirer. On intervient sans diriger, on guide sans imposer, on soutient sans remplacer. Chaque geste compte, et souvent, ce sont les plus discrets qui font la plus grande différence. Être AESH, c’est aussi naviguer dans l’invisible.
Être AESH, ce n’est pas un petit boulot. C’est un métier concret et exigeant, fait de moments simples et essentiels.
On travaille souvent à la marge, mais c’est cette marge qui permet à l’élève de se tenir au centre. On est là pour qu’il puisse participer, progresser, se sentir reconnu. On est ce fil invisible qui relie le travail de l’enseignant, les besoins de l’élève et le rythme de la classe.
Le métier demande de la patience, de la flexibilité, de l’écoute. Il demande de s’adapter à des situations imprévues, de comprendre des comportements, d’inventer des stratégies, de célébrer chaque petite victoire. Il demande de garder une attention constante, car un mot mal interprété ou un geste non ajusté peut changer le cours d’une journée.
Être AESH, ce n’est pas un petit boulot. C’est un métier concret et exigeant, fait de moments simples et essentiels. C’est un métier où l’on agit dans l’ombre, mais dont l’impact est visible dans le sourire d’un élève, dans sa réussite, dans sa confiance retrouvée.
Un projet de livre sur les AESH avec les AESH
Quand Fred nous a proposé de participer à la recherche, il ne s’agissait pas de parler « sur » les AESH, mais avec nous. Nous avons raconté notre quotidien : nos doutes, nos réussites, nos ajustements permanents. Nous avons mis des mots sur l’invisible : ce qui se joue entre un élève, un enseignant et nous dans ces espaces minuscules où tout peut basculer.
Ce travail m’a permis de voir mon métier autrement. De comprendre que derrière chaque action, il y a une pensée professionnelle, une véritable compétence. Et que notre savoir, même s’il ne s’apprend pas toujours dans les livres vaut d’être reconnu. Nous sommes au carrefour du soin, de la pédagogie et de la relation. Nous avançons à pas feutrés, dans un équilibre fragile : proches, mais pas intrusifs ; présents, mais discrets. Nous tissons un lien, entre l’enfant et la classe, entre le monde scolaire et le monde intérieur de l’élève.
Regardez-nous. Écoutez-nous. Nous faisons un vrai métier. Un métier exigeant, humain, courageux. Un métier qui demande du cœur, de la patience, de la créativité, et une grande force intérieure.
Souvent, nous sommes les traducteurs d’un langage que d’autres ne comprennent pas. Et c’est dans ce rôle là, humble et essentiel, que se trouve toute la beauté du métier. Ce livre c’est une manière de dire : « Regardez-nous. Écoutez-nous. Nous faisons un vrai métier. Un métier exigeant, humain, courageux. Un métier qui demande du coeur, de la patience, de la créativité, et une grande force intérieure. Nous ne réclamons pas des médailles. Nous demandons simplement d’être vus et reconnus à notre juste place, parce que sans nous, l’école inclusive reste un mot, pas une réalité. »
Garantir un salaire et une formation initiale solide
Améliorer le métier d’AESH ne se limite pas à des aspects matériels comme augmenter les nombres d’heures ou le salaire. Bien sûr, ces points sont essentiels, car ils touchent à la reconnaissance concrète et à la stabilité de notre travail. Mais la transformation nécessaire va bien au-delà.
Il s’agit avant tout de garantir une formation initiale solide, adaptée aux réalités du terrain, qui permette à chaque AESH de comprendre les différents types de handicaps, les besoins éducatifs particuliers et les méthodes pédagogiques adaptées. Il faut également offrir une formation continue régulière pour accompagner l’évolution des pratiques, les innovations pédagogiques, et permettre aux AESH de se sentir soutenus et compétents dans des situations parfois très complexes.
L’amélioration du métier implique aussi un accompagnement professionnel réel : un suivi, un tutorat ou des temps d’échanges avec des pairs et des enseignants référents. Trop souvent, les AESH se retrouvent isolés, devant gérer des situations délicates sans soutien ni conseils, ce qui peut générer stress et frustration.
La reconnaissance statuaire est également essentielle. Être AESH, ce n’est pas un job d’appoint ou une simple aide administrative. C’est un métier à part entière, qui exige des compétences spécifiques et un engagement professionnel durable. Une reconnaissance officielle, avec des droits clairs et des perspectives d’évolution, permettrait de valoriser le rôle des AESH et de renforcer leur motivation et leur implication.
Être respecté, écouté et considéré améliore non seulement notre travail mais aussi la qualité de l’accompagnement proposé aux élèves
Enfin, il est crucial que les AESH soient pleinement intégrés dans les équipes éducatives. Trop souvent, nous restons en marge des décisions pédagogiques ou des discussions sur le suivi des élèves. Or, notre expérience et notre connaissance du quotidien des élèves sont précieuses pour construire des parcours réellement inclusifs. Être respecté, écouté et considéré améliore non seulement notre travail mais aussi la qualité de l’accompagnement proposé aux élèves.
Ce livre est bien plus qu’un simple témoignage : c’est un miroir tendu vers la réalité d’un métier indispensable, mais encore trop souvent invisible. Aujourd’hui, notre rôle n’est plus à prouver. Ce qu’il faut, c’est le reconnaître pleinement. Reconnaitre notre expertise, notre engagement, et l’importance de notre présence auprès des élèves.
Parce qu’au fond, l’AESH ce n’est pas seulement quelqu’un qui accompagne : c’est quelqu’un qui ouvre des chemins, qui rend possibles la réussite et la participation de tous les élèves, quelles que soient leurs différences. Oui, AESH, c’est un vrai métier et il est temps de donner à ce métier la reconnaissance qu’il mérite.
Propos recueillis par Djéhanne Gani
