Que dit la note d’information de la Depp publiée jeudi 27 novembre sur la formation continue des enseignants, qualifiée d’inutile, insuffisante ou défaillante par les enquêtes nationales comme internationales ?
La formation continue des enseignants progresse, mais demeure marquée par de fortes disparités selon les territoires, les fonctions, le genre et l’ancienneté. En 2023-2024, « 84 % des enseignants du premier degré » et « 69 % des enseignants du second degré ont suivi au moins un module de formation ». Une quasi-obligation dans le primaire, où les professeurs doivent consacrer « 18 heures annuelles à l’animation pédagogique ainsi qu’à des actions de formation continue », alors qu’aucune obligation équivalente n’existe dans le secondaire.
Les chiffres de la participation sont en hausse mais la formation ne bénéficie pas de manière uniforme à tous les enseignants et reste liée à des injonctions ou obligations institutionnelles. Les réformes successives, qui imposent des temps d’accompagnement spécifiques, provoquent d’ailleurs des pics ponctuels : « 72 % en 2015-2016 » lors de la réforme du collège, « 71 % en 2018-2019 » pour la réforme du lycée. Dans ces années-là, les enseignants formés y consacrent davantage de temps : « 4,2 jours en 2015 » et « 3,6 jours en 2018 ».
Inégalités territoriales, professionnelles… et de genre
Les écarts territoriaux sont nets. Dans le premier degré, « la part des enseignants ayant suivi au moins une formation passe de 93 % en zone rurale à 74 % en zone urbaine très dense », un gradient qui se retrouve, quoique plus atténué, dans le second degré. Les remplaçants figurent aussi parmi les publics les moins formés : seulement « 77 % dans le premier degré et 62 % dans le second degré ».
Le rapport met également en lumière des différences entre femmes et hommes : « les femmes se forment un peu plus souvent que les hommes : 84 % contre 82 % dans le premier degré et 71 % contre 66 % dans le second degré ». Cette différence reste modérée, mais révèle une tendance déjà observée dans d’autres enquêtes : les enseignantes s’inscrivent plus dans des démarches de professionnalisation continue. En revanche, une fois engagés dans une formation, enseignants et enseignantes y consacrent « en moyenne le même temps ».
En éducation prioritaire, les tendances divergent entre les degrés. Dans le primaire, les enseignants de REP et REP+ se forment un peu moins que leurs collègues hors REP, surtout en raison d’effectifs plus jeunes et d’un renouvellement rapide. À l’inverse, dans le second degré, les enseignants des collèges REP/REP+ « se forment plus souvent que les autres », avec un taux d’accès de 77 % en REP+. Les nouvelles missions, la gestion de situations plus complexes et les besoins en pédagogies adaptées expliquent cette dynamique.
Les directeurs d’école, pour qui « la formation fait partie intégrante de leurs fonctions », atteignent un taux d’accès de 95 %. Les documentalistes du second degré se distinguent aussi par un recours massif aux formations liées au numérique, à la documentation ou à l’éducation aux médias.
Ancienneté et effets de carrière
Les dynamiques de formation évoluent aussi avec l’ancienneté. Dans le secondaire, les plus jeunes enseignants sont ceux qui se forment le plus : 80 % des moins de cinq ans d’ancienneté, contre seulement 63 % chez ceux ayant vingt ans de carrière ou davantage. À l’inverse, dans le primaire, les écarts sont gommés par l’obligation annuelle de 18 heures, même si certains enseignants chevronnés augmentent leur formation pour préparer une évolution de carrière (direction d’école, spécialisation, formation ASH…).
Croissance des formations hybrides
La crise sanitaire a accéléré une tendance structurelle : le présentiel, dominant jusqu’en 2020, « est ainsi passé de 77 % en 2015-2016 à 49 % en 2023-2024 » dans le premier degré. Le format hybride a, lui, « été multiplié par trois » dans le primaire et « par cinq » dans le secondaire.
Cette transformation, accélérée par la crise sanitaire, modifie les pratiques professionnelles et parfois les conditions d’accès : si elle facilite la formation dans certaines zones rurales, elle peut creuser les écarts pour les enseignants peu équipés ou peu familiers du numérique.
Une offre de formation dictée par les priorités du ministère
Les thématiques suivies reflètent directement les orientations nationales. Dans le premier degré, « 39 % des enseignants ont suivi au moins un module portant sur les mathématiques » et « 43 % au moins un module portant sur la maîtrise de la langue ». Ces choix s’inscrivent dans le sillage du plan mathématique (2018) et du plan français (2020).
L’inclusion scolaire constitue l’autre axe majeur : « 65 % des enseignants sur besoins spécifiques » dans le premier degré et « 67 % dans le second degré » participent à des formations ASH (adaptation scolaire et handicap).
La note de la Depp ne traite pas des attentes et besoins des professeurs en formation en termes de contenus ou de forme (en présentiel). Un autre angle mort est les freins à l’accès et au développement de la formation : l’absence de remplacement ou sur le temps personnel ou de vacances. A noter que les professeurs français bénéficient de moins de formations, et notamment à l’IA, sur laquelle la France occupe la dernière place dans l’enquête Talis. La question de l’attractivité et de la pertinence des formations est un enjeu majeur. La réponse adéquate est-elle une formation en distanciel sur un temps libre pour appliquer une réforme ?
Djéhanne Gani
Lebaudy M., 2025, « La formation continue des enseignants des premier et second degrés en 2023-2024 », Note d’Information, n° 25-65, DEPP. https://doi.org/10.48464/ni-25-65
