Un décret actant la fin de l’obligation
Rejetée par les personnels, les syndicats, les parents d’élèves, critiquée par la Cour des comptes, la mesure phare de la réforme du Choc des savoirs n’est – officiellement – plus obligatoire. Au cours du CSE du jeudi 15 janvier, le ministère a présenté un décret mettant fin au caractère obligatoire des groupes de besoin. Cette évolution a été actée lors d’une réunion pilotée par la Dgesco Caroline Pascal. Le texte réduit désormais ces groupes à de simples possibilités pédagogiques et non plus à une organisation imposée. « Les groupes de niveau ne sont plus qu’un élément parmi d’autres dans l’organisation des enseignements » se réjouit Gwenaël Le Paih, secrétaire adjoint du Snes-FSU.
Un amendement introduisant explicitement la possibilité de groupes à effectifs réduits a été intégré au décret, ce qui constitue une première dans un texte ministériel. Fait rare : le ministre a validé la nouvelle rédaction en début d’après-midi, répondant ainsi directement aux débats et aux échanges intervenus lors du CSE.
Une disparition de fait des groupes dès la rentrée 2026
La reforme, appliquée seulement dans un collège sur cinq selon une enquête du Snes-Fsu, constituait de fait un échec, des dires mêmes d’un rapport de l’inspection générale : « Les effets s’avèrent contrastés en ce qui concerne les élèves « à faibles besoins » ou « à besoins modérés », en revanche les élèves les plus fragiles, « à forts besoins », n’ont clairement pas bénéficié des avancées attendues de la mesure. » L’Inspection générale alertait sur le risque d’une « dérive des continents », conduisant à la création d’inégalités entre élèves, alors même que l’objectif affiché était de les réduire.
Même si les groupes de niveaux deviennent officiellement facultatifs, ils sont appelés à disparaître dans les faits à partir de la rentrée 2026. Il s’agit d’un véritable « enterrement de première classe », glisse le représentant du Snes-FSU. Après les quatre ministres successifs de Gabriel Attal (Oudea Castéra, Genetet, Belloubet, Borne), c’est le ministre Geffray – alors Dgesco – pourtant porteur de la mesure du ministre Attal, qui la neutralise deux ans plus tard.
Décret amendé en séance et réactions syndicales
Le décret a été amendé en séance par Caroline Pascal, avec l’accord du ministre. Il prévoit que : « En classes de sixième et de cinquième, en vue notamment de prévenir la difficulté scolaire, un accompagnement pédagogique renforcé est mis en œuvre pour les enseignements de français et de mathématiques, adapté aux besoins des élèves. Il peut donner lieu à des organisations pédagogiques diversifiées, notamment, pour tout ou partie de l’horaire, à des groupes à effectifs réduits et/ou constitués en fonction des besoins des élèves identifiés par les professeurs. »
Lors du vote final, le décret a recueilli 17 voix pour, 25 voix contre, dont celles de la FSU, et 20 abstentions. La FSU a voté contre, estimant que les groupes de besoin figurent toujours dans le texte. Le SNES-FSU se félicite néanmoins de cette évolution, qui rend ces groupes facultatifs et permet la mise en place de groupes hétérogènes à effectifs réduits sur l’année. Le SE-Unsa parle d’une nouvelle victoire syndicale. Après l’abandon des groupes de niveau, le ministère supprime désormais l’obligation d’organiser des groupes de besoin en français et en mathématiques en sixième et cinquième. Deux ans après son annonce, le « Choc des savoirs » apparaît ainsi largement détricoté. « Cette décision confirme qu’aucune réforme ne peut durablement s’imposer sans les personnels, experts de leur métier, ni contre l’intérêt des élèves » déclare Jérôme Fournier.
Une volonté politique de « tourner la page », mais…
Cette évolution traduit la volonté du ministre de tourner la page des groupes de niveau et de mettre en avant une nouvelle orientation politique centrée sur les « 800 collèges ». Celle-ci suscite néanmoins de fortes inquiétudes, insiste le Snes-FSU, et ouvre un nouveau combat syndical. Quand une réforme en chasse une autre !
Djéhanne Gani
Dans Le Café pédagogique
Le rapport qui accable les groupes de niveaux de Gabriel Attal
« L’échec du Choc des savoirs » : 1 collège sur 5 applique la réforme des groupes de niveau
