De plus en plus de titulaires du baccalauréat professionnel continuent leurs études. Un comité de suivi pour la voie professionnelle a été lancé le 8 janvier par le ministre Edouard Geffray pour « tout remettre à plat ». Mais à quand un diagnostic partagé ? se demande l’historien Claude Lelièvre.
Actuellement, la moitié environ des lauréats d’un baccalauréat professionnel poursuivent des études dans l’enseignement supérieur au lieu de se mettre directement au travail contrairement à ce qui était pour l’essentiel prévu lors de la création il y a 40 ans des bacs professionnels
Le 28 mai 1985, lors d’une conférence de presse suivant l’annonce de cette création, le ministre de l’Education nationale Jean-Pierre Chevènement déclare qu’il s’agit en premier lieu de répondre aux besoins de la modernisation du pays en formant des ouvriers de plus en plus qualifiés « souvent au niveau du baccalauréat, quelquefois à un niveau supérieur encore ».
Le 8 octobre 1985, il précise qu’il s’agit « d’offrir, à l’issue de la classe de troisième, trois voies d’égale dignité » : la voie générale, dans laquelle « peuvent s’engager ceux qui ont les capacités de poursuivre des études aux niveaux les plus élevés de l’Université » ; la voie technologique, « qui conduira la majorité des jeunes qui s’y engagent vers un niveau de technicien supérieur » ; et la «voie professionnelle, qui assure, après l’obtention d’une qualification de niveau V, une possibilité de poursuivre la formation jusqu’au niveau du baccalauréat et même vers un niveau plus élevé ».
Au fil du temps, la proportion des titulaires d’un baccalauréat professionnel continuant leurs études dans l’enseignement supérieur n’a cessé de monter (en particulier dans les sections de techniciens supérieurs).
Et c’est sans doute cela qui a conduit le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer à annoncer lors de sa conférence de presse du 27 mai 2018 qu’en terminale, les élèves auraient désormais le choix entre «un module d’insertion professionnelle et d’entrepreneuriat », avec rédaction de CV et préparation aux entretiens de recrutement, et un « module de poursuite d’études ».
C’était d’une certaine façon prendre acte qu’il y avait de fait une bi-partition de la voie vers les baccalauréats professionnels ; d’une part sa finalité originelle d’une préparation directe à l’insertion dans le monde du travail, d’autre part une préparation à certaines poursuites d’études dans le supérieur.
Comme a conclu Djéhanne Gani dans son article « Réforme de la voie professionnelle : fiasco annoncé et fin programmée du parcours Y » paru dans le « Café pédagogique » du 15 janvier : « Depuis 2017, la voie professionnelle a connu plusieurs réformes successives : baisse des heures d’enseignement général, allongement des périodes de stage, transformation des contenus.’’Depuis huit ans, les réformes s’enchaînent sans état des lieux partagé avec les organisations représentatives ‘’ dénoncent les syndicats, qui parlent de démantèlement du lycée professionnel ».
Le nouveau ministre de l’Education nationale Edouard Geffray a installé, ce 8 janvier, un « comité de suivi de la voie professionnelle » présidé par l’ancien recteur Daniel Auverlot, qui doit avec la DEPP (le service statistique de l’Education nationale) passer au crible toute la voie professionnelle, des SEGPA aux BTS, et aboutir à un « diagnostic structuré » qui permettrait de « tout remettre à plat » pour l’année 2027-2028.
C’est sans aucun doute nécessaire, mais difficile intellectuellement et politiquement, compte tenu notamment des évolutions passées et du passif. Ce serait déjà un exploit d’aboutir à un « diagnostic partagé », quant à « tout remettre à plat »… Peut-être, mais comment faire face en particulier à la « bi-partition » désormais de fait des baccalauréats professionnels?
Claude Lelièvre
Réforme de la voie professionnelle : fiasco annoncé et fin programmée du « parcours Y »
