L’historien Claude Lelièvre revient dans sa chronique sur la trilogie « lire, écrire, compter », une histoire antérieure à Jean-Michel Blanquer comme à Jules Ferry. Une vieille histoire et mission de l’école, donc.
Elle a été amorcée il y a tout juste 210 ans par l’« Ordonnance royale » du 29 février 1816 dans la définition du « brevet de capacité » pour les instituteurs.
« Art. 11. – Les brevets de capacité seront de trois degrés. Le troisième degré, ou le degré inférieur, sera accordé à ceux qui savent suffisamment lire, écrire et chiffrer, pour en donner des leçons ; le deuxième degré, à ceux qui possèdent bien l’orthographe, la calligraphie et le calcul, et qui sont en état de donner un enseignement simultané, analogue à celui des Frères des écoles chrétiennes ; le premier degré ou supérieur, à ceux qui possèdent, par principes, la grammaire française et l’arithmétique, et sont en état de donner des notions de géographie, d’arpentage et des autres connaissances utiles dans l’enseignement primaire. »
La trilogie « lire, écrire, compter » a été dûment énoncée dans les deux grandes lois sur l’enseignement primaire avant celle de Jules Ferry en 1882.
Loi ‘’Guizot’’ du 23 juin 1833 : « Article premier : L’instruction primaire élémentaire comprend nécessairement l’instruction morale et religieuse, la lecture, l’écriture, les éléments de la langue française et du calcul, le système légal des poids et mesures ».
Loi ‘’Falloux’’ du 15 mars 1850 : « Article 23 : L’enseignement primaire comprend : l’instruction morale et religieuse, la lecture, l ’écriture, les éléments de la langue française, le calcul et le système légal des poids et mesures »
La loi ‘’Ferry’’ du 29 mars 1882 qui institue une école républicaine et laïque est tout autre (avec ses limites historiques par ailleurs) : « Article premier : L’enseignement primaire comprend : l’instruction morale et civique ; la lecture et l’écriture ; la langue et les éléments de la littérature française ; la géographie, particulièrement celle de la France ; l’histoire, particulièrement celle de la France jusqu’à nos jours ; quelques notions usuelles de droit et d’économie politique ; les éléments des sciences naturelles, physiques et mathématiques, leurs applications à l’agriculture, à l’hygiène, aux arts industriels, travaux manuels et usage des outils des principaux métiers ; les éléments du dessin, du modelage et de la musique ; la gymnastique ; pour les garçons, les exercices militaires ; pour les filles, les travaux à l’aiguille. L’article 23 de la loi du 15 mars 1850 est abrogé ».
On peut s’étonner que Jean-Michel Blanquer – le ministre de l’Education nationale du premier quinquennat d’Emmanuel Macron – n’ait cessé de ressasser son mantra nettement plus proche des lois anté-républicaines ‘’Guizot ‘’et ‘’Falloux’’ que de celle de Jules Ferrry , réduites par ailleurs à leur plus simple expression : « lire, écrire, compter, et le respect d’autrui ». Il est vrai que le président de la République actuel lui -même n’est pas en reste : « lire, écrire , compter, et bien se comporter ».
Claude Lelièvre
