Le sujet du temps passé devant des écrans et la question de l’accès aux réseaux sociaux par les mineurs occupent beaucoup le débat public. Voici deux livres qui abordent ces thématiques, pour des âges différents. Le premier, pour les plus jeunes, met en scène une rivalité entre frère et sœur, sur fond de défi aux clics. Le second, pour ados, fait le point sur les enjeux entre genre et numérique.
Le défi des 100 j’aime, de Julie champagne, ill. Audrey Malo, Ed. Les 400 coups
Coconut12, 123 abonné.e.s sur le web, compte bien gagner le défi lancé par son grand frère : obtenir 100 J’aime en 20 minutes. Dans cette vidéo diffusée en direct, elle en appelle à la solidarité des « frères et sœurs sous-estimés », et à la diffusion la plus grande (« à votre voisine au chant de mouette et à votre cousin à l’haleine de thon ») de sa mission. C’est sans compter Boris, son chat, qui passe et repasse devant l’écran et qui voudrait vraiment retrouver l’attention de sa maîtresse, ou, comme il le dit : « Comment rétablir ma suprématie ? ». Et comme ses followers manifestent leur intérêt pour le matou, Coconut livre des vérités incroyables sur les chats. Parviendra-t-elle à atteindre son objectif ?Jusqu’où ira la rivalité avec son frère ?
Un album drôle, avec des illustrations qui parviennent, sur la papier, à représenter ce qui se passe sur l’écran, et c’est assez jubilatoire, tout en étant ancré dans le quotidien à la maison : temps devant l’écran, disputes dans la fratrie, appel des parents (« Le temps d’écran est fini, mes amours ! »)… Beaucoup d’humour pour mettre en scène l’obsession du « j’aime » sur les réseaux sociaux. Une BD dans laquelle les clics s’affichent en bas de l’écran, de même que le temps qui s’écoule, et les messages des followers parmi lesquels ceux du grand-frère qui nargue sa sœur dans le « chat » ponctuent le déroulé du direct, et orientent le contenu : comme si on y était !
Mes réseaux, mon genre et moi, de Pauline Ferrari, ill. Mirion Malle, Ed. La ville qui brûle
Voilà un livre que tous les ados (et pas qu’eux) devraient lire ! Car selon différentes études, ils passent plus de trois heures par jour à scroller… Et il ne suffit pas d’alerter sur les dangers potentiels du Web, voire d’interdire l’accès des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, mais il faut informer sans culpabiliser ou juger, expliquer pour développer l’esprit critique face aux contenus qui défilent et aux situations auxquelles les jeunes sont confrontés. « Interdire, ce n’est pas protéger. Pour protéger, il faut informer ».
Mais pour arriver à cette conclusion, l’ouvrage parcourt, en de courts chapitres faciles à lire, de nombreux aspects de la vie numérique : algorithmes, utilisation d’internet par les filles et par les garçons, sexisme et réseaux sociaux, selfies, influenceurs masculinistes et influenceuses tradwives, informations, engagement, amour et sexualité, communauté, cyberviolence… Autant de notions sur lesquelles les ados ont besoin de ne pas être laissé.e.s seul.e.s devant leurs écrans, tant ceux-ci participent à la manière dont les jeunes se construisent. Et en fonction du genre, on ne fait pas les mêmes choses en ligne, on ne nous montre pas les mêmes contenus, on n’a pas accès aux mêmes modèles : autant en avoir bien conscience !
Dès l’introduction, le ton est donné : « Il y a des choses formidables sur Internet […] Mais c’est un lieu où circulent des stéréotypes et des injonctions qui peuvent nous faire du mal. » Alors, il ne s’agit pas dire aux jeunes de passer moins de temps sur les écrans, mais de leur donner des clés pour comprendre ce qui se passe en ligne. Indispensable !
Marianne Baby
