En 2021 vous avez accepté de devenir référente Egalité dans votre établissement : pourquoi cet engagement ?
Dès mon entrée dans le métier en 2006, j’ai constaté des stéréotypes de genre très puissants à l’œuvre dans les relations entre les filles et les garçons : entre les filières encore très genrées (les filières industrielles majoritairement masculines contrairement aux filières de service majoritairement féminines), le poids des stéréotypes qui influencent les comportements, des tensions et des rapports de pouvoir (comportements sexistes, sexualisation des filles, pression du groupe pour « tenir un rôle » viriliste etc.). Ces problématiques reflètent des enjeux plus larges : les inégalités persistantes entre les femmes et les hommes, la reproduction de normes sociales. A partir de ces constats, il m’est apparu essentiel de mettre en œuvre des actions, des projets pédagogiques pour sensibiliser les élèves, déconstruire les stéréotypes, d’abord en classe, dans mes cours, puis au fil du temps, dans des projets de plus grande envergure à l’échelle de l’établissement.
Quelles sont les principales missions d’un·e référent·e égalité dans un établissement scolaire ?
Les référents Egalité Filles-Garçons ont comme mission principale d’instaurer une culture de l’égalité au sein des établissements scolaires. Pour ce faire, elles et ils vont pouvoir diffuser des informations, sensibiliser et former les équipes éducatives et les élèves. Les référents vont également impulser des actions visant à promouvoir l’Egalité F/G et la prévention des LGBTphobies, soutenir et porter des initiatives notamment en contribuant à l’organisation de temps forts, par exemple lors des journées du 25 novembre (Journée internationale contre les violences faites aux femmes), du 8 mars (Journée internationale des droits des femmes) et du 17 mai (Journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie).
Une classe de première professionnelle ASSP (Accompagnement, soins et services à la personne) de l’établissement s’est particulièrement intéressée à la journée du 25 novembre. Quel projet a-t-elle construit ?
Avec la professeure principale de la classe, nous avons proposé aux élèves de la classe, dès leur année de seconde, de travailler sur une thématique en lien avec l’égalité de genre dans le cadre des projets de classe engagée. Les élèves ont très vite accepté et décidé de travailler sur la notion du consentement : elles et ils ont mené des actions de sensibilisation tout au long de l’année à destination des autres élèves de l’établissement. Cette expérience a été si valorisante et enrichissante pour le groupe que les élèves ont souhaité continuer de s’engager pour l’égalité pendant leur année de première.
Des personnels de l’hôpital de Bayonne ayant entendu parler du projet sur le consentement, nous ont contactées pour nous proposer de travailler en partenariat sur un projet de sensibilisation aux violences dans le couple. Dans un premier temps, des animatrices de santé publique du centre hospitalier, ont proposé aux élèves de la classe un escape-game qu’elles avaient créé. Dans un second temps, les intervenantes sont revenues et ont mené une intervention en classe afin d’approfondir les notions abordées dans le jeu, notamment pour comprendre le fonctionnement du cycle des violences conjugales. Puis, les élèves ont proposé des actions de sensibilisation sur la problématique des violences faites aux femmes à destination de la communauté scolaire.
A l’occasion de la journée internationale des Droits des Femmes du 8 mars, c’est un fanzine qu’un groupe d’élèves a publié : pouvez-vous nous le présenter ?
En fait, depuis cinq ans, nous avons proposé aux élèves qui désirent s’engager dans la vie du lycée, de mener des missions d’ « Ambassadeur Egalité Filles-Garçons », sur la base du volontariat. Chaque année, elles et ils sont plus d’une douzaine à s’engager dans ses missions. En tant que référente Egalité, j’ai la grande chance de les accompagner tout au long de l’année scolaire. Ces élèves sont des moteurs indissociables du projet Egalité mis en œuvre dans l’établissement et se distinguent par un pouvoir d’influence auprès des autres élèves. Elles et ils sont force de proposition sur tous les temps forts mis en œuvre pendant l’année scolaire et sont mobilisés sur toutes les questions liées au respect de l’égalité F/G, sur la prévention et la lutte contre les violences homophobes et transphobes.
Depuis 4 ans, les élèves ont créé un fanzine trimestriel, « Purple Paul Bert », diffusé en interne à tous les élèves de l’établissement ainsi qu’à l’échelle de l’académie. Leur engagement a également été reconnu au niveau national. Les élèves ont été invités au Ministère de l’Education Nationale en juin 2025. « Purple Paul Bert » est également partagé dans plusieurs libraires féministes, des centres et associations (prévention et lutte contre les violences sexistes et sexuelles, LGBTQI+) et différentes médiathèques.
Pour la plus grande majorité d’entre elles et eux, les élèves s’engagent dans ces missions sur un temps long, tout au long de leurs années de formation au lycée. A titre personnel, je trouve merveilleux de les voir évoluer au fil des années, prendre confiance en leur potentiel, les entendre expliquer ce que cet engagement leur apporte et ce qu’elles et ils s’autorisent aujourd’hui à rêver et à faire.
Plusieurs actions se déroulent aussi dans l’établissement au mois de mai, en lien avec la journée mondiale contre les LGBT+ phobies du 17 mai. Notamment, depuis quatre ans, la Semaine Arc-en-Ciel : en quoi consiste-t-elle ?
En effet, au lycée Paul-Bert, la journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie constitue un moment fort de mobilisation, de solidarité, de visibilité et de réflexion autour des questions relatives à l’orientation sexuelle et l’identité de genre depuis plusieurs années.
Cette année encore, le lycée et plus particulièrement les élèves « Ambassadeurs Egalité Filles-Garçons », ont proposé des actions de sensibilisation tout au long de la semaine Arc-en-ciel afin de rassembler l’ensemble de la communauté éducative de manière résolument festive et joyeuse, de mettre en actes et en paroles le slogan positif de la campagne de sensibilisation du ministère de l’Éducation nationale « Ici on peut être soi », et de célébrer la diversité, dans le respect des valeurs républicaines d’égalité, de dignité et de respect d’autrui.
Les élèves ont réalisé un nouvel exemplaire du fanzine « Purple Paul Bert », ont animé des stands tout au long des journées du 18 et du 26 mai. Elles et ils ont partagé des informations sur les questions LGBTQI+ et la lutte contre les discriminations. Les élèves ont également distribué des stickers arc-en-ciel et ont invité leurs pairs à participer à la création d’une grande fresque qui sera bientôt affichée dans le hall du lycée.
Mais d’autres actions et projets se déroulent au quotidien dans l’établissement, tout au long de l’année. Pourriez-vous nous en donner quelques exemples ?
En 2022, nous avons décidé de réaliser un autodiagnostic sur l’égalité filles-garçons dans notre établissement. L’objectif principal était de sensibiliser l’ensemble de l’équipe aux enjeux et à la prise en compte de l’égalité F/G, de la lutte contre le sexisme et les LGBTQIAphobies dans le lycée et ce à différentes échelles (la classe, les espaces, les instances etc). Nous nous sommes donc réunis en équipe (il y avait un échantillon représentatif de toute la communauté éducative et on a également associé les élèves Ambassadeurs Egalité Filles-Garçons et les élèves élus au CVL) pendant une après-midi banalisée, pour objectiver des situations problèmes et faire émerger des leviers éducatifs pour réduire les inégalités dans l’établissement : je menais la réunion. A partir d’indicateurs identifiés et de constats dressés (concernant les violences scolaires, la qualité de vie à l’école et les enseignements), nous avons établi une feuille de route en précisant pour chaque indicateur les objectifs et les actions.
Ainsi concernant les violences scolaires observées notamment dans les sanitaires, nous avons décidé de profiter de la phase de restructuration des locaux du lycée pour installer des toilettes mixtes à chaque étage du lycée, tout en décidant de continuer à proposer des toilettes non mixtes, afin d’offrir le choix aux élèves. Aujourd’hui, 4 ans plus tard, on observe qu’il n’y a presque plus d’incident entre élèves dans les toilettes et que la grande majorité des élèves préfèrent utiliser les toilettes mixtes.
Nous avons aussi identifié une problématique concernant les difficultés rencontrées par des élèves victimes de violences sexistes et/ou sexuelles pendant les périodes de formation en milieu professionnel, et créé un groupe de travail dans l’objectif d’améliorer leur accompagnement pendant les périodes de stages. Avec l’accord de l’élève et de ses représentants légaux, et selon les situations et les besoins des élèves, nous avons des temps de travail avec les futurs tuteurs des élèves en entreprise pour expliquer les besoins de l’élève et mettre en œuvre des aménagements du poste de travail (horaires aménagés, emploi du temps aménagé avec les services de soin etc). Depuis la mise en place de ce protocole nous constatons qu’il n’y a plus de rupture de stage pour ces élèves.
J’ai aussi à partir de l’analyse des pratiques en classe, construit et mis en œuvre, à destination de collègues volontaires, une formation sur la prise en compte des biais de genre dans les pratiques professionnelles et proposé des stratégies concrètes pour favoriser une pédagogie inclusive et égalitaire.
Enfin, comme il nous est apparu essentiel de montrer l’exemple, en particulier dans notre communication en interne, nous avons décidé de réécrire le règlement intérieur de notre lycée en langue égalitaire en y associant des élèves Ambassadeurs EFG et des élèves élus au CVL.
Quel bilan tirez-vous de toutes ces actions menées depuis des années ?
Bien que la mise en œuvre de ces projets nombreux et ambitieux soit chronophage et nécessite un investissement et une implication considérables, force est de constater que les bilans de chaque projet se révèlent à chaque fois très positif. Les retours enthousiastes d’une large majorité d’élèves, le sentiment de sécurité qu’elles et ils disent ressentir dans notre établissement, les encouragements des familles, les sollicitations chaque année plus nombreuses de la part des partenaires, viennent démontrer, si cela était nécessaire, la nécessité de continuer à mettre en œuvre ces actions dans le futur en essayant, d’associer encore plus d’élèves et de partenaires.
Les invitations au Ministère de l’Education Nationale et à l’Assemblée nationale l’année dernière ont constitué des temps forts et marquants pour les élèves Ambassadeurs Egalité Filles-Garçons. Il y a eu là une fabuleuse reconnaissance de l’engagement des élèves Ambassadeurs et du travail mis en œuvre au lycée Paul Bert pour construire une culture de l’égalité et du respect mutuel.
Votre établissement a reçu la labellisation « Egalité Filles-Garçons » de niveau 3 : que signifie pour vous, et pour tous ceux et toutes celles qui sont engagées dans cette dynamique, cette reconnaissance ?
Effectivement, le 8 mars 2024, nous avons eu le plaisir d’apprendre que le comité national de sélection nous avait octroyé la labellisation Egalité Filles-Garçons, au niveau 3 – Expertise. Cette reconnaissance nous engage chaque année à poursuivre notre travail de sensibilisation, de prévention, d’information sur ces thématiques et de faire en sorte qu’elles soient portées par toute la communauté éducative en continuant d’y associer les élèves, les familles et les partenaires.
Néanmoins, la plus grande reconnaissance de notre travail, c’est de constater qu’un grand nombre d’élèves (parmi lesquels les élèves LGBTQI+ et les élèves victimes de violences sexistes et/ou sexuelles) explique se sentir en sécurité dans l’établissement, libre d’être soi, libre de développer son potentiel et d’avoir identifié des personnes ressources vers qui se diriger quand elles et ils en ressentent le besoin.
Propos recueillis par Claire Berest
